Un avenir sans faim

Publié le 02.07.2006 • Mis à jour le 12.07.2012

José Antonio Melendez Meza, Mexique

La question indigène reste une des données du débat politique mexicain.

Les Indiens du Chiapas en quête d’alternatives

Paris, 27 mars 2006

La cause indigène progresse au Mexique, des évolutions notables ont été amorcées depuis une douzaine d’années. Au début des années 90, les Indiens, qui composent 10 % de la population du pays et 25 % dans la région méridionale du Chiapas, vivaient pour la plupart dans une situation d’extrême pauvreté et de marginalité. La première présidence indigène du continent latino-américain – celle de Benito Juarez, indien zapotèque, à la fin du XIXe siècle – semblait n’avoir été qu’un anachronisme sans lendemain. Jusqu’à la révolte zapatiste de 1994 qui a sonné le réveil.
Au Chiapas, les communautés ont appris à compter sur leurs propres forces. L’autonomie, le maître mot, se décline aussi bien dans l’éducation – enseignement des langues indigènes – la santé, que l’activité économique. Des coopératives ont mis sur pied des circuits originaux de commercialisation équitable des produits agricoles (café surtout) ou de l’artisanat.
Ces changements tangibles, la construction d’alternatives fondées sur la solidarité n’empêchent pas le maintien de difficiles conditions de vie. D’autres communautés, hors de l’orbite zapatiste, bénéficient de la manne financière gouvernementale. Mais elles vivent de l’assistance et dépendent des décisions fluctuantes des autorités.
À l’approche de l’élection présidentielle du 2 juillet, le débat politique bat son plein dans les communautés. Certaines misent sur le candidat réformiste Andres Manuel Lopez Obrador, en tête des sondages. Pas les zapatistes aux yeux desquels le candidat du Parti révolutionnaire démocratique (PRD, gauche) incarne la « vieille politique ».
Le sous-commandant Marcos a entrepris un périple de six mois à moto « à la rencontre des forces anticapitalistes ». « Ce zapatour intitulé « L’autre campagne », témoigne de la volonté de sortir d’un relatif isolement, d’ouvrir le dialogue avec la société civile et de nouer de nouvelles alliances.
Le succès d’Evo Morales en Bolivie a été perçu chez nous comme un encouragement. Mais les contextes nationaux sont très différents. En Bolivie, les indigènes sont majoritaires et la dynamique d’émancipation était bien structurée autour du MAS (Mouvement vers le socialisme), implanté dans tout le pays. C’est loin d’être le cas au Mexique où les indigènes sont très minoritaires. Au moins, la problématique indienne a réussi à s’imposer dans le débat politique national.

Propos recueillis par Yves Hardy

José Antonio Melendez Meza, sociologue âgé de 46 ans, est coordinateur de « Développement économique et social des Mexicains indigènes » (DESMI) qui intervient depuis 1969 au Chiapas dans plus de 120 communautés réparties sur 15 « municipios »,

Lire la présentation de DESMI

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