Publié le 22.07.2010 • Mis à jour le 29.06.2012

Réforme de Wall Street : la stabilisation des prix agricoles à portée de main !

La réforme de Wall Street, signée hier par le Président Obama, prévoit l’encadrement des marchés à terme agricoles : c’est une bonne nouvelle pour les pays en développement.

Paris, le 22 juillet 2010

Le CCFD-Terre solidaire y voit un vrai progrès contre la spéculation sur les produits agricoles qui frappe les producteurs et les consommateurs les plus vulnérables dans les pays en développement. Pour le CCFD-Terre Solidaire, la France ne devrait pas être en reste, et devrait dès à présent proposer des initiatives dans ce sens à ses partenaires du G20, dont elle prendra la présidence en 2011.

La loi adoptée par le Sénat américain le 15 juillet 2010 et signée hier par B. Obama prévoit que le gendarme des marchés à terme agricoles, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC)[1], limite le nombre de produits dérivés auxquels pourra souscrire une entité et ses filiales durant une période de négociations des contrats. Il s’agit de circonscrire la spéculation sur ces dérivés, dont l’utilité première est de couvrir contre les risques de fluctuation des prix. Autre mesure clé : la réforme prévoit aussi que soient enregistrés et contrôlés la plupart des contrats de gré à gré sur les produits dérivés.

« La loi est d’une portée considérable car la plupart des marchés à terme agricoles sont situés aux États-Unis. Sous réserve des décrets d’application qui doivent encore être discutés, la réforme devrait contribuer à ce que les marchés soient au service de l’agriculture plutôt que des spéculateurs de Wall Street et des multinationales », se félicite Jean Merckaert, chargé de mission sur le financement du développement.

La mesure est particulièrement bienvenue pour les pays en développement, où près de 200 millions de personnes supplémentaires ont été plongées dans la faim depuis 2008. « Lorsque le prix du blé ou du riz triple en quelques semaines, c’est le consommateur égyptien ou sénégalais qui trinque, au profit des intermédiaires commerciaux et des traders. Mais lorsque le prix du café ou de l’huile de palme s’effondre, c’est le producteur colombien ou indonésien qui est ruiné », rappelle Ambroise Mazal, chargé de mission sur la souveraineté alimentaire. « Avec un retour à des prix moins fluctuants et des échanges mieux régulés, les producteurs pourront davantage planifier et développer leurs activités - et ainsi, nourrir la population », estime-t-il. De plus, les pays en développement qui doivent importer une partie de leur alimentation bénéficieront de plus de stabilité en négociant des prix plus justes.

Reste que pour le CCFD-Terre Solidaire, la lutte contre la spéculation sur les produits agricoles attend d’autres mesures. La priorité doit être la reconstitution de stocks alimentaires, tant pour offrir des réserves de sécurité que pour limiter la volatilité des prix agricoles mondiaux et nationaux. « L’Union européenne et les Etats-Unis sont responsables de l’effondrement des stocks céréaliers mondiaux au cours de ces dernières années, estime Ambroise Mazal. Cette tension entre l’offre et la demande a dopé la spéculation, tandis que les pouvoirs publics ne disposaient plus d’aucun outil de régulation ».[2]

Pour Bernard Pinaud, délégué général du CCFD-Terre Solidaire, « à présent, c’est à la France de jouer et d’obtenir du G20, qu’elle préside en 2011, des mécanismes capables d’assurer des prix stables. Il en va du sort des consommateurs, mais aussi de la capacité des paysans à vivre de leur travail ».


Contacts
 : Véronique de La Martinière - 01 44 82 80 64 - v.delamartiniere@ccfd.asso.fr
Ambroise Mazal : 06 79 44 33 81 - a.mazal@ccfd.asso.fr

[1] L’organisme américain de tutelle des marchés à terme de matières premières

[2] Dans une lettre du 2 juillet 2010 adressée à Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, restée à ce jour sans réponse, le CCFD-Terre Solidaire relayait un appel lancé par des dizaines d’organisations à travers le monde pour « prendre des mesures rapides et complètes en vue de mettre en place des réserves alimentaires visant à éradiquer la faim dans le monde et permettre la stabilisation des marchés ».

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