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Dossier Les faces cachées de l’éthanol au Brésil

Au milieu de la canne, le travail esclave

Publié le 03.06.2008 Mis à jour le 24.08.2012

Loin de l’image de modernité et de boum économique et social, le secteur de la canne à sucre engendre trop de travail inhumain et dégradant.

Historiquement, la canne à sucre au Brésil est associée à l’esclavage. En effet, lorsque le relief est irrégulier ou accidenté, la canne à sucre doit être récoltée manuellement. Malheureusement, le fléau du travail esclave n’est pas éradiqué. D’après les chiffres du Ministère du Travail, sur 6000 personnes libérées d’une situation de travail esclave en 2007, plus de la moitié, soit 3131, travaillaient dans des plantations de canne à sucre.

Un lourd tribut au miracle éthanol

  • 28 mars 2007 : José Pereira Martins, 52 ans, est terrassé par un infarctus dans un champs de canne à sucre de l’Etat de Sao Paolo.
  • 19 mai 2007 : Jesus dos Santos, 34 ans, est retrouvé mort d’épuisement dans une exploitation de l’état du Parana, au sud du pays.
  • 20 juin 2007 : Edilson Jesus de Andrade, 28 ans, git, en plein soleil, au milieu de la canne qu’il était censé couper…

Crises cardiaques, décès « dus à l’épuisement », corps retrouvés carbonisés suite à l’incendie volontaire de champs avant la récolte… Chaque années, des centaines de coupeurs de canne payent un lourd tribut au « miracle économique » de l’éthanol brésilien. Selon Fundacentro, organisme de recherches lié au Ministère du Travail, 1400 personnes travaillant dans ce secteur d’activité seraient mortes entre 2002 et 2006.

« Alors qu’il est associé à l’image d’une énergie « propre » et du progrès technologique, le secteur de la production d’éthanol fonctionne encore souvent de manière archaïque, surtout pour la récolte, explique Francisco Alves, professeur à l’Université Fédérale de Sao Carlos (UFSCAR). D’ailleurs, plus de 60% de cette dernière se fait toujours à la main. Et même si la production a tendance à se mécaniser, la demande mondiale est telle que les besoins en main d’œuvre progressent. » Et les abus avec.

« Depuis 2003, nous avons constaté une progression importante du nombre de personnes retrouvées dans les champs de canne à sucre en situation de travail esclave, confirme Calisto Torres Neto, fonctionnaire du Ministère du Travail et de l’Emploi et membre d’un des sept groupes mobile d’intervention (GMI) chargé de la lutte contre le travail esclave. Aujourd’hui, ça représente la moitié de nos interventions. » Soit un peu plus de 3000 personnes libérées en 2007.

Travailleurs exploités, sans contrat ni couverture sociale, « logés » dans des baraquements insalubres à l’intérieur même des grandes propriétés, asservis et endettés pour pouvoir payer leur nourriture et rembourser le prix du transport qui les a acheminés depuis leur domicile (souvent lointain)… la liste des atteintes à la dignité humaine est longue. Pourtant, dans de nombreux cas, les auteurs d’abus ont le sentiment d’impunité.

« Lors d’une intervention dans l’Etat de Goais en février dernier, un GMI a libéré 133 personnes souffrant de traitements dégradants, explique Leonardo Sakamoto, coordinateur de « Reporter Brasil », ONG brésilienne qui sensibilise le monde politique et l’opinion publique aux réalités du travail esclave. Malgré l’évidence, le gérant de la fazenda (ferme) ne semblait pas comprendre pas les reproches de mauvais traitements qui lui étaient adressés. » Une attitude presque « sincère », puisque, en l’absence de loi et du fait de pratiques perpétuées à travers les générations, « les propriétaires n’ont jamais eu l’habitude qu’on vienne leur rappeler leurs obligations légales. »

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