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Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement – Terre Solidaire

Le combat quotidien pour le développement

Publié le 08.04.2008 Mis à jour le 14.02.2013

Blanca Betanco est présidente de la coopérative « Mujer ejemplar » dans le département de Chinandega.

Nous subissons un problème de migration qui touche de nombreuses femmes, à la campagne comme à la ville. Elles quittent le pays pour aller trouver de quoi soutenir leurs familles, parce que les hommes sont plus de travail ici, et qu’il n’y a aucune aide à la production. Elles partent au Costa Rica ou au Salvador. Et même en Espagne, maintenant — ma propre fille s’y trouve. Mais les déconvenues sont terribles : elles sont régulièrement rejetées, interdites d’entrée. Il ne leur reste plus qu’à revenir chez elles, mais elles ont perdu leur maison, vendue ou louée pour rassembler suffisamment d’argent pour pouvoir partir.

Les femmes n’hésitent pas à partir, parce qu’on dit qu’il y a du travail pour elles là-bas, comme domestique, accompagnante de personnes âgées, etc. L’argent qu’elles envoient fait vivre beaucoup de familles.
Car pendant 16 ans de régime libéral, le gouvernement s’est désintéressé de la campagne. Tous les crédits allaient aux « bourgeois », ceux qui possèdent plus de 20 hectares d’exploitation. Nous, les petits paysans, nous n’avons rien reçu, nous avons passé ces années à survivre, grâce aux ONG.

Donner du travail aux femmes
Nous avons créé en 2001 la coopérative « Mujeres ejemplar » (Femme exemplaire) pour tenter de donner du travail aux femmes et pour nous entraider. Mais comme nous ne pouvons pas toujours payer les gens, certains demandent à pouvoir s’absenter pour aller travailler quelques mois au Salvador.

Pour ma part, je suis petite productrice d’aliments de base — maïs, riz, haricot, légumes. Je possède aussi quelques volailles et vaches, dont je récolte la bouse pour la culture bio. Grâce à l’ONG « El Cipres », qui nous a fourni les premiers éléments, nous avons pu installer des petits biodigesteurs domestiques. On y place les déchets organiques à l’intérieur, et leur fermentation produit du biogaz qui alimente un brûleur, pour faire la cuisine ou pour l’éclairage.

Je dispose de quatre à cinq heures d’autonomie quotidienne, c’est plus que suffisant pour mes besoins. J’économise ainsi l’équivalent de 300 córdobas de gaz en bouteille par mois ! Quand aux résidus de fermentation, ils servent d’engrais.

Semences de maïs made in USA
Grâce à un fonds rotatif, nous avons pu équiper tout à tour, à crédit, 27 des 30 femme de notre coopérative « Mujeres ejemplar » avec ce digesteur. J’en ai appris la technique de construction aux jeunes membres. Les propriétaires d’une usine à sucre voisine sont même venus me voir : ils sont très intéressés par l’équipement d’un gros biodigesteur pour traiter leurs déchets de canne à sucre.

Nous sommes aussi très attentifs à n’utiliser que des semences paysannes, nous refusons celles qui viennent d’ailleurs. Il faut dire que nous avons connu une mésaventure cuisante en 2004 : des représentants d’une ONG étasunienne sont venus, appuyés par une institution gouvernementale, pour mettre en place un programme « livre pour livre » : il s’agissait de nous approvisionner en semences de maïs prétendument plus productives, en échange de nos semences, sur la base de « une livre pour une livre ». Résultat : rien n’a poussé ! Nous avons tout perdu, cette année-là. Nous avons appelé quelqu’un au gouvernement, pour protester : il n’a rien voulu savoir, il considérait qu’il n’avait rien à voir avec cette histoire…

Avec le nouveau président, au pouvoir depuis un an, nous avons repris confiance. Nous espérons notamment qu’il va nous aider à multiplier les installations de ce genre. Mais nous ne voyons encore rien venir.

Propos recueillis par Patrick Piro

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