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Dossier Les faces cachées de l’éthanol au Brésil

Un monde rural différent

Publié le 03.06.2008 Mis à jour le 24.08.2012

L’essor de la canne à sucre pour la production de l’éthanol a projeté sur le devant de la scène une nouvelle génération d’entrepreneurs du monde rural.

Au Brésil, Aldair Gomes Souza fait partie de ceux que l’on appelle les « nouveaux agriculteurs. » Il y a deux ans, il n’y avait que du bétail sur la propriété de ce jeune quarantenaire à l’allure décontractée.
Située près de Morangas, dans l’Etat du Mato Grosso du sud, l’exploitation de plus de 3000 hectares abritait alors sept mille bovins et quelques dizaines d’hectares de cultures de haricot, de maïs et de soja destinées à les nourrir. Aujourd’hui, le décor a changé. « Je me suis lancé dans la canne à sucre pour la production de l’éthanol parce que c’est l’avenir », résume-t-il. Un avenir franchement radieux puisque le Brésil, avec 17 milliards de litres, est déjà deuxième producteur mondial d’éthanol, derrière les Etats-Unis.

« En quelques années à peine, la sociologie d’une partie du monde rural brésilien a considérablement changé, explique Aristides Veras Dos Santos, Président de la fédération des Travailleurs de l’Agriculture des l’état du Pernambuco (FETAPE). Car le développement exponentiel de la demande d’éthanol, notamment sur le marché intérieur, a offert des perspectives de développement importantes et convaincu une nouvelle génération d’exploitants agricoles de se lancer dans une agriculture beaucoup plus intensive et industrialisée que celle que pratiquaient leurs parents. »

D’après l’IBAMA (Institut Brésilien de l’Environnement et des Ressources naturelles renouvelables), chaque année près de 10% des terres, consacrées jusqu’alors à l’élevage extensif de bovins, seraient transformées partiellement ou totalement en champs de canne à sucre. « Quand on sait, poursuit Aristides, que, pour donner sa pleine mesure, la canne à sucre doit être plantée pour une période de 12 ans (deux cycles de six ans chacun), on comprend que le décor rural est en train de se modifier durablement. »
Le problème, c’est que, d’après un récent rapport des Nations unies sur la question, au Brésil comme ailleurs, « l’essor des agro-carburants et le développement des monocultures intensives destinées à les fabriquer met en péril l’avenir de millions de petits paysans en augmentant la volatilité des cours des produits alimentaires. »

Autre risque majeur, la réduction de la surface globale des terres cultivables pour l’alimentation. « Au Brésil, note José Batista de Oliveira, membre de la coordination nationale du Mouvement des paysans sans terre (MST), la situation est d’autant plus sensible que le pays compte douze millions de paysans sans terre qui attendent depuis des décennies une réforme agraire. » Or, la stratégie du MST était jusqu’alors basée sur l’occupation de terres non cultivées ou consacrées au bétail. « Avec la substitution de ces exploitations par des plantations de canne à sucre, notre tâche se complique encore un peu plus. » D’où le sentiment que « la production d’agro-carburants sert moins à protéger l’environnement qu’à augmenter la concentration des terres et enrichir les grands propriétaires fonciers et les multinationales présentes au Brésil. » Aux dépens des petits agriculteurs et des sans-terre.

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