Publié le 07.06.2016 • Mis à jour le 08.06.2016

NASAN et nutrition en Afrique : signal d’alarme des parlementaires européens

Aujourd’hui à Strasbourg, le Parlement européen a voté une résolution sur la Nouvelle Alliance du G8 pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (NASAN) qui cible l’Afrique subsaharienne. Les parlementaires appellent l’Union européenne à plus de contrôle et de transparence du secteur privé et à soutenir les agricultures familiales et le développement de l’agro-écologie. Le CCFD-Terre Solidaire et Oxfam France appellent le gouvernement français à prendre acte des critiques et recommandations formulées par les parlementaires européens.

La résolution votée dresse un bilan sévère de la NASAN, initiative lancée par le G8 en 2012 avec l’objectif affiché d’améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition, et de sortir 50 millions de personnes d’Afrique subsaharienne de la pauvreté d’ici 2022. La NASAN a cherché à « libérer le pouvoir du secteur privé », tout en poussant les Etats africains à mettre en œuvre des mesures de dérégulation destinées à créer un « environnement favorable » aux investissements des multinationales de l’agrobusiness.

Pour le CCFD-Terre Solidaire et Oxfam France, tout comme pour leurs partenaires de la société civile africaine , cette initiative, contrairement aux objectifs affichés, met en péril la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations et porte atteinte au droit à l’alimentation des populations les plus vulnérables. Le Parlement européen « demande à l’Union de remédier à toutes les lacunes de la NASAN décrites ci-dessus, d’œuvrer au renforcement de la transparence et de la gouvernance, ainsi que de garantir que les mesures prise dans le cadre de l’Alliance sont compatibles avec les objectifs en matière de développement. ». En particulier, il demande que les promesses d’investissements des acteurs privés soient publiées, que les répercussions des activités des entreprises sur les droits humains soient évaluées, et que des moyens de recours indépendants pour les communautés dépossédées de leurs terres par des projets d’investissement de grande envergure soient mis en place.

« La France est membre de la NASAN et en est le chef de file au Burkina Faso, où l’initiative est davantage tournée vers les grands investisseurs que l’agriculture familiale. Elle doit agir dès le prochain Conseil de gouvernance de l’Alliance en juillet au Rwanda pour bloquer toute expansion de la NASAN et mettre en œuvre une évaluation transparente et inclusive des impacts de l’initiative dans les 10 pays africains concernés » souligne Jean-Cyril Dagorn d’Oxfam France.

Selon Maureen Jorand du CCFD-Terre Solidaire, « Cette résolution pose la question des partenariats public-privé dans l’agriculture mais également celle des modèles et pratiques agricoles soutenus par les Etats du G7 en Afrique. Les parlementaires appellent ainsi les Etats membres à ne pas soutenir les OGM sur ce continent. La France doit prendre en compte cette résolution, être cohérente avec ses engagements et s’opposer à toutes les initiatives qui promeuvent l’ouverture des marchés africains aux dépens de la souveraineté alimentaire des populations locales. »

Dans un mois se tiendra la réunion annuelle du conseil de gouvernance de la NASAN. Le CCFD-Terre Solidaire et Oxfam France appellent André Vallini, à y représenter la France pour exprimer voix forte et convaincre les autres membres de l’initiative de mettre en œuvre les recommandations votées par le Parlement européen. En particulier, la France doit s’assurer qu’aucun nouvel engagement financier, projet ou élargissement de l’initiative ne soient acceptés. A l’inverse, elle doit s’assurer que les processus de révision en cours dans les pays africains des cadres de mise en œuvre de la NASAN permettent non pas de proroger la NASAN, mais d’assurer l’évaluation des engagements initiaux, et leur réorientation si nécessaire.

Contacts presse
- CCFD-Terre Solidaire – Karine Appy k.appy@ccfd-terresolidaire.org - 01 44 82 80 67
- Oxfam France – Sarah Roussel sroussel@oxfamfrance.org – 01 85 34 17 56

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