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Faim et Développement Magazine

Dossier

Article mis en ligne le 16 août 2019

Irak : les jeunes se battent pour sauver le fleuve Tigre (diaporama)

Si par le passé, le Tigre s’est montré dévastateur avec ses crues, il menace aujourd’hui de se transformer en ruisseau tant son débit a diminué. La raison ? Les dérèglements climatiques mais aussi des enjeux géopolitiques tant régionaux que nationaux. Une partie de la jeunesse irakienne a lancé une campagne de sensibilisation « Sauvez le Tigre et les marais irakiens ».

  • A gauche Salman, directeur de la campagne Sauvez le Tigre, et Huda, coordinatrice des projets, dans leur bureau à Bagdad. Ils montrent les grands barrages construits sur le Tigre et l’Euphrate par la Turquie et l’Iran © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Le vendredi c’est le jour de repos. Les Irakiens se promènent, vont au marché, dans les cafés. Le matin, la circulation est interdite sur ce pont où la tradition est de donner à manger aux oiseaux © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Sur la rive gauche de la capitale, les Bagdadis et les jeunes viennent volontiers au Al Beiruty Cafe le vendredi après-midi, jour de repos hebdomadaire © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Sur les rives du fleuve Tigre, trois hommes profitent de la fin de la journée © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Marais de al-Hammar, dans la ville de Chibayish, à 300 km au Sud de Bagdad. Les buffles passent la journée dans les marais. À la maison, ce sont les femmes qui traditionnellement s’occupent de ces animaux dont les enclos sont à l’arrière du logis © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Chibayish, marais de al-Hammar, dans le marais central © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • « L’an dernier, on a perdu 3 buffles à cause de la sécheresse. Et en 2015 et en 2018, on a dû acheter de l’eau pour les buffles. Parce que l’eau était trop salée », témoigne un habitant du marais. La salinité de l’eau, liée à la sécheresse et au manque de débit du fleuve Tigre, est l’un des problèmes majeurs auxquels sont confrontés les habitants de la région © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Chibayish, marais de al-Hammar : Halima, 31 ans, habite au centre du marais. Tous les matins elle va à la pêche et vend les poissons aux commerçants et au marché. Elle fume et parle de la même façon aux hommes et aux femmes, ce qui est inhabituel dans cette société très conservatrice. Face aux critiques, elle répond : « je ne crains personne sauf Dieu » © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Chibayish, marais de al-Hammar : les pêcheurs sont préoccupés par la taille des poissons, bien plus petite que la normale. Cette année, la pluie est arrivée en fin d’automne. Contrairement à l’eau des fleuves, l’eau de pluie est acide et ne charrie pas les éléments nécessaires à la croissance des poissons © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Cette route en asphalte construite de Chibayish à al-Hammar dans le Midhan, faisait partie de la stratégie de Saddam Hussein pour assécher les marais où des rebelles chiites avaient pris le maquis en 1999. Après la chute du dictateur en 2003, l’eau a commencé à revenir et a retrouvé un niveau plus élevé en 2006 © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Chibayish, marais de al-Hammar : les enfants quittent souvent l’école très jeunes et travaillent pour la famille ; ils s’occupent des buffles et coupent les roseaux © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Chibayis, marais de al-Hammar. Ils coupent des roseaux qu’ils mettent ensuite au fond de la barque pour les vendre © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • A Chibayish, le niveau de l’eau est très bas cette année, et selon le sheikh Lubnan (interviewé dans son mudif) : « La situation n’est pas stable et l’avenir des habitants est incertain. En ce moment, il y a de l’eau, elle monte, elle baisse, nous réussissons tant bien que mal à gérer nos vies. » © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Bassora, ville du Sud de l’Irak. La grande avenue al-Saadi longe le canal Ashar, le plus pollué de la ville, où se déversent les égouts de 4 quartiers. C’est ici qu’ont eu lieu au printemps et à l’été 2018 les manifestations dénonçant le chômage, ainsi que la pollution de l’eau et sa salinité © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Au milieu du marais de Hawizeh, à l’est du pays, passe la frontière entre l’Irak et l’Iran. Depuis la guerre Iran-Irak (1980-1988), ce marais est inhabité. Très peu de pécheurs s’y rendent car le poisson y est peu abondant. Il souffre aussi de la pollution liée à l’exploitation par des groupes chinois des champs pétroliers © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire
  • Marais de Hawizeh, En janvier, la terre est encore sèche et craquelée dans le marais. Deux mois plus tôt, il était totalement à sec. L’eau qui l’approvisionne vient d’un affluent iranien dont le débit à été fortement réduit, et aussi du Tigre et de la pluie © Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire

C’est avec un sentiment d’urgence que ces jeunes se sont engagés dans la Campagne internationale « Save The Tigris » et, pour la plupart, dans l’ONG partenaire du CCFD-Terre Solidaire Humat Dijla (« Protection du Tigre » en arabe). La première organisation est internationale, la seconde irakienne. Toutes deux font le même constat : si le régime des pluies de plus en plus erratique menace la région, le principal danger pour le Tigre et l’Euphrate qui irriguent l’Irak, c’est l’humain.

Le Tigre et l’Euphrate sont notre bien commun

« Une de nos campagnes de mobilisation disait en parlant du Tigre : vous pourrez le traverser à pied ! » raconte Ali al-Karkhi, un des fondateurs de Humat Dijla. En juin 2018, c’est devenu possible… avec de l’eau jusqu’aux genoux seulement. La raison de cet épisode inédit dans les mémoires des Bagdadis : le lac de retenue du barrage d’Ilisu en Turquie. Cet ouvrage d’art est le plus grand d’un projet plus vaste, dit d’Anatolie du Sud-Est, censé apporter prospérité à cette région délaissée de Turquie.

Mais, soulignent ses détracteurs, dont fait partie « Save the Tigris », les eaux vont engloutir la vallée d’Hakanseyf, un site habité depuis 12 000 ans, et classé au patrimoine mondial par l’Unesco. Il va aussi réduire considérablement le débit du fleuve en amont de l’Irak. « C’est une arme géopolitique. Il faut régler la question du partage de l’eau entre pays avoisinants, presse Alaa Abdul Mohsein, ingénieur en environnement. Le Tigre et l’Euphrate sont notre bien commun. » À l’été 2018, face à la crise hydrique qui touchait l’Irak, Ankara a accepté de stopper le remplissage du barrage d’Ilisu. Petit, tout petit répit.

Une pollution aux impacts dévastateurs

Les ouvrages gigantesques en Turquie et sur les affluents du Tigre en Iran ne sont qu’un des dangers pointés par les militants de Humat Dijla. La pollution en Irak même, due aux dégâts environnementaux énormes, rend l’eau impropre à la consommation. « Dans chaque ville, les décharges ne sont que des montagnes de déchets non triés qui se retrouvent directement dans le fleuve », accuse Baidar Alaa, chargé des réseaux sociaux à « Save the Tigris ».

Ghaith al-Tali, ingénieur, cite, lui, les industries pétrolières. Alaa Abdul Mahsein, les eaux usées, notamment hospitalières, qui sont rejetées sans être traitées. Sans compter les intrants agricoles et la sur-utilisation de l’eau partout dans le pays.

L’Irak risque de mourir empoisonné et assoiffé. Pour ne pas en arriver là, « Save the Tigris » mène des campagnes internationales. Il n’est pas pour rien dans l’inscription, en 2016, des marais irakiens, zone humide et sites archéologiques, au Patrimoine mondial de l’Unesco. Humat Dijla organise partout en Irak une foule d’activités pour sensibiliser et mobiliser les citoyens : festivals, campagnes de nettoyage, ateliers de fabrication d’embarcations anciennes, marathons. Le tout dans un pays qui n’est pas encore sorti de la guerre.

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