Une histoire, un combat

L’histoire de Masnuah, pêcheuse qui lutte pour préserver son île de la mondialisation

Publié le 23.09.2020 Mis à jour le 24.09.2020

L'histoire de Masnuah, pêcheuse qui lutte pour préserver son île de la mondialisation

Masnuah est une pêcheuse artisanale. Elle est née sur l’île de Java dans une famille traditionnelle. Dans sa famille, les filles ne vont pas beaucoup à l’école, n’ont pas d’assurance maladie, ne peuvent contracter un prêt bancaire...

Mais Masnuah a la lutte contre l’injustice chevillée au corps.

Pas question pour elle de se résigner au rôle qui lui est imposé. Après un long parcours d’émancipation, elle a créé la Fraternité des pêcheuses indonésiennes dont elle est la secrétaire générale et qui regroupe un millier de femmes. Elle est aussi membre du réseau Kiara, la coalition du peuple pour la justice dans le secteur de la pêche.

Aujourd’hui, à 40 ans, elle rêve de faire un master en droit, pour mieux défendre les communautés qui peuplent les iles et qui sont confrontées à l’avidité d’investisseurs sans scrupules.

Aux côtés des femmes de l’île de Pari

Actuellement Masnuah lutte aux côtés des femmes de l’île de Pari. Une île paradisiaque comme nous aimons les fantasmer, où l’on peut séjourner en harmonie avec la nature pour une dizaine d’euros.

Malheureusement plus pour très longtemps. Leur île vient d’être achetée par des multinationales afin d’y construire d’importants complexes dédiés à un tourisme de luxe.

Cet apport de capitaux pourrait avoir des effets positifs pour la population locale. En réalité, les conséquences sont désastreuses.

Les habitants sont chassés des maisons qu’ils occupent depuis 6 générations. Les certificats de titre de propriété détenus par les autorités locales se sont volatilisés.

Les villageois ont interdiction de vivre du tourisme, de pêcher dans les eaux insulaires qui sont leurs principales sources d’alimentation.

Quatre leaders de la contestation ont déjà été emprisonnés de longs mois avant d’être acquittés, et 19 maisons ont été démolies.

Mais à force de manifester et grâce à l’aide juridique d’organisations comme Kiara, soutenue par le CCFD-Terre Solidaire, les femmes de l’île de Pari se se sont fait entendre. Elles sont parvenus à demander au ministère des Affaires agraires la révocation des titres de propriété et des droits de construction de l’entreprise.

À ce jour aucune décision n’a encore été prise. Toutefois l’Ombudsman, une institution officielle de contrôle des services publics, a décrété début 2018, que l’octroi du titre de propriété à l’entreprise BPA, filiale d’un des immenses conglomérats qui dominent l’économie indonésienne, était le fruit d’un vice de forme. Pour Masnuah et les pêcheuses c’est une première victoire.

Alors avec l’aide du réseau Kiara, qui regroupe 9 organisations de pêche artisanale ou des métiers de la pêche en Indonésie, elle poursuit la lutte contre les entreprises touristiques et elle défend d’arrache-pied les droits des ouvriers et les écosystèmes menacés.

"L’océan doit rester un bien commun de l’humanité"

Pour Masnuah et tous les membres du réseau Kiara, chacun doit pouvoir vivre de son travail sur la terre où il est né.

Pour elles, l’océan est, et doit rester un bien commun de l’humanité au service de l’alimentation et de la vie.

Non une source d’exploitation et d’enrichissement pour quelques privilégiés.

Depuis 2011, le CCFD-Terre Solidaire soutient KIARA qui regroupe 9 organisations de pêche artisanale ou des métiers de la pêche en Indonésie : fumage poissons, production de sel, aquaculture...
Kiara défend les droits des ouvriers (souvent en quasi-esclavage) sur les bateaux de pêche industrielle et les ouvriers dans les usines de transformation. L’organisation appuie aussi la défense d’écosystèmes et notamment des mangroves, indispensables pour la reproduction de poissons.
Son action vise à renforcer ses organisations membres afin qu’elles puissent de faire entendre auprès du Gouvernement Indonésien. L’organisation a un volet spécifique pour l’appui aux groupements de femmes de pêcheurs.
Elle lutte notamment pour que la mention de "femme pêcheuse" soit inscrite sur leur carte d’identité, afin de pouvoir bénéficier, comme les hommes des aides accordées par le gouvernement.


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