Un avenir sans faim

Publié le 5 janvier 2005

Les exportations ne profitent pas aux paysans français

Jean Cabaret, membre du comité national de la Confédération paysanne

L’explosion des importations africaines de poulets européens bénéficie-t-elle aux aviculteurs français ?

C’est ce qu’on cherche aujourd’hui à nous faire croire. Le discours est bien huilé : on dit aux agriculteurs que leur salut passe par une présence renforcée sur les marchés mondiaux, seule façon d’accroître leur revenu. Or, pour pouvoir rester compétitifs, on nous demande de produire sans arrêt à des prix toujours plus bas. C’est une machine infernale et beaucoup de producteurs marchent dans ce système car les agriculteurs, dans leur majorité, restent dans une logique productiviste, sans se soucier des conséquences, en dépit des problèmes que nous avons rencontrés au cours de ces dernières années. Car produire à des prix toujours plus bas n’est assurément pas la solution. D’abord, cela a engendré des pollutions considérables.

La Bretagne est aujourd’hui complémentent sinistrée. Cette situation a entraîné le renforcement des contraintes environnementales qui pèsent sur les producteurs. Comment faire face à ces investissements quand par ailleurs les prix de la volaille ne cesse de diminuer ? Ici la situation est dramatique et elle se tend de jour en jour. Il y a de plus en plus d’aviculteurs qui ne peuvent plus continuer à produire car ils ne peuvent plus faire face à leurs engagements tandis que de l’autre côté, les industriels avec lesquels les aviculteurs sont sous contrat, continuent à faire pression sur eux pour baisser leur rémunération. Certains industriels emploient des méthodes proches du chantage. Ça ne peut pas durer longtemps. On voit déjà les limites de ce modèle dans la mesure où certains industriels n’hésitent d’ailleurs pas à investir dans des pays où ils peuvent produire du poulet à prix encore plus bas.

Vous pensez aux industriels qui vont au Brésil ?

À la différence de certaines productions agricoles, la production de volaille peut en effet être délocalisée sans problèmes. Aujourd’hui les industriels vont au Brésil car les coûts de production sont moins élevés. Le coût de la main d’œuvre est sans commune mesure et les contraintes environnementales sont beaucoup moins importantes. Un industriel comme Doux avait d’ailleurs prévenu : " quand il n’y aura plus de subventions, j’irais produire ailleurs. " Ce qu’il est en train de faire. Mais nous ne pouvons pas continuer à nous aligner sur celui qui produit le moins cher car à cette course tout le monde est perdant. Les producteurs bien sûr mais aussi les consommateurs car produire à moindre coût a des répercussions sur la qualité des produits. Il nous faut changer notre fusil d’épaule. Pour un aviculteur, la seule possibilité pour tirer son épingle du jeu est d’accroître la valeur ajoutée de son produit et d’obtenir pour sa production un prix rémunérateur qui lui permette de poursuivre son activité.

Augmenter la rémunération des producteurs ne risque-t-il pas de pénaliser les consommateurs ?

D’abord une meilleure rémunération de notre travail permettrait d’accroître la qualité des produits. D’autre part, le prix de production représente moins de 20 % du prix de vente. Une augmentation de notre rémunération aurait donc des conséquences marginales. Mais nous devons aussi collectivement ouvrir un autre débat : celui du partage de la valeur ajoutée entre les différents maillons de la filière. Aujourd’hui, ce sont les industriels et les distributeurs qui profitent de la situation. Ils ne répercutent pas les baisses de prix à la production sur les consommateurs, mais continuent à renforcer leurs marges.

Propos recueillis par Laurence Estival

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