Entre agroécologie et agro-industrie : l’ambivalence française dans les pays du Sud

Publié le 06.11.2020 Mis à jour le 12.11.2020

Alors que les banques de développement du monde entier se réunissent sous impulsion de la France la semaine prochaine, Action contre la Faim, le CCFD-Terre Solidaire et Oxfam France sortent aujourd’hui une note d’analyse qui pointe du doigt les incohérences et le manque de transparence dans les soutiens financiers qu’apporte la France à l’agriculture dans les pays du Sud.

Pour affirmer cela, ce sont 10 années de financements qui ont été passés au crible, soit 9500 projets pour un montant de plus de 6,2 milliards d’euros.
Les résultats sont édifiants : si 12,6% des financements français sont octroyés à des projets contribuant véritablement à une transition agroécologique, plus du double est alloué à des projets soutenant un modèle agro-industriel.

« Malgré les nombreux engagements du gouvernement pour faire du soutien à l’agriculture familiale et à la transition agroécologique les piliers de l’approche agricole et alimentaire française à l’internationale, force est de constater que les financements ne suivent pas.
Pire, la France va à l’encontre de ses orientations stratégiques et accorde plus d’un quart de ses financements au développement de l’agro-industrie dans les pays en développement.
A l’heure ou les crises climatiques, alimentaires et économiques nous rappellent l’urgence de lutter contre la faim, il est temps que la France cesse de détruire d’une main ce qu’elle construit de l’autre. »

Valentin Brochard chargé de plaidoyer Souveraineté Alimentaire au CCFD-Terre Solidaire.

D’autres critères analysés, comme la réduction de la pauvreté, les inégalités entre les femmes et les hommes, ou encore la lutte contre les impacts des dérèglements climatiques, qui ont aussi une lourde part de responsabilité dans la hausse continue de la faim dans le monde depuis cinq ans, ne ressortent pas non plus comme des objectifs prioritaires que financent la France :

« En plus du soutien regrettable à un modèle agricole en particulier il est très alarmant de voir que la France ne prend que très peu en compte d’autres causes profondes de la faim. La grosse majorité (78%) des financements agricoles français n’ont pas de volonté explicite de réduire la pauvreté. Seuls 3,5% des projets ont une véritable approche genre. Enfin, et malgré l’urgence de cette question et l’engagement de l’accord de Paris de la COP 21 en 2015 en la matière, le climat semble totalement absent des ambitions françaises. Autant d’occasions manquées d’agir sur les causes de la faim à travers les projets agricoles. »

Pauline Verrière, Responsable du plaidoyer Systèmes alimentaires et crise climatique à ACF.

Si notre base de données est la plus exhaustive possible, elle est malheureusement imparfaite, car un certain nombre de projets n’ont pas pu être analysés, faute d’informations publiques suffisantes. Notre analyse pointe clairement un défaut de transparence et de redevabilité de la France sur l’allocation de ses soutiens financiers.

« La France doit lever le voile sur les financements qu’elle engage dans l’agriculture à l’étranger, cette opacité n’est pas acceptable. Au regard des résultats de notre étude, nos recommandations sont claires et sans appel : il est temps que la France réoriente pour de bon ses financements et priorise la transition agroécologique. Nous savons que la cohabitation entre agro industrie et agroécologie ne fonctionne pas : la France doit faire preuve de cohérence entre les politiques affichées et ses actes, alors que de nombreuses menaces pèsent sur la faim, la pauvreté, les inégalités et le climat. »

Hélène Botreau, chargée de plaidoyer Agriculture et Sécurité Alimentaire à Oxfam France.

Notes à la rédaction :

Nos trois organisations ont réalisé cette étude avec l’aide du BASIC (Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne), qui a mené pour nous un travail de collecte et d’agrégation des financements agricoles internationaux français. Il a également développé un outil pour analyser ces financements.
Le média brief “Une recette à la française : une pincée d’agroécologie pour une louche d’agro-industrie”.
Cette note est un résumé d’un rapport plus global amené à sortir début décembre. L’ensemble des données, graphiques, méthodologie, pourcentages et recommandations produites y seront détaillés.
Des porte-parole sont disponibles au sein de chaque organisation pour des interviews.

Consulter le média brief :

Consulter l’annexe méthodologique :

Contacts Presse :

  • Lorena Rodriguez - Responsable Mobilisation et Campagnes, Action contre la Faim : lrodriguezalvarez@actioncontrelafaim.org / 07 55 31 55 03
  • Sophie Rebours - Responsable relations medias, CCFD-Terre Solidaire : s.rebours@ccfd-terresolidaire.org / 07 61 37 38 65
  • Noélie Coudurier - Responsable de campagne agriculture et sécurité alimentaire, Oxfam France : ncoudurier@oxfamfrance.org / 06 17 34 85 68
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