Les piliers d’une terre solidaire

Favoriser l’engagement citoyen (5/7)

Publié le 25.06.2020 Mis à jour le 02.07.2020

L’engagement citoyen n’est pas simplement souhaitable...c’est une nécessité. Le virage vers une société plus juste et plus respectueuse de l’environnement ne se fera pas sans la société civile.
Si celle-ci n’est pas assise à la table des négociations, si les citoyennes et les citoyens n’ont pas accès à la parole pour faire valoir leurs droits, leurs opinions, et si les décisions se prennent sans les principaux intéressés...les politiques n’iront pas dans le sens du respect des droits fondamentaux et des biens communs.

Le CCFD-Terre Solidaire œuvre à favoriser la conscientisation des mécanismes de domination, et l’émancipation de toutes les personnes pour que chacune prenne sa part en tant que citoyenne. Véritable mouvement social, il amène chaque personne à retrouver du “pouvoir d’agir” pour une transformation sociale en profondeur.

Dépasser les freins à l’engagement citoyen

“Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait” Mark Twain

Qui de nous ne s’est jamais senti démuni face à l’actualité ? "Ce monde ne tourne pas rond, il est rempli d’injustices, il est à bien des égards totalement inacceptable...mais il est tellement complexe...comment pourrais-je y changer quelque chose ?"

Les freins à l’engagement citoyen identifiés par les associations d’éducation populaire sont d’au moins quatre ordres : la peur, l’impuissance, l’inutilité et l’isolement.

- La peur, celle de ne pas être à la hauteur, de ne pas être assez “expert” du sujet, de ne pas être légitime à s’exprimer ou à prendre la parole...

-  L’impuissance, celle de ne pouvoir rien y changer, de ne pas avoir les cartes en main, de ne pas savoir quel levier tirer...

-  L’inutilité, celle d’avoir l’impression que quoiqu’on fasse, ça ne sert à rien : la roue continue toujours de tourner dans le même sens…

-  L’isolement, qui fait qu’on se dit qu’on est peut-être seul.e à penser comme ça ? A vivre - ou plutôt à subir - les choses comme ça ?

Passer le cap de l’engagement citoyen, se mettre en action, demande de faire céder ces freins, de faire tomber des mythes, de changer de regard sur la place de chaque personne et de soi-même.

Comme bien des sommets, ce cap ne peut se franchir seul, sans un accompagnement de confiance.

C’est le travail que mène le CCFD-Terre Solidaire avec celles et ceux qui décident de s’engager pour un bout de chemin à ses côtés.

Une proposition de cheminement en trois étapes

S’inspirant de la pensée du pédagogue brésilien Paulo Freire, le CCFD-Terre Solidaire se reconnaît comme mouvement d’éducation populaire déjà en son sein, invitant ses bénévoles à suivre ce cheminement de 3 étapes :

Déclencher  : c’est sensibiliser sur une problématique, susciter la prise de conscience d’une réalité...faire jaillir l’étincelle ou la capter quand elle est là.

Comprendre : c’est apporter une information juste et peu accessible dans les médias dominants, notamment grâce aux témoignages de nos partenaires internationaux présents sur tous les continents, donner des clefs pour comprendre le monde dans sa complexité et son interdépendance, sans simplifier.

Agir : c’est permettre à chaque personne d’agir à sa hauteur, de se sentir citoyenne du monde en résonance avec la société civile à l’international, pour peser dans les débats et mettre sa pierre à l’édifice de l’humanité.
C’est aussi ouvrir des possibles, libérer l’imaginaire, pour créer un futur désirable commun.
Et montrer que ça marche ! Car oui, “il n’y a pas de petites réussites”, il nous faut valoriser les initiatives positives, et fêter les victoires !

Faire reconnaître l’expertise citoyenne

Faciliter la participation de tou.te.s, c’est assurer que chaque personne est légitime pour faire entendre sa voix : pas besoin d’avoir reçu les palmes de l’académie ou un doctorat, nous sommes toutes et tous légitimes pour avoir un avis et l’exprimer, s’adresser aux autres, s’adresser aux élu.e.s.

L’expertise citoyenne sera d’autant plus forte qu’elle représente une grande diversité de personnes, de points de vue : cela implique donc de favoriser l’expression du plus grand nombre.
Cela implique aussi de tenir un discours d’ouverture, pour fédérer des publics au-delà des convaincus. Il s’agit aussi de “désacraliser” le savoir, la connaissance, grâce à deux ingrédients : partir du vécu personnel, et l’analyser collectivement.
On obtient alors des savoirs et des apprentissages collectifs, on crée du “bien commun”.

Lire aussi : Quand participer rime (vraiment) avec citoyenneté

La force du collectif

“Seul on va plus vite, ensemble, on va plus loin” (proverbe africain) : l’action collective est une arme efficace face aux freins à l’engagement citoyen évoqués plus haut.

Déjà parce qu’ensemble, nous nous sentons plus forts, plus confiants dans nos chances de réussite...et nous déplaçons des montagnes.

C’est le principe de l’intelligence collective, qui nous est cher : plus que l’addition d’intelligences mises bout à bout, l’intelligence collective permet de faire naître des solutions souvent insoupçonnées.
Ainsi, « personne ne libère autrui, personne ne se libère seul, les hommes se libèrent ensemble » (Paulo Freire).

Ensuite, parce qu’une société civile organisée est beaucoup plus efficace pour faire valoir ses droits, faire entendre sa voix et celle des autres.

Ainsi, notre organisation n’appuie pas des projets mais des acteurs, cherchant à renforcer la société civile mondiale afin qu’elle pèse dans le débat public.

Nous cherchons ensemble à identifier les freins, les résistances au changement. A identifier les leviers, les zones ou les espaces où l’on peut avoir du poids et qui sont à investir.

Concrètement, cela passe par l’organisation d’échanges et de visites croisées entre “pairs” [1] - partenaires internationaux ou bénévoles de l’association (exemple de la formation Pouvoir d’Agir proposée par l’association).

Cette mise en relation est un véritable moyen de renforcer les capacités des acteurs, créant ainsi une “communauté d’apprentissage”.

Lento, pero avanzo

L’action collective demande d’accepter le temps long. Pour intégrer chaque personne à partir de là où elle est, afin de ne laisser personne de côté…

La construction d’une réflexion collective, l’élaboration de décisions partagées, ou tout simplement l’écoute réelle d’autrui, demandent que l’on prenne son temps. C’est un processus exigeant...mais fondamental.

Dans le contexte de crise actuelle lié à la pandémie mondiale du Covid-19, il paraît d’autant plus important d’y être vigilant et de réaffirmer ce fondement : pour ne pas tomber dans le piège de l’urgence, et toujours garder ce cap.

En effet, face au sentiment d’urgence que l’on peut ressentir, le risque est grand de négliger le processus, de prendre des décisions hâtives, descendantes, d’adopter des comportements autoritaires...dans une illusion d’efficacité, mais ce qui serait contre-productif au final.
Il s’agit là en fait de mettre le processus avant le résultat . Ou plutôt de voir le processus comme le résultat. Sur cela, nos partenaires internationaux ont beaucoup à nous apprendre.

Conclusion...

“Ce qui m’émeut me meut” : être touché concrètement dans son quotidien est un moteur d’engagement. La crise du Covid-19 que nous vivons actuellement, avec des conséquences au niveau social et économique palpables et bien réelles, représente un bon déclencheur d’engagement : elle peut “mettre en mouvement”.

Les limites de notre modèle de société sont mises en lumière par la crise, il n’est plus possible de les ignorer. L’actualité, impactant directement notre quotidien pendant de longues semaines, a aussi fait (re)naître un intérêt pour comprendre ce qui se passe, et une prise de conscience que cela doit changer. A nous maintenant de savoir “passer la marche d’après”, pour transformer cette prise de conscience en action citoyenne.

Céline Bernigaud
Chargée de Développement Associatif Rhône-Alpes
Direction de la Mobilisation Citoyenne au CCFD-Terre Solidaire

[1Le Larousse définit le mot “pair” par “Ceux qui occupent le même rang, qui sont égaux en dignité, en situation sociale”. L’échange et l’action entre pairs est justement aussi un ingrédient pour désacraliser le savoir, car il permet, à partir d’une somme d’expériences individuelles, de faire du commun.

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