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Climat, terres et sécurité alimentaire : les enjeux du nouveau rapport du GIEC

Publié le 29.07.2019 Mis à jour le 02.08.2019

Le 8 août 2019, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sortira un nouveau rapport. Il abordera des questions cruciales sur lesquelles nous nous mobilisons depuis longtemps. Quels sont les impacts des bouleversements du climat sur l’agriculture et la sécurité alimentaire ? A contrario, quelles sont les conséquences de nos pratiques de gestion des terres pour le climat ? Décryptage des enjeux de ce rapport.

Climat, terres et sécurité alimentaire : les enjeux du nouveau rapport du GIEC
© CCFD-Terre Solidaire

Depuis plusieurs années, nous demandons, aux côtés de nos alliés, la prise en compte des interactions entre dérèglements climatiques, terres et insécurité alimentaire dans les négociations internationales.

En 2015, nous obtenions la mention de cet enjeu dans le Préambule de l’Accord de Paris. Ce rapport du GIEC sur les questions des terres, de l’agriculture et de la sécurité alimentaire est une nouvelle victoire. La prise de conscience progresse !

Les interactions entre agriculture et climat

Nous savons désormais que nos systèmes agricoles et alimentaires sont une cause majeure du réchauffement de la planète. Ils sont responsables d’environ un tiers de nos émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’agriculture est notamment la première source d’émissions anthropiques de deux des gaz aux impacts les plus néfastes pour le climat : le méthane et le protoxyde d’azote.

En parallèle, les dérèglements climatiques ont des conséquences néfastes sur les terres : les phénomènes de dégradation des sols et de, désertification s’accélèrent. Nous savons également que cela affecte gravement la vie des populations, en particulier celle des petits paysans et paysannes.

Découvrez notre infographie pour mieux comprendre les relations entre climat, agriculture, terres et alimentation

Dérèglements climatiques et dégradation de l’environnement : des menaces sur la sécurité alimentaire

Dans le même temps, Les analyses et rapports attestant des conséquences du développement de systèmes agroindustriels sur la sécurité alimentaire se multiplient. Le dernier rapport de l’IPBES [1] , publié il y a tout juste 3 mois, nous alerte sur les méthodes de l’agriculture intensive, notamment sur le risque de disparition des pollinisateurs. Or, 75 % des cultures destinées à l’alimentation humaine sont dépendantes ce ceux-ci. Autre phénomène inquiétant, la dégradation des sols par l’érosion de la biodiversité et les pratiques agricoles intensives a réduit de 23 % la productivité de l’ensemble de la surface terrestre mondiale.

Les agences onusiennes dédiées aux enjeux d’agriculture et de sécurité alimentaire ne sont pas plus optimistes. Le dernier rapport sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde , sorti le 15 juillet 2019, fait état de 821 millions de personnes souffrant de la faim. Un chiffre en hausse pour la 4e année consécutive. D’ici 2080, près de 600 millions de personnes supplémentaires pourraient rejoindre ce macabre décompte pour la seule cause climatique [2]

Face à ces constats alarmants, quelle a été jusqu’à présent la réaction des Etats ?

La politique de l’autruche

Le précédent rapport du GIEC publié en octobre 2018 est clair. Il est indispensable d’entretenir et de recréer des puits de carbone, c’est-à-dire d’utiliser les terres pour séquestrer le CO2 et éviter qu’il ne s’échappe dans l’atmosphère. Mais il est également impératif de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, y compris dans le domaine agricole.

Les dirigeants ont tendance à privilégier les politiques de séquestration du carbone dans les sols agricoles et à ignorer l’impératif de réduction des émissions. Ils se montrent incapables de remettre en cause le modèle intrinsèquement destructeur dans lequel nous vivons.

Ces stratégies mises en œuvre pour séquestrer du carbone dans les terres agricoles font la part belle aux multinationales et à leurs « solutions » : OGM, pesticides, monocultures motorisées…

Dans le même temps, la déforestation se poursuit à un rythme effréné sous la pression de l’expansion de l’agriculture intensive, détruisant les puits de carbone que sont les grandes forêts primaires.

Il faut s’alarmer de cette situation, car séquestrer du carbone est un processus long, laborieux et sans garantie de résultat. Planter une forêt de jeunes arbres ne peut compenser la perte d’un puits de carbone ancien et stable tel que l’Amazonie. Verdir les pratiques de l’agro-industrie pour alléger sa conscience non plus.

Surtout, il convient d’insister sur un point : séquestrer n’est pas réduire. La priorité doit impérativement être donnée à la protection des puits de carbone existants, tels que les forêts primaires, et à la réduction drastique de nos émissions.

Pour aller plus loin : La séquestration du carbone dans les terres agricoles, miracle ou alibi ?

Loin de réorienter l’agriculture mondiale vers un modèle soutenable, la fuite en avant se poursuit. En 2015, les pays de l’OCDE ont injecté environ 100 milliards de dollars d’aides financières dans une agriculture potentiellement nuisible pour le climat . Plus récemment, le 23 juillet dernier, le Parlement français a voté en faveur de la ratification du CETA [3], traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Ce traité va encore accélérer l’industrialisation de l’agriculture et perpétuer ainsi un modèle destructeur.

Parlons de vraies solutions !

Pourtant, les solutions nous les connaissons. C’est notre système agricole et alimentaire tout entier qui est à repenser. Et les alternatives existent. Aux côtés de nos partenaires du Sud, nous travaillons chaque jour à la mise en œuvre d’une autre voie : celle de l’agroécologie paysanne.

Lire aussi : Un programme mondial de transition à l’agroécologie paysanne

Cette révolution sociétale permet de mettre en place un vrai changement de paradigme. Elle sous-tend des pratiques qui permettent de séquestrer du carbone, sans détruire les puits existants. Ses émissions sont extrêmement faibles par rapport à celles du modèle agro-industriel. Elle est plus résiliente face aux changements climatiques et permet d’assurer aux populations une alimentation abondante et riche nutritivement. Elle permet également de restaurer les sols agricoles et leur biodiversité. Enfin, elle favorise le développement économique et social en favorisant les marchés locaux et l’organisation territoriale des acteurs sur l’ensemble de la chaine de valeur.

Après ce rapport, enfin le tournant tant attendu ?

Le GIEC mettra en évidence la corrélation entre dérèglements climatiques et insécurité alimentaire. Nous espérons qu’il mettra également en exergue la nécessité et l’urgence de changer radicalement notre système agricole et alimentaire. Nous attendons qu’il montre les limites de la séquestration du carbone dans les sols alors que dans le même temps l’agroécologie devrait être reconnue comme une solution centrale pour orienter les futures politiques agricoles...

La capacité d’influence du GIEC est importante. Difficile pour les Etats de continuer à ignorer des milliers de scientifiques parlant d’une même voix. Voir apparaître ces conclusions dans leur rapport en fera un argument de poids pour faire peser cette question dans les prochaines négociations internationales sur le climat, notamment la COP25, au Chili en décembre prochain et avant cela le Sommet Action Climat, à New York en septembre.

Rendez-vous le 8 août pour découvrir les analyses des experts !

Le GIEC, qu’est-ce que c’est ?

Nom complet : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

Naissance :
1988

Créateurs : UNEP et WMO, deux institutions des Nations Unies

Missions :
-  Evaluer les informations scientifiques, techniques et socio-économiques disponibles pour comprendre le fonctionnement du climat, les risques liés au réchauffement climatique et les options d’action (adaptation, atténuation)
-  Eclairer les choix politiques de manière neutre et non prescriptive

Atouts :

-  Compilation des travaux de milliers de chercheurs internationaux

[1Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques

[2Chiffres du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE)

[3Rapport de l’IPBES

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