Une histoire, un combat

L’histoire de Seferino, paysan bolivien passé à l’agroforesterie

Publié le 17.09.2020 Mis à jour le 23.09.2020

Seferino, paysan bolivien passé à l'agroforesterie en Amazonie

Nous sommes au nord de la Bolivie, dans la région de la Chiquitania, de grandes étendues de savane tropicale près de Santa Cruz, à la frontière avec le Brésil.

Ici la terre appartient à de grands propriétaires qui brûlent, rasent et défrichent impitoyablement la forêt, la transformant en plaines infinies pour y placer des milliers de têtes de bétail ou pour cultiver du soja, du maïs ou du riz.

Les surfaces cultivées dépassent parfois les 15 000 hectares !

Et pour convaincre les paysans locaux d’exploiter ces surfaces gigantesques, ils leur vantent les bienfaits de la production intensive, seule stratégie, d’après eux, pour sortir de la pauvreté.

Seferino et sa femme Margoth, soucieux de donner un avenir à leurs enfants, se sont laissés tentés par la culture de maïs et de riz.

Mais rapidement, ils se sont retrouvés fortement endettés.

Il faut acheter les semences. Puis les engrais. Et également les pesticides. Sans oublier les machines nécessaires à l’exploitation de telles surfaces.

Il faut investir constamment pour espérer produire.

Et vient la saison des pluies...

Les terres dans cette région sont très basses. Et en période de crues et de pluie, elles sont inondées, c’est de plus en plus fréquent avec le changement climatique. Toutes les récoltes sont alors définitivement perdues.

Régulièrement Seferino se retrouve démuni, sans revenu. Mais il continue.

Criblé de dettes, il n’a pas d’échappatoire. Il doit produire, encore et encore. Il perd le sommeil. Et commence à se demander si ce futur si prometteur n’était pas un mirage.

Et doucement, une prise de conscience s’opère. En regardant autour de lui, Seferino constate que la déforestation et la surexploitation de la terre rendent les sols cultivables stériles.

La terre devient stérile

Auparavant les arbres de la forêt protégeaient les sols du rayonnement solaire, extrêmement puissants dans cette partie du globe, ils fournissaient un habitat pour les oiseaux. Désormais, sans ombre, donc sans protection, les sols brûlent et rien ne pousse naturellement.

Seferino, qui rêvait d’un avenir meilleur pour ses enfants, réalise qu’il est en train de faire mourir la terre qui doit les nourrir.

Pour sortir de ce cercle vicieux, il décide alors de se rapprocher de CIPCA.

Cette organisation soutenue par le CCFD-Terre Solidaire accompagne les paysans à travers des systèmes agroforestiers qui, contrairement à la monoculture, leur permettent de dégager une vraie source de revenus tout en respectant l’environnement.

Ils apportent à Seferino l’accompagnement technique et les conseils dont il a besoin pour redonner vie aux sols, faire face aux inondations, préserver les plantes des maladies…

Toute la famille suit les formations de CIPCA et petit à petit ils transforment leur exploitation en une parcelle dédiée à la permaculture.

Formation à la culture et à la production du cacao, proposée à la communauté San Juan del Uruc, en Bolivie, par CIPCA. Pétales de fleurs fuchsia au pied d'un tronc d'arbre. ©Jose Huertas/CCFD-Terre Solidaire

La vie revient sur la parcelle

Ils abandonnent le riz et le maïs pour se consacrer à la culture du cacao, de la carambole, du pomelo, de la banane, du pacay, de l’aji, de la mandarine... Ils produisent aussi du miel, du café, du fromage et du chocolat. Autant de produits qu’ils consomment et qu’ils vendent sur place et sur les marchés locaux.

À présent, leur exploitation détonne de verdure, du vrombissement des insectes et de fertilité, comparée aux parcelles voisines complètement désertifiées.

Son secret : l’agroforesterie préserve les arbres et donc permet de se protéger des rayons du soleil et de contrôler le taux d’humidité. Les sols absorbent l’eau et se mélangent aux substances organiques des arbres ce qui permet de nourrir la terre naturellement et de la rendre particulièrement fertile.

Mais surtout Seferino a renoué avec le « buen vivir », des indigènes de la région ; c’est-à-dire vivre en autonomie, en harmonie avec la nature, sans soucis pour l’avenir.

Auparavant, il était criblé de dettes contractées auprès des banques pour acheter semences et intrants chimiques. Maintenant il gagne suffisamment d’argent pour faire vivre toute sa famille. Il a retrouvé le sommeil et s’endort sans dette et sans peur du lendemain.
Son fils Efraín a rejoint l’organisation CIPCA pour aider, à son tour, d’autres paysans piégés dans la monoculture. Il veut transmettre ces processus agroforestiers qui permettent d’augmenter les volumes de production et de sortir de la pauvreté.

De la productivité oui, mais pour le bien de tous. Une productivité douce pour la forêt et source de revenus pour les paysans qui ainsi peuvent manger à leur faim, se soigner, vivre dignement et garantir l’éducation de leurs enfants.

Le combat est loin d’être gagné, mais chaque jour CIPCA prouve qu’il est possible d’améliorer la vie des populations en développant des alternatives agricoles basées sur la solidarité, le respect de la nature et des êtres humains.

Cette histoire vous touche ? Rejoignez notre combat en faveur de l’agroéocologie

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