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Comment les migrants maliens soutiennent le développement de leur pays d’origine

Publié le 07.02.2019 Mis à jour le 14.02.2019

Représentant près d’un tiers de la population du Mali, la diaspora joue un rôle majeur dans le développement du pays. L’association GRDR, soutenue par le CCFD-Terre Solidaire, accompagne les initiatives des migrants en faveur de leur région d’origine.

Comment les migrants maliens soutiennent le développement de leur pays d'origine
Projet agroécologique soutenu par le GRDR dans la région de Kayes au Mali ©Patrick Piro/CCFD-Terre Solidaire

Avec 5,6 millions de Maliens vivant à l’étranger, le Mali dispose d’une des diasporas les mieux organisées. « C’est une véritable richesse », sourit Mohamed Niang, référent thématique migration pour le Mali, le Sénégal et la Mauritanie au GRDR (Groupe de recherche et de réalisations pour le développement rural), association partenaire du CCFD-Terre Solidaire.

Il met notamment en avant les transferts financiers. En 2015, la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) les estimait à 476 milliards de Francs CFA (717 millions d’euros).

Il illustre :

« Si 80 % de ces montants sont destinés directement à leurs familles, les 20 % restant profitent à l’ensemble de la communauté car les migrants continuent à payer des impôts au Mali pour financer des écoles, des établissements de santé ou même des infrastructures ».

Mais la plupart d’entre eux souhaitent aller encore plus loin. Depuis les années 1960, ils se structurent en association dans leur ville d’accueil et décident ensemble de financer des projets clairement identifiés et jugés indispensables pour ceux restés sur place.

La diaspora porteuse de projets de développement

En 2011, le GRDR a d’ailleurs mené une enquête pour quantifier la contribution directe des migrants au développement de la région de Kayes. « A l’époque, nous avions recensé près de 1 400 projets, raconte Mohamed Niang. Et nous nous sommes rendu compte qu’un certain nombre d’entre eux impliquaient aussi des collectivités locales. » En effet, financer une école, un hôpital ou un barrage nécessite de collecter des sommes qui ne sont pas à la portée de l’épargne individuelle des migrants.

La commune de Sandare au Mali et celle de Draveil dans l’Essonne en France ont ainsi travaillé ensemble autour de l’hydraulique. Kayes et Evry avancent main dans la main sur l’assainissement urbain quand Cachan s’est rapprochée de Diakon pour bâtir un micro-barrage. Dans la seule région de Kayes, 75 partenariats ont ainsi été signés par 64 collectivités territoriales dont 57 situées en France, une en Espagne, une en Italie et une aux Pays Bas. L’Ile de France a par exemple choisi de s’impliquer dans le domaine de l’éducation en créant un centre de formation professionnelle à Kayes. Deux autres régions françaises – Bretagne et Hauts de France – lui ont emboîté le pas mais des projets ont également été initiés par une région du Sénégal et une au Burkina Faso. En effet, 80 % des migrants originaires du Mali vivent dans un autre pays d’Afrique comme le Sénégal ou le Burkina Faso. Seulement 15 % des émigrés maliens sont en Europe.

Bassin de rétention construit par une association de migrants soutenue par le GRDR ©Patrick Piro/CCFD-Terre Solidaire

Valoriser les compétences des migrants

L’implication des collectivités locales, dans le cadre de la coopération décentralisée, permet par ailleurs de compenser le moindre engagement financier de la diaspora.

Le chargé de mission observe :

« Aujourd’hui, les migrants qui vivent à l’étranger connaissent eux aussi des difficultés économiques. La crise les a touchés comme les autres. De plus, la 3e génération n’a pas le même comportement que leurs grands-parents qui étaient prêts à faire des sacrifices importants pour envoyer de l’argent à leur famille. Les investissements sont orientés aujourd’hui davantage vers le soutien individuel à la création d’entreprise car la diaspora ne veut pas transformer ceux qui reçoivent leur aide en assistés ».

Cette jeune génération n’hésite pas non plus à donner un coup de main. Elle fait bénéficier son pays d’origine des compétences qu’elle a développées dans les pays d’accueil.

Mohamed Niang souligne :

« Certains souhaitent aller plus loin et les retours au pays sont de plus en plus nombreux. Nous participons ainsi à un programme de réinsertion des migrants au Mali et accompagnons chaque année une dizaine d’entre eux qui souhaitent s’installer notamment en agriculture, car c’est un secteur porteur au Mali ».

Au-delà de ces premières réalisations, le GRDR réfléchit à la création d’un outil pour recenser et pour valoriser les compétences des migrants qu’ils soient ou non revenus au Mali. Cela concerne notamment les jeunes diplômés. A suivre…

Laurence Estival

Auteur(s): Laurence Estival
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