Publié le 17.03.2008 • Mis à jour le 14.02.2013

Changer le modèle de développement

Marcella Zub Centeno, milite au sein de la Coordination des droits de l’homme au Paraguay. Elle plaide pour que le pays rompe avec une économie tournée vers l’exportation.

Marcella Zub Centeno

Jeune avocate de 26 ans, Marcella Zub Centeno, milite au sein de la Coordination des droits de l’homme au Paraguay (Codehupy). À la veille de l’élection présidentielle du 20 avril, elle plaide pour que le pays rompe avec une économie extravertie et bénéficie – enfin – de l’alternance politique.

Paris, le 29 février 2008

Signe de toutes les distorsions dont nous souffrons, les remesas – les fonds envoyés par les migrants – constituent la première source de revenus du pays, avant le soja, la viande et le coton. Le Paraguay compte un peu plus de 6 millions d’habitants et 2 millions d’expatriés, surtout en Argentine, mais aussi aux Etats-Unis, en Espagne et Italie, L’expansion de la monoculture du soja accentue l’exode rural – il concerne 90 000 ruraux chaque année -, et par suite l’émigration.

Pour agrandir leurs estancias (domaines de plusieurs milliers d’hectares), les grands propriétaires terriens ne reculent devant aucun moyen. Ils procèdent à des fumigations sur les communautés rurales qui s’opposent à leurs desseins. Ils envoient ensuite leurs milices armées, qui chassent ou assassinent les récalcitrants. La Codehupy a relaté, sans être exhaustive, les cas de 77 exécutions ou disparitions forcées de leaders paysans entre 1989 et 2005.

Dénoncer les spoliations de terre

Le bilan de cette politique est éloquent. Le Paraguay est devenu le 4e producteur mondial de soja, mais rivalise toujours avec Haïti en matière de grande pauvreté. L’élevage prospère lui aussi. On dénombre deux fois plus de têtes de bétail (12 millions de bovins) que d’habitants, ce qui n’empêche pas une fraction de la population de souffrir de malnutrition. Parmi elle figurent les 120 000 indigènes guaranis. L’année dernière, ils ont attiré l’attention sur leur sort. Deux communautés ont campé durant quatre mois sur la place principale d’Asuncion, la capitale, afin de dénoncer, entre autres, la spoliation de leurs terres.

La société civile est loin d’être inerte. La Coordination des droits de l’homme, la Codehupy, porte ses aspirations. Elle rassemble 39 0NG et mouvements sociaux. Sa diversité constitue sa force et sa richesse. C’est un exercice de démocratie permanent que de concilier les sensibilités des organisations féministes, indigénistes, des défenseurs des droits humains ou des mouvances proches de l’église catholique. Mais nous y réussissons depuis déjà neuf ans.

Corruption effrénée

Aujourd’hui, nous plaçons de grands espoirs dans l’élection présidentielle du 20 avril prochain. Rendez-vous compte, le parti colorado se maintient au pouvoir depuis 1947. Soit une longévité plus grande encore que le parti communiste chinois ! La population est lasse de cette domination qui s’accompagne d’une corruption effrénée.

Pour la première fois, une réelle perspective de changement s’offre avec la candidature de l’ex-évêque Fernando Lugo. Lorsqu’il officiait dans le département pauvre de San Pedro, il élevait la voix contre les violations des droits humains et s’est toujours montré solidaire des plus défavorisés. D’où son surnom d’ « évêque des pauvres ».

Mais le système politique traditionnel risque d’utiliser toutes les pratiques clientélistes (achat de votes) et de recourir à la fraude électorale pour faire obstacle à son possible succès. Si tel est le cas, la Codehupy et la société civile tout entière appelleront à la mobilisation et à la solidarité internationale.

Propos recueillis par Yves Hardy

Le site de la Coordination des droits de l’homme au Paraguay

Retrouvez la sur France Culture, samedi 29 mars à 7 heures dans l’émission Terre à terre.

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