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Les femmes sont l’avenir de la Colombie !

Publié le 08.04.2008 Mis à jour le 13.02.2013

Les femmes sont particulièrement touchées par le sous-emploi. Elizabeth Lopez lutte contre les discriminations et pour un rôle social accru des femmes.

Elizabeth Lopez

Elizabeth Lopez est responsable « initiatives économiques » à la Corporación Vamos Mujer, créée pour offrir un espace de réflexion consacré aux problématiques des femmes.

Paris, le 29 février 2008

En Colombie, le taux de chômage officiel n’est que de 12 % ! Mais il est en réalité bien plus important, et touche surtout les femmes, à 60 % dans le département d’Antioquia. Ce que masquent ces chiffres, c’est qu’il existe une forte prédominance du sous-emploi et du travail précaire. Les femmes, parce qu’elles sont en général bien moins formées que les hommes, en subissent les conséquences de plein fouet.

Elles sont souvent recluses dans le secteur des services — employées de maison ou de bureau, etc. —, à des postes où elles se trouvent dépossédées de toute initiative. À la campagne, la situation est même caricaturale : nous estimons que 1 % seulement des femmes disposent d’un travail déclaré — assistantes maternelles, fonctionnaires, etc. Et à même niveau d’éducation, une femme gagne en moyenne 25 % de moins qu’un homme.

Il existe donc un haut niveau de discrimination et de subordination, à la campagne comme à la ville, dont sont victimes les femmes alors même qu’elles jouent un rôle essentiel dans la vie sociale et l’économie familiale. C’est pour rendre visible ce travail, qui n’est pas un « emploi » au sens du salarial du terme, que nous nous battons.

L’un de nos axes d’intervention consiste à s’appuyer sur des liens de solidarité entre femmes rurales et urbaines, à Medellin et ses environs, en créant des circuits commerciaux alternatifs au marché qui les impliquent des deux côtés. Par exemple, nous subissons une multiplication des réglementations gouvernementales imposées aux infrastructures de production — boucheries, transports, etc. Est-ce une conséquence du traité de libre commerce signé avec les États-Unis ? En tout cas, cela pénalise les petits volumes de la production artisanale de viande de poulet et d’œufs, qui est en diminution.

Circuits d’approvisionnement directs
Aussi, nous essayons, avec une quinzaine d’organisations, de mettre en place des circuits d’approvisionnement directs des femmes en ville. Inversement, les femmes rurales ont besoin de textiles, d’articles de confection ou d’aliments transformés issus de la ville. Nous comptons permettre à des femmes de la ville d’aller voir comment ça se passe à la campagne, et inversement.

Il existe déjà des embryons de groupes, avec des fonds communs, mais ils se heurtent à des problèmes récurrents de qualité, de commercialisation et de fragilité face aux marchés. En créant des connexions entre ces groupes, nous espérons pouvoir les surmonter.

Notre ambition, c’est que ce système ne se cantonne pas à la seule vente, mais qu’il permette aussi des formations — sur les systèmes économiques et leurs alternatives —, et des échanges, notamment autour de la préservation de l’environnement et de la promotion de la position sociale de la femme.

Evolution pacifique du conflit
Renforcer le pôle « femme » en Colombie, c’est aussi l’espoir de peser en faveur d’une résolution pacifique du conflit interne au pays, mouvement dans lequel nous sommes très impliquées. La solution militaire contre la guérilla est une impasse, et cette guerre déclenche des violences spécifiques contre les femmes, ce que peu de médias reconnaissent : déplacement avec les enfants vers les villes — quand l’homme de la famille a été assassiné ou a disparu —, viols, meurtres, etc. En 2004, on recensait un assassinat de femme par jour, sans que les raisons en soient vraiment investiguées.

Plus largement, avec nos débats, nous souhaitons inciter les femmes à participer à la politique : dans quelles instances, pour quel type de décisions ?

Nombre d’entre elles sont ouvertes à ce travail d’émancipation, même si leurs maris ne l’apprécient pas toujours. Mais nous les formons aussi à la négociation familiale. En milieu rural, elle concerne, entre autres, la planification des cultures. C’est long et lent, il y a parfois des reculs temporaires… Mais il y a parmi nous de grandes négociatrices !

Propos recueillis par Patrick Piro

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