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Les femmes au cœur de l’agroécologie et de la réforme agraire en Afrique du Sud

Publié le 23.01.2020 Mis à jour le 14.02.2020

Quel est le lien entre l’agroécologie et les droits des femmes ? Jose Elaine Pick, venue d’Afrique du Sud apporte son éclairage

Elle n’a pas 30 ans. Derrière une voix douce et calme, on sent une détermination sans faille pour faire avancer la cause des femmes en Afrique du Sud. Jose Elaine Pick est responsable du programme femmes, ainsi que de l’accompagnement de la campagne pour la souveraineté alimentaire au sein de l’association sud-africaine Surplus People Project (SPP).

Faire reculer une violence omniprésente à l’égard des femmes

« La violence est omniprésente dans notre société. A domicile ou dans la rue, nous vivons avec la peur permanente d’être attaquées, tuées ou violées », souffle Jose, la gorge nouée par l’émotion.
« Le soutien de l’Etat est très défaillant, que ce soit au commissariat lorsque l’on vient rapporter un viol ou une agression, mais aussi à l’hôpital où les heures d’attente découragent les patientes, les amenant parfois à renoncer à des traitements même pour des maladies graves. »

« Pour l’heure, nous en sommes encore à exiger le respect à notre encontre » constate Jose.

Les modalités de travail de SPP sont multiples :
- groupes d’expression entre femmes dans des espaces de rencontre protégés,
- formations à l’expression orale et au plaidoyer,
- ateliers d’information avec la police et la justice ;
- soutien à des activités économiques pour fournir des compléments de revenus.
- Recherche et partage d’expériences agroécologiques ;

Les thématiques plurielles de SPP répondent aux différents maux qui touchent les femmes. Parmi celles-ci l’accès à la terre.

« Redistribuer les terres est un sujet vital pour les communautés. C’est aussi notre point d’entrée pour développer nos actions qui portent plus généralement sur la montée en responsabilité des femmes. »

La réforme agraire, point d’entrée pour faire émerger les droits des femmes en Afrique du Sud

Si la réforme agraire est un sujet brûlant en Afrique du Sud du fait de l’héritage de l’apartheid, le lien avec la condition féminine n’apparaît pas évident au premier abord. Elle est pourtant centrale, et l’agroécologie aide les communautés locales à en prendre conscience.

Jose Pick explique : « Notre société est très machiste et les femmes l’ont, pour beaucoup, intégré sans le remettre en question ; voilà pourquoi la question agraire est si importante : posséder une terre constitue une source de revenus mais surtout elle donne une respectabilité et un statut social à son propriétaire. »

Pour faire changer les choses, la réforme agraire est le thème fédérateur pour nouer des contacts avec les communautés ; car « aborder cette question en évitant celle de la violence de genre est impossible. Les réunions entre femmes permettent de faire émerger cette problématique. »

Si les femmes sont très actives dans la culture et le maraîchage, « ce sont généralement les hommes qui possèdent les titres de propriété ; alors nous disons aux femmes que posséder une terre et la faire prospérer est le meilleur moyen d’être fidèle à notre héritage culturel ; la question agraire est un levier d’action, les femmes doivent être au centre du processus de redistribution. » SPP incite les femmes à se porter acquéreuses dès que l’occasion se présente.

L’agroécologie pour autonomiser les communautés

Pour SPP, l’agroécologie est aussi un point d’entrée pour promouvoir un modèle de société solidaire, respectueux de la nature et qui développe une forme d’autonomie à l’intérieur des communautés.
« Les gens rêvent de devenir riches grâce à l’agriculture, en passant à un système de monoculture intensive avec des pesticides. A l’inverse, nous promouvons un modèle agroécologique qui repose sur de petites parcelles et tourné en priorité vers la satisfaction des besoins de la communauté, un modèle qui préserve la santé et la nature. »

Pour ce faire, SPP organise des rencontres et des visites d’exploitations entre elles dans le but de montrer différentes manières de faire pour élever des animaux (chèvres, porcs, poulets) ou cultiver des légumes.

Grâce à son aspect inclusif, au fait qu’elle reconnaisse et soutienne le rôle des femmes dans l’agriculture et qu’elle encourage l’implication de ces dernières, l’agroécologie, en tant que mouvement, soutient les droits des femmes.

Le chemin vers la reconnaissance des femmes est encore long, tout comme l’affirmation d’un modèle agroécologique. Mais une certaine fierté pointe lorsque Jose parle de la confiance que les femmes ont acquise ainsi que de la solidarité qui naît de cet engagement collectif.
Un engagement que SPP porte au niveau gouvernemental en collaborant avec des réseaux ainsi que d’autres associations pour établir une égalité entre les sexes.

Stéphane Bardinet

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