Que soutiennent vraiment les investissements français dans l’agriculture des pays du Sud ?

Publié le 07.11.2020 Mis à jour le 09.11.2020

Une recette à la française : une pincée d’agroécologie pour une louche d’agro-industrie

Les investissements français dans l’agriculture des pays du Sud soutiennent-ils la lutte contre la faim dans le monde et une transition agroécologique ? Participent-ils à la lutte contre la pauvreté, les inégalités de genre ou les dérèglements climatiques ?
Avec Action contre la Faim, et Oxfam France, nous avons souhaité en savoir plus. Nous avons passé au crible dix ans de financement français dans l’agriculture des pays du Sud.

Que soutiennent vraiment les investissements français dans l'agriculture des pays du Sud ?

L’agroécologie : une promotion de façade ?

La France défend officiellement l’agroécologie au sein de plusieurs instances internationales. Elle soutient la recherche en ce sens et finance directement des projets d’organisations de producteurs ou d’organisations non gouvernementales (ONG) visant à mettre en œuvre une agroécologie familiale ambitieuse, dont nos trois structures.

Toutefois, malgré ce fort ancrage législatif et stratégique, d’autres priorités politiques semblent coexister.

On voit ainsi monter en puissance depuis quelques années une volonté accrue de mobiliser la politique étrangère de la France au service d’intérêts économiques nationaux. Cette « diplomatie économique », instituée sous le mandat de François Hollande, a été abondamment reprise par le gouvernement d’Emmanuel Macron.

Cette nouvelle orientation se fait au profit de la promotion des exportations et du savoir-faire agro-industriel français, et vers la conquête de nouveaux marchés. Tout l’inverse de la promotion d’une agroécologie paysanne.

Au-delà de ce double discours agricole, la France est aussi fortement engagée, du moins politiquement, sur d’autres facteurs sous-jacents de la faim. La lutte contre la pauvreté, la lutte contre les inégalités de genre ou encore la lutte contre les dérèglements climatiques sont présentes au cœur des différents axes stratégiques portés avec force par la France.

Il nous semblait important d’étudier comment l’engagement politique en faveur de ces facteurs se traduit dans les orientations financières de la France.

Pour réaliser cette étude, nous avons fait appel au BASIC, un cabinet d’étude indépendant, avec qui nous avons passé au crible 10 ans de financements français (2009-2018), soit 6,2 milliards d’euros engagés au travers de plus de 9500 projets.

Les premiers résultats sont édifiants :

- Depuis 10 ans, la France a plus financé le développement de l’agro-industrie des pays du Sud (près d’un quart des financements recensés) que le développement de l’agroécologie (12,6%) ;

- 82% des financements agricoles français analysés n’ont aucune volonté explicite de réduction de la pauvreté ;

- Seulement 2% des projets financés mentionnent la question du climat.

Pour en savoir plus, télécharger les premiers éléments d’informations ci-dessous :

Note : une pincée d’agroécologie pour une louche d’agroindustrie

(Le rapport complet sera publié début décembre)


Lire aussi : Cidse - La finance pour l’agroécologie : plus qu’un rêve ? Une évaluation des contributions des institutions européennes et internationales à la transformation du système alimentaire.

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