Publié le 17.08.2011 • Mis à jour le 19.09.2013

Banques de céréales et accès à l’eau potable

Président de l’association OSRA, l’association pour l’autosubsistance des Oromos, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, le Dr Alemayehu explique : « dans la région, le problème de l’accès à l’eau potable est en tête des préoccupations dans 90 % des cas. On ne peut entreprendre aucun projet de développement, si nous ne trouvons pas de solution. »

Près de 85 % de la population éthiopienne est rurale. Entre les hauts plateaux, véritable cœur historique et religieux du pays, les frontières du Soudan et celles de Somalie, les problématiques sont variées, avec toutefois une caractéristique commune : l’extrême précarité de la petite paysannerie, dont la survie dépend des variations climatiques.

Tesfaye Kecha, le gouverneur du district (le woreda) de Baccho, où se situe Kusaya, dresse le tableau : « Notre grand ennemi c’est la misère. La plupart des paysans n’ont pas d’autres revenus que l’agriculture et vivent en dessous du seuil de pauvreté. » En matière d’éducation, par contre, les chiffres sont à la hauteur de l’effort de l’État : « Nous avons 18 écoles primaires pour environ 100 000 habitants, » mais Tesfaye relativise leurs portées : « tout y manque, même la craie ».

Question santé, le dénuement est extrême « Notre district n’a qu’un centre de santé et trois petits postes de soins primaires. Tout est prioritaire !  » L’un des responsables du bureau du développement rural complète l’état des lieux : « Le gros problème c’est l’usure des sols. Le vent, les techniques trop rudimentaires, la surexploitation font perdre sa substance à la terre. Pourtant il faut augmenter la production. » Malgré la distribution d’engrais à crédit, les formations, les tentatives d’introduction de cultures maraîchères de contre-saison, la productivité baisse.

Car l’autre obstacle majeur : c’est l’eau. Un comble pour l’Éthiopie considérée comme le château d’eau de la Corne de l’Afrique avec des réserves souterraines et des eaux de surface relativement abondantes. Mais l’irrigation et le captage des eaux de pluie restent embryonnaires. Pour les paysans du district de Baccho, c’est un cauchemar. Durant longtemps, pour l’usage domestique, ils n’avaient comme ressource qu’une petite rivière où se déversent tous les détritus des bourgades traversées en amont.

Président de l’association OSRA, l’association pour l’autosubsistance des Oromos, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, le Dr Alemayehu explique : « dans la région, le problème de l’accès à l’eau potable est en tête des préoccupations dans 90 % des cas. On ne peut entreprendre aucun projet de développement, si nous ne trouvons pas de solution. » Pour capter les eaux souterraines les moins profondes, l’OSRA a donc mis en place des pompes. Et autour des points d’eau ouverts matin et soir, c’est le même concert de louanges. « Ces pompes nous ont changé la vie ! Nos enfants n’ont plus de diarrhées. Nos esprits sont apaisés de pouvoir enfin boire une eau propre !  ». En raison de ces difficultés structurelles, la paysannerie reste vulnérable aux aléas climatiques et à chaque saison, l’inquiétude est la même : « Pleuvra-t-il assez ? Ne va-t-il pas trop pleuvoir ?  ». Car en dehors des épisodes de famines, les sécheresses et les inondations tuent aussi, de manière parfois plus localisée.

Cette année, après quelques années de sécheresse, des pluies torrentielles au Sud-ouest ont lavé les terres et emporté les récoltes. Après la saison des pluies, les criquets pèlerins ont achevé le travail. Dans les réserves familiales de maïs, il manque les deux tiers des stocks. En attendant, les cultivateurs mangent des choux.

Pour assurer la sécurité alimentaire, dans le district de Baccho, OSRA a développé des banques de céréales gérées par des associations paysannes. « L’idée n’est pas seulement de stocker des grains (tef, pois chiche, maïs) en prévision des périodes de disette, explique le Dr Alemayehu. Ce qui reviendrait à entretenir la dépendance à l’égard de l’aide. Il s’agit plutôt de donner aux paysans une source de revenus. De les rendre plus forts pour qu’ils soient moins tributaires du marché. »

À tous ces défis, s’ajoute aussi un obstacle culturel : la plupart des paysans, ne considèrent pas l’agriculture comme un métier. Le travail pénible, la faim, les conditions de vie de plus en plus décalées par rapport à la ville en font, ni plus ni moins, une malédiction à laquelle les condamnent le manque d’éducation et l’absence de capacité financière. Cette certitude de son malheur prédispose aussi à de mauvais marchés.

Depuis quelques années, les investisseurs se lancent dans la culture des fleurs sous serres, coupées et exportées. Les terres sont allouées par la province et les paysans sont priés d’accepter une compensation équivalente à dix ans de production (environ 300 dollars par hectare). Avec quelques centaines de dollars en poche, les plus chanceux d’entre eux seront embauchés comme ouvriers dans les serres installées sur leur ancienne terre. Ils y seront intoxiqués par les émanations des pesticides. Les autres iront grossir les rangs des pauvres urbains.

Thierry Brésillon

Dans Faim Développement magazine n°231, mai 2008

La corvée de l’eau

District d’Ilu : une action riche d’espoir

OSRA, s’engage depuis plusieurs années aux côtés des populations concernées pour mettre en place des actions de développement visant notamment à offrir un accès à l’eau au plus grand nombre. Ainsi, en 2006, OSRA a déjà réalisé plusieurs puits grâce au soutien du CCFD-Terre Solidaire dans le village de Gogeti.

Aller plus loin

Dès mars 2008, OSRA a mis en œuvre un projet d’une plus grande ampleur. Il concerne environ 840 ménages soit 4 200 personnes qui pourront bénéficier d’un meilleur accès à l’eau. L’action entreprise par ce partenaire avec la participation des populations prévoit le forage et la mise en service de 13 puits d’une profondeur moyenne de 65 mètres.

Une formation complémentaire

Les 4 200 personnes de la communauté bénéficient parallèlement d’une formation et d’une sensibilisation sur l’hygiène et la santé à travers l’action de 120 vulgarisateurs sur l’hygiène. 84 personnes vont également recevoir une formation spécialisée sur « l’eau et l’assainissement ». Des techniciens s’occuperont de la gestion de l’eau et de la maintenance préventive des systèmes de distribution.

Des retombées directes

Ce nouveau projet va permettre d’assurer un meilleur accès à l’eau, mais également de contribuer à réduire le nombre de cas liés aux maladies hydrique. Le temps autrefois consacré à la « corvée » d’eau va pouvoir être employé à des activités génératrices de revenus. Les communautés villageoises feront l’expérience d’une gouvernance participative. Les femmes auront aussi l’opportunité de jouer un rôle plus actif au sein des instances communautaires de développement de la gestion de l’eau.

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