Le groupe AFD doit cesser tout soutien à ses projets d’agro-colonialisme en République démocratique du Congo

Publié le 28.01.2021

Le CCFD-Terre Solidaire, conjointement avec de nombreuses organisations de la société civile congolaise et européenne, publie aujourd’hui un nouveau rapport décrivant l’un des échecs les plus scandaleux des investissements agricoles des banques de développement sur la dernière décennie.

Le groupe AFD doit cesser tout soutien à ses projets d'agro-colonialisme en République démocratique du Congo

• Depuis 2012, plusieurs banques européennes de développement (dont Proparco, filiale du groupe Agence Française de Développement) ont versé 150 millions de dollars à une entreprise de plantation de palmiers à huile en République démocratique du Congo.
• Les terres cultivées sont l’objet de litige et de conflits pour accaparements fonciers avec les communautés locales.
• L’entreprise, Feronia Inc. a fait faillite en 2020, faisant perdre aux banques de développement des millions d’euros.
• Feronia est accusé de violations des droits de l’homme, d’atteinte aux droits des travailleurs et de violence envers les communautés.

Le CCFD-Terre Solidaire, conjointement avec de nombreuses organisations de la société civile congolaise et européenne, publie aujourd’hui un nouveau rapport décrivant l’un des échecs les plus scandaleux des investissements agricoles des banques de développement sur la dernière décennie.

Ce rapport détaille comment les plus grandes banques de développement européennes (et notamment celles du Royaume-Uni, de la Belgique, des Pays-Bas, de l’Allemagne et de la France) ont, malgré de notoires conflits d’accaparement foncier, de nombreuses allégations de violations des droits de l’homme, et une structure financière en grande partie opaque, versé plus de 150 millions de dollars américains à une entreprise de plantation de palmiers à huile en République démocratique du Congo.

« Devenu au fil des année un cas de référence pour illustrer le dévoiement de certains financements des banques de développement, où se sont croisés intermédiation financière via des paradis fiscaux, accaparement de terre, violation des droits des travailleurs, intimidations, arrestations et meurtres mais aussi documentation d’écocide, le projet Feronia est l’illustration même de ce que le groupe AFD devrait en théorie absolument refuser de financer. »
Valentin Brochard, chargé de plaidoyer souveraineté alimentaire au CCFD-Terre Solidaire.

Jamais rentable en onze ans d’existence malgré ces financements répétés, cette entreprise canadienne, Feronia Inc, a fait faillite fin 2020. Cette faillite a contraint les banques de développement à annuler la quasi-totalité de leurs prêts et de leurs participations financières et à placer l’entreprise entre les mains d’une société de capital-investissement domiciliée dans un paradis fiscal, l’île Maurice, et n’ayant aucune expérience dans la gestion de plantations agricoles. Le tout, alors même qu’un processus de médiation foncière, que les banques de développement ont accepté de mener depuis janvier 2019 avec les communautés locales, n’a toujours pas commencé.

Le rapport détaille également la litanie d’abus auxquelles les populations locales sont confrontées. En lutte contre la saisie illégale de leurs terres ancestrales depuis 1911, ces populations ont vu leur situation se dégrader au fur et à mesure que les banques de développement finançaient le projet. Rien qu’en 2019, un villageois a été tué et nombreux sont ceux qui ont été arbitrairement arrêtés en lien avec leur opposition à l’exploitation de ces terres par Feronia.

Les activités agricoles en cours sur ce projet sont en parfaite adéquation avec le modèle de plantation industrielle qui a joué un rôle crucial dans la colonisation européenne du continent africain. Le financement répété de ce type de projet montre que le soutien des banques de développement à un modèle de plantations coloniales, totalement coupés de la réalité des populations locales, se poursuit encore aujourd’hui.

Le cas Feronia met en lumière les raisons pour lesquelles les banques de développement doivent immédiatement cesser de financer les entreprises engagées dans ce type d’activité. De tels investissements sont systématiquement source de conflits et de contentieux, nuisibles à l’environnement et destructeurs pour la souveraineté alimentaire, l’autodétermination et le bien-être des communautés locales.

Ce rapport est publié par RIAO-RDC (RD Congo), FIAN Belgique, Entraide et Fraternité (Belgique), CNCD-11.11.11 (Belgique), CCFD-Terre Solidaire (France), FIAN Allemagne, urgewald (Allemagne), Milieudefensie (Pays-Bas), The Corner House (Royaume-Uni), Global Justice Now (Royaume-Uni), World Rainforest Movement (International) et GRAIN (International).

Contact presse :
Sophie Rebours – CCFD-Terre Solidaire - Port : 07 61 37 38 65 - Mail : s.rebours@ccfd-terresolidaire.org

Auteur(s): Sophie Rebours
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