Noël contre la faim

Publié le 21 septembre 2015

Pourquoi la société civile dit NON à l’ « agriculture intelligente face au climat »

Un an après le lancement de l’Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat (GACSA), la société civile réitère son opposition à cette initiative dans une troisième déclaration commune, signée par 355 organisations du monde entier dont 23 organisations en France [1].

Créée lors du sommet climat de l’ONU en septembre 2014, l’Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat (GACSA) est une initiative qui compte près d’une centaine de membres et notamment 22 Etats et des entreprises, parmi lesquelles de grandes multinationales de l’agro-industrie.

Le concept d’ « Agriculture intelligente face au climat » (« Climate Smart Agriculture » ou CSA), introduit pour la première fois par la FAO en 2010, est conçu comme un cadre visant à réorienter les systèmes agricoles pour soutenir les objectifs de développement et de sécurité alimentaire face aux changements climatiques. Ce concept est cependant fortement contesté, y compris par la communauté scientifique : 70 universitaires se sont ainsi ouvertement opposés au modèle de la CSA, promouvant à la place, la légitimité scientifique et sociale de l’agroécologie.

Dans leur déclaration, les organisations signataires dénoncent le caractère trop vague et large de la définition d’ "agriculture intelligente face au climat", qui permet d’inclure des pratiques dommageables pour la souveraineté alimentaire et le climat. En effet, aucun critère ne définit ce qui est ou n’est pas « intelligent face au climat ». Les entreprises de l’agro-business qui promeuvent l’utilisation d’engrais chimiques, la production industrielle de viande et l’agriculture à grande échelle, consommatrice d’intrants et de pesticides chimiques peuvent ainsi se targuer d’apporter des réponses « intelligentes » face aux dérèglements climatiques tout en perpétuant leurs pratiques [2]. Alors même que ces dernières sont largement reconnues comme contribuant aux changements climatiques et nuisant à la résilience des systèmes agricoles. De surcroît, la GACSA, qui comprend de nombreux représentants du secteur de l’industrie des engrais, n’a mis en place aucun mécanisme de suivi et de redevabilité et n’est donc pas en mesure d’évaluer ce qu’elle considère comme climate smart.

Les Etats qui signeront un accord cette année lors de la COP 21 doivent se tourner vers des solutions qui répondent véritablement à la crise alimentaire et climatique, telle que l’agroécologie paysanne qui devrait être le pilier fondamental de toute politique agricole. Un "Agenda des solutions" est en cours de création pour la COP 21 avec pour objectif de lister des initiatives concrètes pour lutter contre les dérèglements climatiques. Les organisations signataires demandent aux gouvernements de ne pas reconnaître l’ « agriculture intelligente face au climat » comme solution aux changements climatiques au sein de cet Agenda et de n’orienter aucun financement lié à la lutte contre le changement climatique vers des projets et programmes estampillés « agriculture intelligente face au climat ».

- Lire aussi les précédentes déclarations des organisations de la société civile s’opposant à l’ « agriculture intelligente face au climat »

[1Action Contre la Faim (ACF), Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF), Amis de la Terre, ATTAC France, CARI, Comité Français pour la Solidarité Internationale (CFSI), CCFD-Terre Solidaire, Confédération Paysanne, ENERGIES 2050, FIAN France, Gevalor, Greenpeace, Gret-Professionnels du développement solidaire, Ingénieurs Sans Frontières - Agricultures et Souveraineté Alimentaire (ISF AgriSTA), Laboratoire de Recherche en Gestion et Economie des Industries Agroalimentaires (Largecia-Oniris), Plate-Forme pour le Commerce Equitable, Peuples Solidaires-ActionAid, réseau FAIRNESS, Réseau Action Climat, Réseau Climat & Développement, Réseau Foi et Justice Afrique Europe, Secours Catholique - Caritas France

[2Par exemple, Monsanto, Walmart et McDonald’s ont lancé leurs propres programmes « d’agriculture intelligente face au climat ».

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