Un avenir sans faim

Publié le 21.11.2014 • Mis à jour le 04.12.2014

Au Sénégal, rencontre avec le président du Centre de Recherche et de Formation en Gestion non-violente des Conflits

En 2000, l’abbé Camille Joseph Gomis, prêtre de Ziguinchor, alors âgé de 30 ans, est responsable des mouvements d’Eglise du diocèse et directeur des œuvres catholiques. Il constate : « la situation de ni guerre ni paix, mais de forte violence, qui perdure dans le Sud Sénégal, en Casamance, depuis près d’un quart de siècle ».

Il a vu son village rayé de la carte, victime de pillages et d’exaction commis par les rebelles indépendantistes. Nous sommes en pleine préparation du Jubilé et suite à l’appel du pape Jean-Paul II adressé aux jeunes pour qu’ils soient « les bâtisseurs d’une civilisation de paix », l’abbé Camille commence son action. De rencontre en rencontre, grâce au financement des œuvres pontificales d’Allemagne et d’Italie et à l’adhésion de responsables catholiques locaux, sa structure voit le jour.

L’abbé Camille vient alors en France suivre des formations dispensées par de multiples organismes reconnus dans ce domaine : l’intervention civile de paix (ICP), le Mouvement pour une Alternative Non Violente (MAN), Pax Christi, Bioforce, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture et des exécutions capitales (ACAT). Mais c’est réellement en 2006, que l’association le Centre de Recherche et de Formation en Gestion non-violente des Conflits (CRFGC) verra le jour en Casamance avec le soutien notamment du CCFD-Terre Solidaire.

Comment définiriez-vous la non-violence ?

Pour sortir d’une définition conventionnelle, je dirai que la non-violence, c’est d’abord un Etre et une attitude, une manière d’être. Un Etre porté par le refus de blesser, de faire mal, de quelque manière que ce soit, par la parole, le geste, l’attitude physique, à l’autre avec qui il est en relation, en communication. La non-violence n’est en aucun cas, passivité. Nous parlons de « non-violence active ». Pour stopper la violence, nous disons « non » à la violence, en gardant une attitude de fermeté. Celle-ci vient d’une force intérieure très puissante. Elle passe par un long cheminement, qui forcément finira par toucher l’autre.

Vous vous intéressez avant tout aux jeunes. Pourquoi et comment les appréhendez-vous ?

En Casamance, c’est une génération née dans le conflit et qui en a beaucoup souffert. Ils en ont été victimes et beaucoup ont assisté à des scènes effroyables qui les ont marquées pour la vie. Mais le CRFGC s’intéresse à toutes formes de violences au quotidien. Il suffit de les entendre s’exprimer pour se convaincre de leur souffrance. Le GCRFGC ne joue donc pas de rôle direct dans la résolution du conflit. Mais elle donne sa contribution en essayant de faire baisser la violence dans le comportement des jeunes. C’est là le principe du CRFGC : la découverte ou la prise de conscience de la violence qui peut être en soi, pour mieux la dominer, la canaliser, la diminuer au maximum. Et nous constatons que cette violence s’efface au fur et à mesure des sessions. Des concepts tels que la communication non violente (CNV), ou encore, la médiation sont de puissants vecteurs de changement.

Vous êtes aujourd’hui sollicités par de nombreux acteurs. Comment l’expliquez-vous ?

Nous sommes en effet débordés de demandes auxquelles nous ne pouvons toujours pas répondre, faute de temps, de ressources et de moyens. Ici, ce sont des associations, là le personnel de la prison, des chefs de quartiers ou de villages, qui souhaitent apprendre le B.A-BA de la non-violence pour régler leurs problèmes internes. Certaines ONG aussi qui ne sont pas expertes en la matière sollicitent nos compétences. En octobre 2014, toutes les commissions Justice et Paix de Casamance ont travaillé sur la prévention et résolution des conflits grâce au soutien du CCFD-Terre Solidaire. C’est vraiment la preuve qu’il y a un véritable besoin et que la non-violence n’est pas innée mais c’est une science qui s’inculque.

Vous avez aussi, entre autre projet, de construire un centre de recherche. Qu’en est-il ?

C’est un projet qui nous tient vraiment à cœur. Nous avons déjà les locaux, dans le village de Brin, à 10 kilomètres de Ziguinchor où nous faisons une partie de nos formations. Nous voulons en faire un centre de recherche et de formation en gestion des conflits. En matière d’équipement, il proposera une bibliothèque spécialisée, une vidéothèque, un espace multimédia, un site d’hébergement pour accueillir des acteurs de paix venus du monde entier. En outre, une convention entre l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO), située à Ziguinchor et le Centre Universitaire Catholique de Bourgogne (CUCDB), situé à Dijon, a été signée. Une licence en sciences de l’éducation devrait voir le jour à l’Institut Supérieur Catholique de Gestion (ISCG) par le biais de laquelle on développerait avec le CRFGC un volet « éducation et paix ». Les cours devraient démarrer cette année. Cela rejoint le Centre de Recherche de Brin, parce que les professeurs et les élèves produiraient des documents et des mémoires qui mettront en lien l’« éducation et la paix ».

Voir les jeunes affluer et se transformer donne vraiment un sens à notre action. Tous le disent, leur participation aux formations les ont beaucoup changés. Pour certains, c’est leur vie entière, leur vision du monde qui en ont été bouleversées. Il ne faut surtout pas les lâcher.

Propos recueillis par Elisabeth Du Closel

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