Crise alimentaire : menaces, enjeux, et solutions

Témoignage d’un agroécologue sur la crise alimentaire au Liban

Publié le 20.07.2020 Mis à jour le 20.07.2020

La crise financière, économique et politique à laquelle s’ajoute le Covid 19 entrainent une crise alimentaire sans précédent au Liban. A travers le réseau agroécologique « Nos graines sont nos racines », Serge Harfouche s’engage depuis 5 ans en faveur d’une alimentation et d’une agriculture durable pour son pays.
Il nous livre son témoignage poignant sur la situation.

La dépendance du Liban aux produits importés pour se nourrir et cultiver ne permet plus à une part croissante de la population libanaise d’acheter les denrées essentielles pour se nourrir. Serge Harfouche raconte :

« Le prix de certains produits a augmenté de 400 %. C’est extravagant. Il y a une vraie insécurité alimentaire. Les supermarchés sont en train de rationner (…). Tout le monde ne peut pas ou ne peut plus se permettre d’acheter des denrées essentielles, comme le lait, le riz… »

Un système agricole conventionnel dépendant des exportations

80%

des produits agricoles ou agro-industriels sont importés au Liban

Les agriculteurs libanais travaillent, en grande majorité, sur des exploitations de monocultures intensives, extrêmement consommatrices en eau, pesticides, fertilisants, etc.

Ils sont donc très dépendants de l’agro-industrie pour cultiver.

Lire aussi notre article : Les impasse de l’agriculture industrielle mondialisée

C’est la crise économique qui a déclenché une hausse des prix incontrôlable

Serge explique : « Nous avons une grosse crise monétaire en ce moment parce que notre économie est liée au dollar. Tout ce que nous utilisons, ou presque, en agriculture spécifiquement, est lié au prix de ce dollar. Du coup si je travaille en agriculture conventionnelle et que je dois importer des semences, des pesticides, de l’engrais, ces prix là ont triplé ou quadruplé. »

Résultat, les agriculteurs ne peuvent plus produire qu’à un coût exorbitant. « Les agriculteurs ne sont plus capables de continuer, de tenir. Ils sont déjà endettés et là ils le sont de plus en plus... »

Au final cela signifie que même la production locale se retrouve très chère à la vente. « Le consommateur lambda qui ne peut pas se permettre de dépenser plus qu’un seuil spécifique risque de se retrouver sans rien. » alerte-t-il.

L’agroécologie, une autre agriculture indispensable

Les productions agricoles bio, ou l’agroécologie, qui ne nécessitent pas d’intrants chimiques importés, sont encore rares au Liban.

Serge s’est engagé dans ce combat depuis 5 ans. Avec un groupe d’amis français, libanais, syriens, et palestiniens, ils ont créé le réseau Buzuruna Juzuruna "Nos semences sont nos racines".

Les semences paysannes libanaises, une richesse à redécouvrir

Le but de l’association est de préserver et de reproduire les semences paysannes locales adaptées au climat et aux sols. « Elles donnent de bonnes quantités productives d’un côté et de l’autre qui donnent des valeurs nutritives très élevées. »

L’association s’attache à les trouver, à les reproduire pour pouvoir échanger avec d’autres paysans et les conserver aussi.

Serge s’exclame :

« Ces semences, elles ne sont pas la possession d’un groupe ou d’une compagnie ou d’une entreprise. Elles sont en possession de tout le monde, le droit de tout le monde, tous les paysans, toutes les personnes qui voudraient planter. C’est le droit de tout le monde de les avoir, d’en reproduire et de les transmettre. Ce n’est pas le monopole d’une entité sans âme. C’est la propriété et l’héritage de l’humanité. »

Un message fort qui résonne bien au-delà du Liban.

Que ce soit en Afrique, en Amérique Latine, en Asie ou en Europe, la crise alimentaire et écologique mondiale impose l’urgence de faire évoluer rapidement nos systèmes agricole et alimentaire.

À lire
Donner
Suivez-nous
CCFD-Terre Solidaire
Comité Catholique Contre la Faim
et pour le Développement – Terre Solidaire
4 rue Jean Lantier
75001 Paris
France
Tel (+33)1 44 82 80 00
N° SIREN 775 664 527
N° RNA W759000066