Un avenir sans faim

Publié le 27.04.2015 • Mis à jour le 10.06.2016

Au Burundi, des élections à haut risque

Entre juin et août 2015, les Burundais éliront leur président, les députés et les sénateurs ainsi que leurs représentants collinaires. Sur la route vers la démocratie, les jeunes ont un rôle majeur à jouer : résister à la peur, à la violence et promouvoir une citoyenneté active et responsable. L’Association des Scouts du Burundi (ASB) et le Réseau des organisations des jeunes en action (Reja) sont fortement mobilisés

De 1993 à 2003, le Burundi a été marqué par des massacres ethniques, des affrontements entre armée régulière et groupes rebelles, des déplacements de populations. Au total, la guerre civile a fait plus de 300 000 morts, 250 000 déplacés et réfugiés et laissé le pays exsangue.

Des élections à haut-risque

En 2005, conformément aux accords de paix d’Arusha de 2000, Pierre Nkurunziza a été désigné Président au suffrage indirect. Il a été réélu en 2010 au suffrage direct lors d’un scrutin marqué par le boycott des partis d’opposition et des violences.
En 2015, on lui prête l’intention de se représenter pour un troisième mandat à la faveur d’une interprétation « personnelle » de la constitution et ce alors que la société civile, et plus largement l’opinion publique burundaise, s’y opposent.
Dans ce contexte électoral, les causes d’inquiétude ne manquent pas. Depuis des mois, la tension remonte : Arrestations de leaders de la société civile et de journalistes, infiltrations de groupes armés non-identifiés dans le Nord du pays, exécutions extra-judiciaires, résurgence des discours « ethniques », limogeages de hauts-responsables des forces de sécurité jugés peu fiables par le pouvoir, et soupçons d’enrôlement de jeunes dans les milices du pouvoir (les Imbonerakure, « ceux qui voient loin ») …

Un enjeu pour la jeunesse

Dans un pays où les moins de 25 ans représentent 66% de la population, la jeunesse burundaise est particulièrement touchée par les différents maux qui affectent le pays : pauvreté, chômage de masse, absence de perspective économiques, difficulté à accéder à l’université et à s’émanciper socialement. Un jeune diplômé passe en moyenne cinq ans au chômage avant de décrocher son premier emploi, à 29 ans.
L’Association des Scouts du Burundi (ASB) et le Réseau des jeunes en action (REJA) sont deux associations qui ont pour objectif principal d’encourager l’émergence de jeunes citoyens responsables et engagés en faveur de la consolidation de la paix au Burundi. Les deux associations militent en faveurs d’élections libres, justes et transparentes.
« Si elle est l’avenir du pays, la jeunesse reste une grande oubliée des politiques publiques » constatent les partenaires. Or les jeunes « constituent des cibles de choix pour les partis politiques qui veulent les instrumentaliser pour intimider, voire pour créer le chaos dans les villes et campagnes burundaises. Agir auprès des jeunes et avec les jeunes est donc une nécessité absolue et une urgence » expliquent-ils.

Développer chez les jeunes Burundais une culture citoyenne de paix, de tolérance et de résolution pacifique des conflits lors de la période électorale

En 2010, un projet financé par le CCFD-Terre Solidaire et l’Union européenne (UE) avait permis de former les jeunes sur deux messages : aller voter et rester non violent. Malgré les tensions, les fraudes et le boycott du scrutin par les partis d’opposition, le Reja et l’ASB avaient continué à marteler ce message.
En 2015, le nouveau projet de la synergie ASB-REJA durera 22 mois, au-delà des élections et touchera directement 54 000 jeunes et indirectement 270 000 jeunes. Ce projet sera cofinancé par l’Union européenne et le CCFD-Terre Solidaire.
270 jeunes leaders des partis politiques seront sensibilisés et formés au dialogue et à la non-violence.
L’enjeu est d’ancrer une culture d’acceptation mutuelle dans la différence et de débats contradictoires entre les jeunes leaders des sections jeunesse au sein des partis politiques afin que ceux-ci, le cas échéant, soit des « agents bloquants » des violences lors des élections. 
Un système de formation en cascade a été mis en place pour lequel un guide du jeune animateur a été créé par les équipes de l’ASB et du REJA. Ce guide donne des outils pour déconstruire les logiques clivantes, les stéréotypes, apprendre à gérer la rumeur et la peur, apprendre à exprimer pacifiquement ses idées et à agir dans la non-violence. Des formations nationales, puis communales et enfin locales ont été mises en place. A chaque fois, ce sont les jeunes formés qui forment à leur tour d’autres jeunes.
Pour Willy Ngendahoruri, formateur national de l’ASB au sein du projet, « plus qu’un transfert de compétence, c’est un apprentissage complet et responsabilisant pour les jeunes qui est proposé. Elle permet d’éveiller les jeunes en leur faisant prendre conscience de la situation qu’ils vivent, de leurs responsabilités et de leur potentiel. C’est ce cheminement, qui leur permet d’adopter le bon comportement. »
Des campagnes radiophoniques pour inciter les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales, des concours de chants sur la paix et la non-violence, des cadres de dialogues nationaux et locaux entre jeunes des partis politiques, des organisations de la société civile et des universités sont également mis en place par les partenaires.

Au-delà du scrutin : construire une citoyenneté active et répondre aux enjeux de la jeunesse

« La citoyenneté passe évidemment par le vote… mais pas uniquement. Aussi l’enjeu est d’accompagner les jeunes à prendre conscience qu’ils ont aussi un rôle à jouer en devenant eux-mêmes des acteurs politiques, par exemple en se faisant élire dans les communes ou dans les provinces » expliquent les partenaires.
Au terme des élections, le projet permettra la mise en place de groupes de jeunes dans 6 communes pilotes qui auront pour mission de suivre la mise en place des politiques publiques qui concernent les jeunes (éducation, emploi), de poursuivre le travail de sensibilisation sur les enjeux de la non-violence, sur la déconstruction des stéréotypes (ethniques, sociaux, culturels) et l’acceptation de l’autre, la promotion du bien-commun et de l’intérêt général…
C’est aussi un moyen d’intéresser les jeunes aux politiques publiques et de sensibiliser les élus à leurs attentes.

Pour Willy Ngendahoruri,«  Il est clair que la période est tendue. La défiance entre le pouvoir et la société civile est forte mais, grâce à la pression exercée par cette dernière, les choses bougent. La parole se libère peu à peu et les Burundais veulent s’attaquer aux vrais problèmes du pays : la faim, le chômage, la corruption… En 2015, en se mobilisant, la population peut changer les choses. »

Suite à la déclaration de candidature le 25 avril du président Nkurunziza à un troisième mandat, des manifestations massives ont lieu à Bujumbura. Ces manifestations ont été durement réprimées par les forces de l’ordre. On déplore des morts, de nombreuses arrestations et des membres de la société civile ainsi que des médias sont menacés par les autorités. Les réactions des organisations françaises et européennes :

http://www.eurac-network.org/pdf/plaidoyers/burundi-prise-de-position-29-04-2015-fin.pdf
http://tournonslapage.com/burundi-tournons-la-page-appelle-pierre-nkurunziza-a-faire-cesser-les-violences/

TRIBUNE du 22 juillet 2015 sur le site Le Point Afrique. Manipulés ou ignorés, les jeunes et le sort qui leur est fait sont la partie immergée du conflit politique et social autour du troisième mandat. Burundi : la jeunesse au cœur de la crise

Ce projet est soutenu par l’Union européenne

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