Un avenir sans faim

Publié le 02.12.2014 • Mis à jour le 23.03.2016

Une ONG sud-africaine milite pour « l’agroécologie » et une politique de « transformation agraire »

Le Surplus People Project, un partenaire du CCFD-Terre Solidaire en Afrique du Sud, agit pour la souveraineté alimentaire et de meilleures conditions de vie des populations rurales. Cette ONG de 15 salariés, basée au Cap, milite pour « l’agroécologie » et une politique de « transformation agraire » au bénéfice des plus pauvres.

Les émeutes se multiplient depuis cinq ans en Afrique du Sud, y compris dans les zones rurales. En 2013, les ouvriers agricoles de la province du Cap-Occidental (Western Cape) ont violemment manifesté pour faire doubler leur salaire minimum, en le faisant passer de 70 à 150 rands (11 euros) par jour.

Les ouvriers agricoles protestent également contre leurs conditions de travail, de logement et d’accès à la terre. Une question complexe, dans un pays où l’apartheid a laissé des séquelles encore visibles dans les campagnes.

Plaidoyer pour la restitution des terres

C’est pour ces populations rurales que le Surplus People Project se bat, avec ses deux antennes de Citrusdal (province du Western Cape) et de Springbok (Northern Cape). Cette ONG sud-africaine assiste ceux qui réclament des restitutions des terres spolées durant l’apartheid – en raison des déplacements forcés de populations noires et métisses.

L’action du SPP a déjà contribué à la restitution de terres à Elandskloof en 1996 puis du transfert de 400 000 ha dans la région du Namaqualand (Northern Cape). Le SPP a manifesté à plusieurs reprises contre les lenteurs de la réforme agraire.
En lien avec d’autres associations sud-africaines comme le Farmers Support Group (FSG), le Women on Farms Project (WFP) et l’important Legal Resources Centre (LRC, qui fournit une assistance juridique gratuite), le SPP a une activité de plaidoyer sur les lois qui concernent la question des terres et la réforme agraire.

Sous la pression de la société civile, le Parlement est ainsi revenu en août 2014 sur la Loi sur la restitution des terres, en fixant une nouvelle date butoir au dépôt de plaintes – un processus fermé en 1998, mais qui a été rouvert jusqu’au 30 juin 2019. Quant aux 63 500 demandes enregistrées par la Commission des Terres entre 1994 et 1998, elles doivent recevoir un traitement prioritaire, toutes n’ayant pas encore été traitées.

L’agroécologie, une solution pour les petits fermiers

Le SPP milite par ailleurs contre les essais effectués par Monsanto sur des cultures de maïs OGM en Afrique du Sud. En juillet 2013, l’ONG s’est jointe à une campagne de protestation contre de tels essais à Lutzville, dans la province du Western Cape, en vue de développer un maïs résistant à des conditions climatiques de sécheresse. Un produit destiné à l’agro-industrie et de grands exploitants, et non à de petits fermiers qui ont recours à des méthodes traditionnelles de culture par temps de sécheresse.

L’agroécologie vise à réduire les coûts des intrants agricoles pour les petits fermiers, en les incitant à tout recycler, même dans l’élevage de porcs, comme cela a été le cas dans un projet mené à Porterville, dans le Western Cape. Nourrir les cochons de manière saine et les laisser en liberté sur un terrain de 2 hectares a permis à une association d’éleveurs d’avoir une meilleure productivité à moindre coût.

De même, plusieurs initiatives ont été prises par SPP face au changement climatique, qui se traduit par de plus fortes températures durant l’été austral (de décembre à mars). Un jardin de l’espoir basé près de Springbok adapte les cultures aux pluies dans l’année. Dans la région semi-désertique du Karoo, le SPP assiste notamment des femmes qui cultivent le thé rooibos de manière organique.

Un projet en faveur des agriculteurs

Le projet vise 850 personnes en situation de grande précarité dans trois communes des provinces du Northern et Western Cape. Il s’agit de petits agriculteurs, d’ouvriers agricoles habitant dans des exploitations et de personnes sans terre. L’objectif est de les aider à accéder à des terres dans un contexte sécurisé, qui leur permette d’avoir une production régulière.

Le programme comprend trois volets – typiques de l’approche intégrée du SPP, qui prend en compte toute la complexité de la situation des ruraux en Afrique du Sud.
Le premier porte sur des activités d’information et de mise en relation des bénéficiaires avec les administrations compétentes.
Le second se consacre à la formation technique sur des pratiques agricoles alternatives : les banques de semences, la conservation de l’eau, l’agroforesterie et la transformation des produits agricoles.
Le troisième volet, lui, vise à mieux organiser les mouvements sociaux dans les zones rurales, en appuyant notamment les regroupements de femmes ainsi que la mobilisation des ouvriers agricoles pour un salaire minimum et un accès à la terre.

Sabine Cessou

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