Rapport SOFI 2020 : Près de la moitié du globe ne peut pas se nourrir convenablement

Publié le 13.07.2020 Mis à jour le 04.08.2020

La France ne peut pas rester silencieuse !

Aujourd’hui est publié le nouveau rapport des Nations Unies sur l’État de l’Insécurité Alimentaire dans le Monde (SOFI). Sans surprise, la hausse de la faim mondiale se poursuit pour la cinquième année consécutive : 690 millions d’individus ont été sous-alimentés (soit près de 9% de la population mondiale et 60 millions de personnes en plus en 5 ans) et plus de 2 milliards ont souffert d’insécurité alimentaire en 2019.

Ces chiffres sont le résultat prévisible des modèles de développement agricoles plébiscités au Nord comme du Sud depuis plus de soixante ans.
Si l’on produit à ce jour suffisamment pour nourrir 9 milliards d’individus, cette alimentation est de moins en moins diversifiée, de moins en moins saine et de moins en moins accessible pour les plus démunis.
Nous avons construit et promus à grand renfort de soutiens financiers un système alimentaire industriel mondialisé allant à l’encontre de la souveraineté alimentaire des peuples.

Le résultat : une course au moins disant social, économique et environnemental hypothéquant drastiquement la sécurité alimentaire mondiale.

La faim de nos jours n’est pas dû à un manque global de production, elle est tout d’abord le résultat d’un problème de répartition de la richesse produite.

En témoignent les premières victimes de la faim : les producteurs et travailleurs alimentaires eux-mêmes. Incapables de subvenir correctement à leurs besoins économiques, ils représentent plus de 50% des personnes souffrant de la faim dans le monde.

Autre constat du rapport, les difficultés d’accéder à une alimentation saine, qui touche les populations les plus pauvres partout dans le monde. C’est ainsi que plus de 10% de la population européenne souffre d’insécurité alimentaire et que plus de 3 milliards de personnes, soit près de la moitié du globe, n’ont pas financièrement accès à des régimes alimentaires sains et sont donc à risque de malnutrition.

Cette situation, déjà catastrophique, risque de s’empirer. Parce qu’elle exacerbe les injustices structurelles de notre système alimentaire mondialisé, la pandémie COVID- 19 est en train d’entraîner une crise alimentaire majeure qui pourrait faire basculer jusqu’à 132 millions de personnes supplémentaires dans la faim en 2020.

Sans surprise, les populations les plus pauvres et les plus vulnérables seront en première ligne car elles ne pourront faire face à l’augmentation des prix alimentaires. Plus globalement, c’est l’objectif que s’est fixé la communauté internationale d’éliminer la faim dans le monde d’ici 2030 qui est compromis.
Si cette hausse continue de se maintenir, ce seront 840 millions de personnes qui souffriront de la faim d’ici dix ans.

Face à cette situation, la France se caractérise par un silence assourdissant. Officiellement notre pays prône à raison l’agroécologie et le soutien aux agricultures familiales comme autant de solutions permettant de repenser nos systèmes alimentaires pour mieux lutter contre la faim.

Officieusement, alors qu’il est en mesure d’impulser une dynamique internationale sur le sujet, le gouvernement reste aux abonnés absents, notamment au Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale (CSA). La lutte contre la faim, qui a longtemps été une des priorités politiques de la France, semble avoir disparu au profit de la satisfaction des intérêts économiques de nos multinationales.

Il est urgent d’inverser cette tendance et que la France use à nouveau de son poids politique pour lutter contre la faim dans le monde.

- La première priorité doit être de donner mandat au Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale (CSA) pour coordonner une réponse politique internationale à la crise alimentaire.

- La deuxième doit être de transformer en profondeur le futur sommet 2021 des Nations Unies sur les Systèmes Alimentaires.

Ce sommet, qui se donne l’ambition de transformer durablement nos systèmes alimentaires, est actuellement trusté par les intérêts privés des multinationales de l’agro-alimentaire et exclut sciemment les organisations de producteurs et la société civile du Sud des négociations à venir. Or pour lutter contre la faim, il faut écouter les premiers concernés !

Contact presse :
Valentin Brochard - chargé de plaidoyer souveraineté alimentaire
v.brochard@ccfd-terresolidaire.org
Tel : 06 51 60 77 95

Note aux rédactions

Si les chiffres de la faim de cette année (690 millions d’individus sous-alimentés) sont inférieurs à ceux de l’année précédente (821 millions), pourquoi parle-t-on d’augmentation ?
Les données qu’utilisent le SOFI sont retravaillées et clarifiées années après années et sont mises à jour d’un rapport sur l’autre.
Cette année la Chine a apporté une clarification majeure sur les données concernant son nombre d’individus sous-alimentés au niveau national, ce qui a largement modifié les chiffres présentés par les Nations Unis.
L’ensemble des données sur les cinq dernières années a donc été modifiées (les Nations Unies estiment ainsi que l’an dernier 678 millions de personnes ont en réalité souffert de sous-alimentation).
Ce changement de données n’a en rien altéré la tendance de l’évolution de la faim dans le monde, qui est à la hausse depuis cinq ans (60 millions de personnes supplémentaires en cinq ans).

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