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Publié le 3 juin 2008

« Ne pas mourir dans les champs »

« Je m’appelle Oswaldo dos Santos Souza. Je suis né il y a 28 ans dans un village du Pernambuco, au nord-est du Brésil. Je travaille dans la canne à sucre depuis l’âge de 17 ans. Dans ma famille, couper la canne est une tradition, presque un « héritage ». Mon père et mon grand-père le faisaient déjà. Mon grand-père vit toujours, mais après 40 ans passés à faire ce métier, il a des douleurs dans tout le corps.

Je n’aime pas beaucoup mon travail et souvent, j’ai envie de jeter le coupe-coupe et de m’enfuir ! Mais j’ai une femme et deux enfants.

Tous les matins, je me lève à 4h30. Ma femme se réveille une heure avant moi pour préparer la « boia fria », le repas que j’emmène dans les champs.

A 5 heures 30, le bus vient prendre tous les ouvriers du village pour les conduire sur le lieu de coupe. Ca change tous les jours. Des fois, il faut plus d’une heure et demi de transport pour y aller et autant pour rentrer. Ces heures là ne sont pas payées.
Pour moi, le pire, c’est quand il pleut et que la canne est mouillée. Elle est plus dure à couper. Il y a aussi plus de risques de se blesser. J’ai toujours fait très attention à bien me protéger, surtout les jambes. Même comme ça, une fois je me suis blessé. J’ai failli me couper un tendon de la cheville. C’est pour ça que maintenant, je préfère rajouter des protections, quitte à avoir plus chaud.
Pour moi, le plus dur c’est la chaleur. Généralement, je bois 6 à 8 litres d’eau par jour. Ca permet aussi d’éviter les crampes.
Le soir, quand je rentre, j’ai à peine la force de parler à ma femme et mes enfants. Je mange et presque tout de suite après, je m’endors.

Mon rêve ? Arrêter le plus vite possible de couper la canne à sucre.

Comme je suis un bon ouvrier et que j’ai un bon rendement (12 tonnes en moyenne), le contremaître m’a promis qu’il parlerait de moi au patron pour que j’apprenne à conduire les machines qui coupent la canne. De toute façon c’est l’avenir. D’ici quelques années, les hommes seront remplacés par des machines. Mes collègues ont peur de ne plus avoir de travail. Pour moi, c’est le meilleur moyen de ne pas mourir à la tâche. »

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