Échos du monde

Sensibilisation & mobilisation

Article mis en ligne le 24 juillet 2021

Au bonheur de la rencontre

Engagées au CCFD-Terre Solidaire depuis de longues années, dans la Sarthe pour Bénédicte Ariaux et en Ille-et-Vilaine pour Adeline le Morzacec, les deux bénévoles témoignent ici de leur implication dans le projet régional Mer, depuis 2015.

Au bonheur de la rencontre

Six ans plus tard, Bénédicte se souvient avec amusement de ses hésitations : « En 2015, lorsque la Vendée entraîne notre région dans un projet Mer, j’étais un peu perplexe. En tant que présidente de la délégation de la Sarthe, ma priorité était de faire connaître le CCFD-Terre Solidaire et de sensibiliser aux enjeux de la souveraineté alimentaire, du mal-dévelop­pement. »

Elle se demande « comment sus­citer un élan militant dans un département rural », sur ce sujet. Et pourtant, elle a bien conscience que « la mer, qui représente 70 % de notre planète, est un maillon essentiel de la souveraineté alimentaire, de la préserva­ tion de l’environnement et du climat, une illustration du “tout est lié” qui traverse les paroles de l’encyclique Laudato Si’ ».

Pour Adeline, qui a été coprésidente de la délégation pendant cinq ans et est à présent engagée dans les équipes justice économique et souveraineté alimentaire « la mer est un terrain inconnu ». Mais elle voit dans ce projet matière à découvertes, et est particulièrement intéressée par « les regards croisés entre quatre pays et trois continents : le Sénégal, la Mauritanie, l’Indonésie et la France ». Elle se porte alors volontaire pour faire partie du Comité de pilotage (Copil) qui prépare le projet « sous la houlette de Julie Marchand et de Christine Luziack, chargées de développement asso­ciatif. J’ai pu rencontrer de nombreux amis du CCFD-Terre Solidaire des Pays de la Loire et de Bretagne. Nous avons compris que la mer est notre bien commun et à quel point les océans sont vitaux pour l’humanité : ils nous permettent de respirer autant que les forêts, ils régulent le climat, ils nous alimentent ».

« Une immersion c’est un voyage au long cours qui commence un an avant et se poursuit pendant plusieurs années, pendant lesquelles on partage ces rencontres tellement marquantes. » - Bénédicte

Après quelques hésitations, elles s’inscrivent toutes les deux au voyage d’immersion : pour Bénédicte, ce sera l’Indonésie, l’Afrique pour Adeline.

L’Afrique pour Adeline.

« En novembre 2018, se souvient Adeline, avec le groupe de bénévoles nous nous sommes envolés vers le Sénégal et la Mauritanie invités par l’Association ouest-africaine pour le développement de la pêche artisanale (ADEPA), partenaire du CCFD-Terre Solidaire. Nous avons rencontré des femmes et des hommes passionnants, qui aiment leur métier et le font avec un grand respect de la protection de la ressource. »

Mais le groupe d’immergés découvre aussi « la convoitise des grands armateurs étran­gers qui pêchent des quantités monstrueuses de poissons pour les transformer en farine afin de nourrir du poisson d’élevage ».

Bénédicte, elle, a réussi à convaincre une amie, agricultrice et membre du Mouvement des chrétiens en monde rural (CMR), « de participer à l’aventure ». « Le lien terre-mer était fait ! » pointe-t-elle. Pour se préparer, elles approfondissent leurs connaissances sur le sujet. « De mon côté, explique Bénédicte, passionnée de langues, je me suis lancée dans l’apprentissage de l’indonésien à raison de 2 ou 3 heures par nuit, pour mieux profiter du voyage et échan­ger de manière plus intense avec nos amis indonésiens. » Et les rencontres vont être extraordinaires. « Les partenaires ne mènent pas seulement des projets de déve­loppement, mais ils s’engagent au service des habitants tout en portant leurs revendi­cations auprès des autorités. »

Bénédicte va être particulièrement marquée par sa rencontre avec Armand. « Ce descendant d’une lignée de princes locaux consacre sa vie à permettre aux habitants de devenir les acteurs de leur propre développement, qu’il s’agisse des jeunes de la ville de BauBau ou des Bajos, ces nomades de la mer sédentari­sés. Autrefois marginalisés et méprisés, leurs leaders, formés par JPKP [1], osent désormais porter leurs revendications auprès du gou­vernement ou même des institutions inter­nationales. »

Mais, le rappelle Bénédicte « une immer­sion, ce n’est pas seulement 15 jours sur place. C’est un voyage au long cours qui com­mence au moins un an avant et se poursuit pendant plusieurs années avec des moments au cours desquels on partage ces rencontres tellement marquantes. Le travail mené en amont du voyage et la création, en aval, des outils de restitution : vidéos réalisées par Mathilde Jounot, expo photos, et aussi un carnet de portraits permettent de trans­mettre toute la richesse de l’engagement des partenaires », et ont été particulièrement formateurs pour les bénévoles.

Sans oublier la conférence gesticulée à laquelle se sont formées Adeline et Bénédicte avec d’autres bénévoles. « La conférence gesticulée, c’est un moyen de faire comprendre des problèmes complexes à partir de témoignages et de rencontres personnelles et de susciter la parole et l’engagement du public », souligne-t-elle.

L’épreuve de la polygamie subie par les femmes

En se formant à la conférence, Adeline a appris « à restituer de façon vivante » ce qu’elle a vécu pendant ce voyage. Et, surtout, elle a pu parler de Bintou Sonko, la présidente de l’Association des femmes coquillages de Joal Fadiouth, avec qui elle a noué des liens forts. « Avec son témoi­gnage, j’ai compris que la polygamie est une épreuve considérable subie par les femmes. Pudiquement, elle m’a dit : “Tu sais, Adeline, je ne connais pas une seule femme que cela ne rend pas malheureuse”. » « Nous continuons à échanger par messages téléphonés. Nos conférences se sont arrêtées net avec l’arri­vée du Covid, mais nous gardons l’espoir de reprendre nos témoignages lorsque la vie redeviendra normale. »

À travers ce projet, Bénédicte a pris « conscience de l’évolution de la place donnée aux bénévoles ». « Le projet Mer est né d’une proposition de militants, relayée et appuyée par les salariés de la région. Nous l’avons coconstruit sur plusieurs années, en organi­sant une semaine de rencontre du monde de la pêche en France, avec des représentants des partenaires sénégalais et indonésiens, puis le projet d’immersion de bénévoles au Sénégal et en Indonésie afin de sensibiliser aux enjeux de la solidarité internationale. »

[1JPKP (Réseau de développement de la zone littorale) est une des organisations membres du réseau KIARA (Coalition pour la justice dans le monde de la pêche), le partenaire qui nous a accueillis en Indonésie.

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