Échos du monde

Vu d’ailleurs

Article mis en ligne le 29 avril 2021

Centrafrique : réconcilier pour gagner la paix

Dans un pays miné par les conflits, la Plateforme interconfessionnelle de la jeunesse centrafricaine (Pijca, partenaire du CCFD-Terre Solidaire) s’est engagée dans des actions de réconciliation. Des groupes mixtes, filles et garçons, chrétiens et musulmans, ont arpenté les quartiers de Bangui, de Boda, de Bossangoa… pour sensibiliser, convaincre, faire dialoguer les communautés. Elle offre aussi des formations, notamment aux anciens combattants, aux femmes et aux jeunes désoeuvrés.

Grâce à l'aide de la Pijca et à une formation, cet homme a pu s'acheter une machine et s'installer comme couturier.

Penché sur une petite moto, Kevin Poutia triture le moteur, clé de 12 en main. C’est du sérieux : le taxi est un outil de travail. Son propriétaire observe chaque geste de Kevin de près. Le patron du minuscule garage aussi. Kevin lui donne toute satisfaction. Le jeune homme de 32 ans, père de quatre enfants, a retrouvé, depuis trois ans, une vie normale, avec famille et métier. Il fait partie de ceux qui ont bénéficié du programme « paix » de la Pijca (Plateforme interconfessionnelle de la jeunesse centrafricaine) : une formation sur la cohésion sociale, avec un projet de réinsertion socio-économique grâce à un pécule de 76 euros qui lui a permis d’acheter une boîte d’outils.

Dans une vie précédente, Kevin Poutia a été membre des milices anti-balaka. Il a manié la machette au milieu des maisons en ruine pillées et brûlées à la frontière, entre son quartier de Boeing et celui, mitoyen, de PK5. Le premier qui osait s’y montrer risquait fort de dormir à la morgue le soir même. C’était entre 2013 et 2016. Trois années de haine entre voisins.

Comme beaucoup de jeunes de Bangui, Kevin a pris les armes par vengeance et désespoir. Son enfant a été tué devant lui, le 5 décembre 2013. Ce jour-là, les anti-balaka, milices à majorité chrétienne, attaquent Bangui pour en chasser la Seleka, coalition de groupes armés du nord-est du pays, qui avait pris le pouvoir quelques mois plus tôt. Offensives, représailles, tueries entre quartiers, déplacements forcés de population, la guerre tourne au conflit interreligieux.

Mais finalement, dit Kevin, « l’idée de vengeance est partie ». Avec d’autres anciens compagnons de combat, il s’est rallié au « comité de pilotage » fondé par des hommes de religion et des dirigeants d’association, dont ceux de la Pijca qui oeuvrent à la réconciliation entre les deux quartiers.

« Les jeunes de la Pijca sont de toutes les tentatives de réconciliation, souvent au péril de leur vie : filles et garçons, chrétiens et musulmans arpentent les quartiers de Bangui, pour sensibiliser, convaincre. »

72 % des Centrafricains ont moins de 30 ans

Cette plateforme interconfessionnelle, comme son nom l’indique, est animée par des catholiques, des protestants et des musulmans. La poignée de jeunes, qui l’ont créée en 2014, ont tous un long passé de responsables dans d’autres associations, en particulier de jeunesse et d’étudiants, nombreuses en Centrafrique. Ils n’oublient jamais que 72 % des Centrafricains ont moins de 30 ans.

Il faut gagner la paix. Et, pour cela, faire évoluer la trajectoire des jeunes pour qu’ils renoncent à la violence , mais aussi leur permettre de se construire un avenir dans un pays où, selon l’Onu, 71 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Et où l’État, dysfonctionnel voire failli, n’a pas grand-chose à offrir aux plus vulnérables. Les besoins, immenses, ne concernent pas que les anciens combattants.

Véronique Apenge, actuelle secrétaire générale ajointe des médiatrices de paix, s’est engagée d’abord pour les filles de son quartier : « Beaucoup étaient déscolarisées, maltraitées, prostituées, avec des grossesses précoces, à 14 ans, 15 ans. Elles imaginaient pouvoir gagner de l’argent qu’en se vendant au plus offrant, en trouvant un protecteur plus âgé et plus riche. »

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