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Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement – Terre Solidaire

COVID 19 : la crise laitière européenne menace l’Afrique de l’Ouest

Publié le 07.05.2020

Dans de nombreux pays d’Europe tel que la France, des producteurs laitiers ont épandu aujourd’hui de la poudre de lait dans les champs, en signe de protestation contre les mesures prises par l’Union Européenne pour atténuer la crise laitière, mais qui contribuent à la chute des prix. Nos organisations soutiennent cette action et alertent sur la menace que fait planer cette crise sur les producteurs européens, mais aussi sur les filières de lait local en Afrique de l’Ouest fragilisées par un dumping massif des excédents de lait en poudre européens dans les prochains mois

COVID 19 : la crise laitière européenne menace l'Afrique de l'Ouest

Les éleveurs laitiers européens sont une nouvelle fois confrontés à une crise grave : les mesures de confinement prises pour faire face au COVID 19 ont conduit à un effondrement du prix du lait dans un contexte de prix déjà tendus par une surproduction structurelle.

La Commission européenne a en effet décidé de privilégier le stockage plutôt que de réduire la surproduction. Or, qui dit « stockage » dit « destockage ». Comme par le passé, celui-ci tirera vers le bas les prix payés aux producteurs européens pendant de longs mois, et favorisera les exportations de poudres de lait bon marché, à un prix significativement inférieur au coût de revient des producteurs locaux, en particulier vers l’Afrique de l’Ouest.

Or, la filière de lait local en Afrique de l’Ouest est déjà fragile, bénéficiant de peu de soutiens publics. La crise COVID-19 aggrave cette vulnérabilité. Les chaînes d’approvisionnement sont perturbées, impactant directement les petits producteurs : les mini laiteries situées dans les villes ferment ou réduisent fortement leurs volumes, car le lait produit aux alentours ne peut être acheminé vers les villes en quarantaine.

Sidibé Moumouni, responsable de la laiterie Kossam de l’Ouest de Bobo (Burkina Faso) témoigne « Ma laiterie fonctionne au ralenti et jusqu’à présent, je ne m’y retrouve toujours pas. La fermeture des marchés a condamné beaucoup de revendeurs à fermer, si bien qu’on arrivait à écouler difficilement le peu qu’on produisait. En un mois, j’ai perdu plus de 6 millions de CFA (= 9000 €) ».

La Commission européenne vient d’accorder une aide exceptionnelle de 194 millions d’Euros pour soutenir les pays du Sahel, tous secteurs confondus. Ce soutien fait sens pour une région déjà affaiblie par les inégalités et les crises sociales et humanitaires corrélées à la dégradation du contexte sécuritaire. « Mais les efforts confondus des producteurs ouest africains, des Etats et de l’aide internationale pour répondre à la crise ne doivent pas être annulés par des mesures d’appui au stockage européen qui favoriseront les exportations à bas prix vers ces mêmes pays. Des exportations peuvent être utiles, mais uniquement si elles viennent compléter l’offre locale, sans nuire au développement de la filière de lait local ouestafricaine », prévient Hindatou Amadou, coordinatrice de la campagne « Mon lait est local ».

La souveraineté alimentaire en Afrique de l’Ouest et en Europe est prioritaire pour les paysans comme pour les consommateurs pour atteindre plus de résilience, de durabilité et d’équité dans nos systèmes agricoles et alimentaires. "Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond, à d’autres, est une folie", déclarait Emmanuel Macron le 12 mars dernier. Cette folie, les paysans ouest-africains n’en veulent pas.

L’Europe ne doit pas reprendre d’une main ce qu’elle donne de l’autre. La sortie de crise ne doit pas se faire, comme par le passé, par l’exportation des excédents vers les marchés africains.

Producteurs ouest-africains et européens partagent des intérêts communs, alors N’exportons pas nos problèmes.

Nous demandons à l’Union Européenne de prendre les mesures nécessaires et solidaires notamment en régulant la production pour limiter les excédents qui font chuter les prix payés aux éleveurs européens et, quand ils sont exportés, concurrencent durement les producteurs ouest africains. Ces mesures permettront aux producteurs d’Afrique et d’Europe de vivre dignement de leur travail, reconnaissant par là leur rôle en première ligne face à la crise que nous traversons.

Les organisations signataires : Action Aid -Peuples Solidaires, Agronomes et Vétérinaires sans Frontières (AVSF), Association pour la Promotion de l’Elevage au Sahel et en Savane (APESS), Campagne Ouest Africaine « Mon Lait est Local », Comité Français pour la Solidarité Internationale, CCFD-Terre Solidaire, Confédération Paysanne, Elevages Sans Frontières, GRET, ISF- Agrista, Oxfam France, SOL

Contacts presse :
• Noélie Coudurier, Oxfam France, +33 (0)6 17 34 85 68
• Pascal Erard, Comité Français pour la Solidarité Internationale, +33 (0)6 72 08 83 96
• Hindatou Amadou, Coordinatrice de la campagne « Mon lait est local » (basée au Burkina Faso), (+226) 70 53 85 14
• Sophie Rebours, CCFD-Terre Solidaire, +33 (0)7 61 37 38 65

Notes aux rédactions :
- Des experts sont disponibles pour des interviews en Français, à Paris, en Belgique et en Afrique de l’Ouest.
- Après les crises de 2009, 2012 et 2016, les producteurs laitiers européens sont à nouveau confrontés à une situation économique intenable.
- L’Union Européenne vient d’adopter des mesures d’appui au secteur laitier qui consistent à financer le stockage de poudres de lait, de beurre et de fromages. Ce qui, par le passé, s’est révélé une stratégie coûteuse et peu efficace. Par ces mesures, l’Union Européenne fait le choix de ne pas s’attaquer au problème de surproduction structurelle et donc de sa dépendance accrue aux exportations, pour garantir des prix qui permettent aux producteurs laitiers de vivre dignement de leur travail.
- Les exportations de poudre de lait de l’UE en Afrique de l’Ouest ont augmenté de 19% de 2018 à 2019 et représentent aujourd’hui 20% des exportations mondiales de l’Union Européenne.
- Certaines des organisations signataires ont lancé des campagnes d’appui aux filières de lait local intitulée “N’exportons pas nos problèmes” et « Mon Lait est Local » dénonçant les impacts des politiques européennes sur les filières de lait local en Afrique de l’Ouest et plaidant pour une protection et un développement de la filière locale en Afrique de l’Ouest.

Auteur(s): Sophie Rebours
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