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Freddy Mamani, Bolivie

Publié le 11.05.2006 Mis à jour le 18.07.2012

L’arrivée au pouvoir d’Evo Morales a suscité un immense espoir. Premier bilan de l’action du nouveau bolivien, Evo Morales.

En attendant la Constituante…

Paris, 11 mai 2006

L’arrivée au pouvoir d’Evo Morales a suscité un immense espoir au sein de mouvements syndicaux et sociaux (indigènes, paysans...) même si nous n’avons jamais voulu lui signer un chèque en blanc. Nous venons d’établir un premier bilan après 100 jours de pouvoir, qui nous apporte déjà plusieurs satisfactions importantes, et dont la plus récente est la nationalisation des ressources en gaz du pays.

Pour commencer, le président a imposé une cure d’austérité à la tête de l’exécutif et du législatif, notamment en réduisant de moitié des salaires, économie reversée aux services de la santé et de l’éducation.
Il a aussi donné des gages de confiance en s’attaquant aux actes de corruption du régime précédent, en établissant une coordination avec les mouvements sociaux, et en respectant les équilibres au sein du gouvernement, avec la désignation de ministres femmes, ou issus de toutes régions, notamment l’Amazonie ou l’Oriente.
Ensuite, la loi de convocation d’une assemblée constituante a été signée, c’était une des deux principales promesses électorale, et une revendication historique des mouvements sociaux.

Nous en attendons avec impatience de nombreux changements politiques structurels. Ses travaux démarreront le 6 août pour une période de six à douze mois, avec des constituants qui seront élus le 2 juillet.

Après réflexion, j’ai décidé de ne pas poser ma candidature, mais je participerais à l’élaboration du programme politique de l’Assemblée, par le biais du programme Nina de formation de leaders dont je fais partie.

Le 2 juillet, nous voterons également, en référendum, pour nous prononcer sur une plus grande autonomie des régions, demandée par l’oligarchie. C’est un risque, parce qu’elle vise clairement à soustraire au gouvernement, en partie, la gestion des ressources naturelles — pétrole, gaz, forêts, eau, ainsi que les décisions concernant l’expansion de la culture du soja.

Nationalisation des hydrocarbures

La mesure la plus spectaculaire, même si elle faisait aussi partie des promesses de campagne, est la nationalisation des hydrocarbures, qu’Evo Morales a signé le 1er mai. Certaines voix radicales critiquent le fait que les multinationales pétrolières n’aient pas été purement et simplement expulsées, comme ce fut déjà le cas par le passé, afin de ne pas se couper des investissements privés. D’autres nationalisations sont annoncées, concernant les concessions forestières et minières, ou la gestion et la distribution de l’eau potable.

Il se prépare aussi la très importante bataille de la redistribution des terres, qui devrait générer de grands conflits, notamment dans la région de l’Oriente, où de vastes aires improductives ont fait l’objet de toutes sortes de trafics et d’hypothèques, et sont passées aux mains de banques internationales dans des conditions de légalité plus que douteuses. La redistribution devrait profiter en priorité aux petits paysans indigènes.

Enfin, une nouvelle loi sur l’éducation est en cours d’élaboration. Nous attendons d’en connaître le contenu politique, qui devrait instaurer l’interculturalité, le bilinguisme, des mécanismes de participation sociale.

Parmi les bémols, cependant, il faut citer les nombreux problèmes de gestion dus à l’inexpérience de cette nouvelle équipe administrative. Ainsi que l’affaiblissement des organisations sociales, dont les principaux dirigeants ont mobilisés pour participer au gouvernement.

Propos recueillis par Patrick Piro

Freddy Mamani est l’un des dirigeants paysans de la Fédération régionale unique des travailleurs paysans de l’Altiplano Sud (Frutcas), à Uyuni (région de Potosí)

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