Une histoire, un combat

L’histoire de Hicham, qui vient en aide aux personnes migrantes

Publié le 30.09.2020 Mis à jour le 30.09.2020

Au Maroc, la rencontre avec des personnes migrantes a bouleversé Hicham. Avec d’autres jeunes il a créé une association pour leur apporter un soutien alimentaire et humain, tout en sensibilisant la population marocaine à leur situation.

L'histoire de Hicham, qui vient en aide aux personnes migrantes

Nous sommes en septembre 2005 en terre africaine. Des grillages démesurés, renforcés de barbelés, encerclent les enclaves espagnoles de Melilla et de Ceuta. Ces deux petits confettis d’Europe attirent celles et ceux qui rêvent d’une vie meilleure.

Ce jour là, poussés par l’énergie du désespoir de nombreux jeunes africains tentent de passer en force pour se réfugier sous la bannière de l’Union européenne.

La riposte est immédiate et violente.

Beaucoup meurent sous les balles des gardes frontières ou piétinés.

Il a le même âge que ces garçons morts pour avoir espéré vivre une autre vie.

Les images font le tour du monde. Nous les avons tous vu. Puis nous sommes passés à autre chose.

Hicham, qui vit au Maroc, se repasse la scène en boucle. Sidéré par ce qui se passe à quelques kilomètres de chez lui. Il a le même âge que ces garçons morts pour avoir espéré vivre une autre vie.

Il veut comprendre pourquoi. Il découvre alors qu’avec la progression des idées sécuritaires en Europe, la politique migratoire de l’Union européenne devient de plus en plus restrictive. Et pour tenter de stopper les entrées sur son sol, elle « externalise la gestion des migrants » auprès des pays du Maghreb, c’est-à-dire qu’elle leur demande de filtrer et d’empêcher les personnes qui souhaitent venir en Europe de le faire.

Des milliers de personnes s’amassent dans des conditions extrêmement précaires au Maroc. Jusque là terre d’émigration, le Maroc devient lui-même terre de transit et d’immigration.

Son pays, est devenu une salle d’attente pour ces hommes, ces femmes et ces enfants qui après des mois d’errance, se retrouvent bloqués devant un mur infranchissable.

Sans argent, souvent sans papiers car volés ou perdus durant le voyage, ils campent dans des « tranquilos » , des campements de fortune faits de bric et de broc. Vivant au rythme des démantèlement quotidiens de leur camp, des rafles policières…

Hicham, très attaché à cette hospitalité qui fait la réputation du Maroc décide d’agir à son niveau. Avec une poignée d’amis du même âge, ils créent l’association ABCDS Maroc, collectent des produits de première nécessité et se rendent dans les tranquilos.

ABCDS Maroc vient en aide aux personnes migrantes
Non-loin du grillage-frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Melilla, Hicham organise avec les membres du personnel de l’ABCDS la distribution de denrées alimentaires au profit des migrants les plus vulnérables, juillet 2017. © ABCDS Maroc

Quinze ans après, l’association aide toujours celles et ceux dont personne ne veut. Chaque mercredi et samedi, les membres de l’ABCDS se rendent dans les zones où sont installés les personnes exilées pour leur apporter des vêtements, des couvertures, de la nourriture et leur fournir une aide administrative, les aider à traduire un contrat de bail, à remplir un formulaire...

Petit à petit, une relation de confiance s’est établie entre ceux qui ont tout quitté avec le strict minimum et ceux qui sont venus à leur rencontre. Des amitiés se sont nouées et les langues se sont déliées. Chacun raconte son histoire, son désir d’avenir, les raisons qui l’ont poussé à quitter son pays, les violences rencontrées sur leur parcours, sa famille…

Couscous et tournois de foot pour créer des ponts

Ces rapprochements donnent alors l’idée à Hicham de créer des rencontres entre Marocains et les jeunes subsahariens.

L’ association lance les « couscous du débat » et organise des tournois de foot. Autour d’un repas ou d’un match de foot des ponts se créent entre les marocains et les personnes migrantes.

L’association multiplie les opérations de sensibilisation auprès de la société civile pour que la cause des personnes migrantes soit entendue

Hicham en est convaincu. La simple fermeture des frontières ne signifie pas que le flux des personnes migrantes va s’arrêter. Les murs de plus en plus hauts provoquent des situations désastreuses mais n’arrêtent pas celles et ceux qui ont décidé de survivre. Alors chacun doit prendre sa part, tendre la main. L’Europe et les États comme le Maroc doivent s’entendre pour accueillir au lieu de rejeter.

La récente crise sanitaire n’a fait qu’empirer les choses. Aujourd’hui même celles qui détiennent des papiers en règle peinent à trouver du travail, pour un salaire souvent dérisoire. Elles sont nombreuses à survivre grâce à la mendicité, à habiter à 20 ou 30 dans un appartement.

Hicham le sait les actions de son association ne sont qu’une petite goutte d’espoir.

Même si elle ne peut pas faire plier des états, ouvrir des frontières, permettre à chacun de vivre dignement là où il le souhaite comme le prévoit la déclaration universelle des droits humains, elle peut au moins changer le regard que l’on porte sur les personnes migrantes et rendre leur quotidien plus humain et donc plus supportable.

Demain, avec le changement climatique, nous pouvons tous être des exilés. Il est donc temps de se donner la main pour s’entraider.

On commence maintenant ?

J’agis


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