Publié le 30.01.2017 • Mis à jour le 30.01.2017

Le rêve agronomique d’Ayrton au Brésil

Issu d’une famille de petits agriculteurs brésiliens dits "conventionnels", Ayrton Luis Rodrigues Freiré a choisi de se former à l’agroécologie pour cultiver ses terres autrement. Un défi dans cette région du Sud Ouest du Parana façonnée par les monocultures

Ayrton Luis Rodrigues Freiré, 42 ans, a travaillé la terre dès son plus jeune âge. « Mon père cultivait du tabac et du blé sur une dizaine d’hectares », se souvient-il. Comme la plupart des gens de sa génération, son père a été influencé par les préceptes de la « Révolution verte » qui, dans les années 1970 au Brésil, prônait les vertus de « l’agriculture conventionnelle ». Quitte à user et abuser de produits phytosanitaires.

Mais Ayrton avait un rêve. « Je voulais apprendre l’agronomie et cultiver proprement mon bout de terre. » Pas facile quant on vit à Santo Antônio do Sudoeste, au sud-ouest du Brésil, une région largement vouée aux monocultures de soja, de maïs et de blé.

Pourtant, en 2002, ce quadra à l’allure débonnaire, parvient à acquérir 5,4 hectares de terre. Encore obligé d’aider son père, ce n’est que trois ans plus tard qu’il peut enfin s’y consacrer pleinement. « Entretemps, j’ai suivi des cours pendant un an sur l’agroécologie et le développement durable que proposait Assesoar, association soutenue par le CCFD-Terre Solidaire, se souvient Ayrton. Il y avait, en alternance, huit jours de cours à l’école et un mois à la maison pour appliquer les acquis théoriques. » Pas tout à fait une école d’ingénieur agronome. Mais pas loin.

A lire sur Assesoar Au Brésil, des agriculteurs familiaux résistent depuis 50 ans à un agro-business destructeur

Ayrton n’a pas eu de difficultés pour vivre de l’agroécologie. « Rapidement, j’ai cultivé des tubercules, des agrumes, des bananes et des produits maraîchers. Et j’ai tout de suite écoulé l’essentiel de ma production à travers le PNAE, le Programme national d’alimentation scolaire [1]  », explique-t-il.

De quoi prouver à son père – d’abord sceptique face à l’option du fiston – que l’agroécologie peut permettre de « vivre dignement, tout en respectant la terre et la santé des consommateurs. »

Mais les choses sont en train de changer. « Je suis préoccupé car depuis les élections les municipalités ont moins d’argent pour acheter mes produits, s’inquiète Ayrton. Je sais que ce sera difficile, mais je ne referai jamais de l’agriculture conventionnelle. » Parole d’agronome.

Jean-Claude Gérez

[1Dans le cadre du programme global « Faim Zéro », lancé en janvier 2003 lors du 1er mandat du Président Lula, le Programme national d’alimentation scolaire (PNAE) permet d’assurer aux élèves des établissements publics un repas gratuit. Il favorise l’agriculture familiale, puisqu’au moins 30% des denrées doivent provenir des producteurs locaux. Les petits agriculteurs sont liés contractuellement aux municipalités, leur garantissant ainsi des revenus stables sur une année.

Nos projets

23 octobre 2018

En Amazonie, lutter contre le désespoir et le suicide des jeunes indigènes Madiha

Les Madiha, peuple indigène amazonien, sont confrontés à une grave crise sociale qui se traduit par une vague de suicides sans précédents (...)

21 août 2018

Egypte : une pépinière théâtrale au Caire

FDM n°305

Alors que la libre parole se réduit à peau de chagrin depuis la prise de pouvoir du président Sissi en 2013, un centre de formation au (...)

26 juillet 2018

Le niébé, un haricot au coeur de la bataille pour les semences paysannes

Le niébé est un haricot très populaire en Afrique de l’Ouest, et particulièrement nutritif. Pour le promouvoir et le protéger, l’AOPP, une (...)

S’informer

8 janvier 2019

Brésil : forte inquiétude de l’Eglise et de la société civile sur le devenir des terres indigènes (témoignage)

Au Brésil, le nouveau président Jair Bolsonaro vient déjà d’annoncer le transfert de la responsabilité de la démarcation des terres indigènes (...)

20 décembre 2018

Pourquoi promouvoir l’agroécologie paysanne ?

Améliorer les conditions de vie socio-économiques et écologiques des populations rurales, c’est possible ! Le CCFD-Terre Solidaire fait le (...)

17 décembre 2018

COP24 : A quand une réelle transition écologique ?

Avec les manifestations des gilets jaunes, la COP24 est passée au second plan dans l’actualité française. Au terme d’une conférence sur le (...)