Publié le 11 janvier 2018

#Soldes2018 : au Cambodge, les droits aussi sont soldés

Alors que les soldes démarrent en France, au Cambodge, ce sont les droits des ouvrières du textile qui sont soldés ! Pour attirer les investisseurs étrangers, les pays asiatiques sont prêts à fermer les yeux sur les pratiques négligentes des multinationales... Témoignage de Sokhunty Ros, membre de l’ONG Focus on the Global South.

Sokhunty Ros est chargée de mission industrie textile à la branche cambodgienne de l’ONG Focus on the Global South. C’est une femme de terrain. Sa mission ? Renseigner les salariés sur leurs droits et faire prendre conscience à l’ensemble de la société de l’intérêt de les faire respecter.

Et selon elle :

« Au Cambodge, le combat est loin d’être gagné ! »

Comme dans de nombreux Etats asiatiques, le gouvernement cambodgien souhaite attirer les entreprises étrangères. Il mise sur cette politique pour faire décoller le pays.

Sokhunty Ros dénonce :

« Mais la concurrence que se livrent les Etats de la région pour séduire les investisseurs conduit les autorités à négliger les conditions de travail proposées aux travailleurs »

Recensant les violations au quotidien, Sokhunty a dressé une liste conséquente des principaux abus :

  • illégalité de contrats de travail signés pour des périodes très courtes et ne nécessitant pas de ce fait de véritables licenciements,
  • droit syndical bafoué,
  • salaires de misère,
  • négligence en matière de sécurité…

Pour chaque signalement, Sokhunty ouvre un dossier. Elle n’hésite pas à se rendre dans l’usine en question. Objectif : recouper les informations et inciter les travailleurs à faire respecter leurs droits. L’ONG effectue ses propres recherches pour retrouver les propriétaires réels des entreprises dont la plupart sont d’origine chinoise ou thaïlandaise.

Elle raconte :

« Mais souvent, nous sommes face à des sous-traitants et nous remontons jusqu’aux donneurs d’ordre, généralement de grandes marques mondiales »

Les donneurs d’ordre aux bancs des accusés

En mai 2016, Gap, le géant américain de l’habillement, a ainsi été épinglé. Des salariés, embauchés par ses sous-traitants cambodgiens, étaient par exemple obligés de travailler au-delà du nombre d’heures indiquées dans leur contrat, soit au-delà de 48 heures par semaine. De plus, ils ne bénéficiaient pas de protection sociale. Or ces pratiques vont à l’encontre des conventions internationales de l’Organisation internationale du travail (OIT). Le Suédois H&M est, lui aussi, dans le viseur.

En remontant les filières, l’organisation s’est rendu compte que les entreprises incriminées étaient également présentes dans d’autres pays du continent où les droits des salariés n’étaient pas non plus respectés. Seule une action globale permettra de sortir de cette situation.

Sokhunty conclut en s’adressant à ses détracteurs qui brandissent la liberté d’entreprendre :

« Nous ne sommes pas contre les investissements étrangers et le développement économique du pays. Nous voulons que les profits générés par les entreprises soient réalisés de manière équitable et éthique. Et qu’ils bénéficient à tous ».

Laurence Estival

Pour en savoir plus nous vous conseillons le visionnage du film Cambodge, le salaire de la faim :

Cambodge, le salaire de la faim from Ethique sur l'étiquette on Vimeo.

A voir également, le web documentaire de France 24 : Cambodge, les forçats du textile

Retrouvez l’ensemble des témoignages des victimes des multinationales sur notre carte interactive :

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