Publié le 30.03.2005 • Mis à jour le 12.07.2012

Vicente Puhl, Brésil

Pour les paysans brésiliens et pour tout le Brésil, la remise en cause de l’agriculture industrielle au profit de l’agro-écologie est une question de survie.

Face à l’agriculture industrielle, l’agro-écologie monte en puissance

Paris, le 5 mars 2005

Le Brésil est en train de rejoindre le modèle démographique occidental : 80 % de sa population est urbaine, contre 20 % il y a trente ans. Si le gouvernement Cardoso, qui précédait celui de Lula, se vantait d’avoir installé 450 000 personnes grâce à la réforme agraire, il omettait d’ajouter que le double avait fui les campagnes pour la ville ! Sous la pression d’une agro-industrie qui a été consacré comme le pilier de l’économie agraire. Depuis 1998 environ, des organisations rurales comme le Mouvement des « sans-terre » (MST) et des écologistes ont commencé à analyser les failles et l’impact de ce modèle sur les petits producteurs.

Une stratégie de survie

Ils ont formulé les bases de l’agro-écologie. Elle s’avère, pour le Brésil, non pas comme un choix idéologique, mais comme une nécessité de survie, une stratégie de sécurité alimentaire et d’indépendance. L’agro-industrie conventionnelle est exigeante en capital, et sous la coupe de quelques multinationales qui contrôlent tout le marché des intrants.
L’agro-écologie, ce sont des engrais naturels, une plus grande variété de semences — locales —, mais aussi la valorisation d’un ingrédient essentiel : le savoir-faire, accumulé par des générations de paysans, une incomparable connaissance de la plante, du sol, des milieux face aux recettes chimiques.

Le mouvement gagne du terrain ! En 2002, nous avons tenu à Rio la première rencontre nationale d’agro-écologie, où ont été exposées 500 expériences et productions différentes. La prochaine aura lieu en 2006.
L’arrivée de Lula au pouvoir, et l’aspiration par son gouvernement de nombreux techniciens favorables à nos options a renforcé cette voie, qui pénètre désormais les institutions. Et nous vivons actuellement une jonction très intéressante entre paysans, écologistes et techniciens. Depuis les années 2000, le MST a adopté l’agro-écologie comme le modèle de ses unités de production. C’est un pas fondamental. La Commission pastorale de la terre (CPT) ou le Mouvement des petits agriculteurs (MPA) sont aussi moteurs.

La crise du soja fragilise le modèle industriel

Aussi, nous voyons se dessiner, au Brésil, une confrontation politique de plus en plus forte entre une agro-industrie conventionnelle et une agriculture familiale générant 10 % du PIB, produisant 40 % des aliments du marché brésilien, et qui penche vers l’agro-écologie. Les deux voies sont d’ailleurs soutenues par deux ministères distincts — l’agriculture d’un côté, le développement agraire de l’autre.
On ne peut cependant pas parler de renversement de tendance, ne serait-ce que parce que l’agro-industrie n’a jamais été aussi forte que ces deux dernières années. Mais elle est aujourd’hui fragilisée, car la production agricole du pays repose, à 37 %, sur le soja, qui vient d’entrer en crise : le marché mondial est désormais saturé, les cours ont dernièrement été divisés par deux et la hausse du réal face au dollar désavantage les exportateurs.

Propos recueillis par Patrick Piro

Vicente Puhl est coordonnateur régional de la Fédération d’agences pour l’appui social et éducationnel (Fase), à Cáceres dans l’État du Mato Grosso.

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