De la COP 25 à la COP 26 : 10 idées pour faire évoluer nos politiques agricoles

Publié le 29.11.2019 Mis à jour le 18.12.2019

Au sein des négociations internationales pour le climat, l’agriculture a longtemps été mise de côté : les émissions liées à ce secteur étaient considérées comme irréductibles ou trop difficiles à atténuer. Il a fallu attendre la COP 23 pour que le sujet bénéficie d’un programme de travail dans les négociations.
Au terme de la COP 25, voici quelques idées à avoir en tête pour faire évoluer nos politiques agricoles et alimentaires.

Projet d'agriculture urbaine à Lima au Pérou

1. Nos systèmes agricoles et alimentaires sont responsables de plus d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre mondiaux

Pour en savoir plus retrouvez notre infographie Climat : pourquoi faut-il changer notre système agricole et alimentaire

2. Ce n’est pas l’agriculture, mais l’agro-industrie qui pose problème

Non ce ne sont pas toutes les agricultures qui ont des conséquences majeures pour le climat et la biodiversité comme on le voit souvent écrit. Les émissions de gaz à effet de serre sont essentiellement dues à l’agriculture industrielle et intensive qui repose sur des systèmes alimentaires et des marchés mondialisés.

Par exemple, exporter en Chine du porc européen nourri au soja brésilien, soja qui contribue à la déforestation amazonienne et à l’expropriation de ses habitants, le tout au prix d’émissions de gaz à effets de serre faramineuses…

3. Relocaliser nos systèmes agricoles et alimentaires pour réduire les émissions

Produire et manger local, c’est évidemment éviter les émissions de CO2 liés aux transports internationaux. Mais la relocalisation de nos systèmes agricoles est aussi une manière de lutter contre les monocultures dévastatrices pour l’environnement et la biodiversité.

Alors, pourquoi ne pas passer un bon moment en découvrant le producteur de pommes ou la productrice de fromage proches de chez vous ? Ou faire pousser quelques légumes dans votre jardin ? Ou s’inscrire à une Amap ?

Lire aussi : Des potagers en permaculture dans toutes les écoles ? Le choix pionnier du Timor Leste

4. L’agroécologie est une solution pour réduire l’impact environnemental de l’agriculture et l’insécurité alimentaire

Non ce n’est pas un fantasme de bobo.
Nombreux sont les organismes internationaux, comme le GIEC et l’IPBES, qui préconisent le développement de l’agroécologie pour réduire drastiquement les impacts environnementaux de l’agriculture et mettre fin à l’insécurité alimentaire.
Les bénéfices de cette approche sont nombreux, pour l’environnement et la biodiversité (amélioration de la productivité, diversification des cultures, restauration des écosystèmes, gestion durable et concertée des ressources naturelles…).

Et au Burundi, ce n’est pas Gloriosa qui dira le contraire : Au Burundi, l’agroécologie, nouvel horizon pour le monde paysan

5. Mettre fin au gaspillage agricole et alimentaire

Selon le GIEC, le gaspillage agricole et alimentaire représente aujourd’hui 1/3 de la production agricole et 10% de nos émissions de gaz à effets de serre.

On entend souvent qu’il faut produire plus pour nourrir une population grandissante : c’est faux ! Les chiffres du gaspillage montre que le problème de la faim et de l’insécurité alimentaire est avant tout un problème de répartition et d’organisation de nos systèmes alimentaires, et non de production.

6. Faire évoluer nos régimes alimentaires

L’évolution de nos régimes alimentaires vers une baisse de la consommation de produits animaux, et l’augmentation de l’alimentation végétale présente 3 avantages majeurs :

  • une meilleure santé pour les êtres humains
  • une baisse des gaz à effets de serre (et pas seulement le dioxyde de carbone)
  • la libération de plusieurs millions de km2 de terre (selon le rapport du GIEC).

Alors zou, pourquoi manger une viande de mauvaise qualité qui a un impact majeur sur notre environnement ? On réduit sa consommation, et on s’assure que celle que l’on mange est produite localement et sans soja importé.

Et si on ne voit pas le rapport avec le soja, on lit ce portrait paru dans La Croix de Elida Gimenez, expulsée deux fois de sa terre au Paraguay

7. Les projets de compensation carbone ne seront jamais aussi efficaces qu’une réduction effective des gaz à effet de serre.

Face à l’urgence climatique, la tentation est grande de privilégier les mécanismes de compensation de nos émissions de gaz à effets de serre.
Une idée est particulièrement en vogue : la séquestration du carbone dans les sols.

Pourtant, ces pratiques peuvent représenter un leurre.

Lire aussi : La séquestration du carbone dans les terres agricoles, miracle ou alibi ?

Or le rapport du GIEC le souligne : les capacités d’absorption additionnelle du carbone dans les sols sont faibles et rendues incertaines par la crise climatique.

8. Les projets de compensation carbone risquent de générer une compétition pour les terres

Cette compétition aurait pour conséquence de :

- se faire au détriment de l’agriculture familiale

- contribuer au déclin des surfaces agricoles

- de mettre en danger la sécurité alimentaire des populations paysannes.

Pour en savoir plus voir notre rapport "Nos terres valent plus que du carbone"

9. Alerte : le secteur des terres doit rester en dehors des mécanismes de compensation carbone

Les règles d’application de l’Accord de Paris ont été adoptées lors de la COP24, à l’exception de l’article 6 qui traite des marchés et des mécanismes de compensation carbone.

Lors des nouvelles négociations, le risque est fort que le secteur des terres soit intégré, ce qui aggraverait les risques de ruée massive vers les terres, et donc d’accaparement de terres.

Au CCFD-Terre Solidaire, nous souhaitons que le secteur des terres puisse être soutenu financièrement mais uniquement à travers des approches non-marchandes (art. 6.8), et nous lutterons pour qu’il reste hors des marchés et mécanismes de compensation carbone de l’Accord de Paris.

10. Remettre les communautés locales au cœur des décisions politiques

Les populations locales détiennent des connaissances fines des milieux qu’elles cultivent et dont elles dépendent sur le long terme.
Cela les rend bien plus compétentes et sensibles à l’enjeu de la gestion durable des territoires que des fonds financiers qui visent avant tout le profit à court terme et qui prennent des décisions depuis de lointains centres de pouvoir sans considération des populations locales.

Le mécanisme de compensation carbone REDD+ par exemple, censé empêcher la déforestation, tend à priver dans les faits l’accès et l’utilisation de la forêt pour les activités de subsistances traditionnelles des populations locales, affectant ainsi la souveraineté alimentaire des populations. Des cas de menaces allant jusqu’à la torture ont été reportés par nos partenaires.

COP 25 : notre action de plaidoyer pour faire avancer les politiques agricoles

Après des années de lutte, notamment des organisations issues de la société civile, nous avons obtenu la création d’un programme de travail sur le sujet lors de la COP23 (programme de travail de Koronivia).

Le CCFD-Terre Solidaire a continué de s’impliquer au sein de ce programme lors de la COP 25 qui a eu lieu du 2 au 13 décembre à Madrid, en Espagne, notamment autour de la question des engrais de synthèse, des enjeux de la séquestration du carbone dans les sols et de l’adaptation au changement climatique.

En ligne de fond, c’est la question de la pérennité et du rôle de cet espace de travail qui se joue, dont l’avenir doit être discuté à la COP 26 en 2020. Nous nous battons pour qu’il ne stagne pas comme espace de discussion mais devienne un véritable guide pour les politiques agricoles dans le contexte de la crise climatique.

Manon Castagné, chargée de plaidoyer au CCFD-Terre Solidaire nous explique ci-dessous les enjeux de la COP 25

Partout dans le monde, les organisations paysannes que nous soutenons montrent qu’il est possible de faire une agriculture respectueuse de l’humain et de l’environnement.

Accorder l’humain et la planète, les initiatives qui marchent (carte interactive)

À lire
Donner
Suivez-nous
CCFD-Terre Solidaire
Comité Catholique Contre la Faim
et pour le Développement – Terre Solidaire
4 rue Jean Lantier
75001 Paris
France
Tel (+33)1 44 82 80 00
N° SIREN 775 664 527
N° RNA W759000066