Publié le 20 novembre 2013

Les agences publiques de développement se convertissent aux financements privés

Une grande partie de l’aide au développement est portée par des agences de financement du développement, bilatérales comme l’AFD (Agence française du développement) en France ou multilatérales (Banque mondiale ou Banques régionales de développement, comme la Banque européenne d’investissement). Ces agences favorisent de plus en plus la montée en puissance des acteurs privés et les mécanismes de financement privé.

Après avoir longtemps financé les projets par des subventions aux États ou aux collectivités locales du Sud ou par un apport direct à leur budget (aide budgétaire), la politique de développement se réalise de plus en plus sous forme de prêts au secteur
public ou privé et de prises de participation. Dans une logique poussée jusqu’au bout,
ces agences sont des banques qui doivent rentabiliser leur investissement. Du coup,
elles mènent des actions qui ont pour objectif de soutenir la croissance et la promotion
du secteur privé dans les pays « bénéficiaires ». Leurs financements transitent même
de plus en plus par des intermédiaires financiers (banques, fonds d’investissements),
avec des résultats qui ont souvent peu à voir avec les objectifs d’un développement
porté par les populations.

Proparco et SFI sous le même maillot

Proparco est une filiale de l’Agence française de développement qui en détient 57 %
du capital. Cette société financière propose une palette d’instruments financiers aux
entreprises privées pour investir dans les pays en développement à travers des fonds
propres, prêts et garanties.
La Société financière internationale (SFI) joue le même rôle auprès de la Banque
mondiale. Un rapport d’évaluation indépendant publié en 2011 à l’initiative de la
Banque mondiale montre que moins de la moitié des projets de la SFI ont été conçus
pour avoir un impact sur le développement. Pourtant, son principal argument pour
promouvoir ces investissements dans le secteur privé est précisément de favoriser
l’accès au marché ou l’emploi des populations pauvres.

Dans les années 60, les flux financiers internationaux vers les pays du Sud étaient d’origine publique à 70 %. Aujourd’hui, ils sont d’origine privée à 70 %. L’Aide publique au développement (APD) totale a atteint 125 milliards de dollars en 2012, en recul de 4 % par rapport à 2011.

Coup pas franc

La « financiarisation » de l’aide, c’est le fait que l’État et ses agences de développement « sous-traitent » au secteur privé (banque ou fonds d’investissements) le rôle d’investisseur pour le développement, ce qui permet de mener une politique de « développement » à un coût budgétaire moindre pour l’État. Le problème, c’est que les agences de financement du développement en viennent parfois à ne même pas connaître les bénéficiaires finaux de leur action. Il leur est alors impossible de vérifier que leurs propres règles concernant les impacts sociaux, fiscaux et environnementaux soient respectées. Les opérateurs intermédiaires mettent plutôt l’accent, dans leur communication et leur action, sur la haute rentabilité financière de leur activité et pas sur leur utilité pour le développement.

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