Publié le 15.12.2014 • Mis à jour le 01.04.2016

Quelle place pour les jeunes dans les pays du Mercosur ?

Les représentants de sept partenaires du CCFD-Terre Solidaire se sont réunis à Santiago du Chili, du 4 au 7 décembre 2014, dans le cadre du volet « Jeunesse » du Programme Mercosur Social et Solidaire (PMSS). L’occasion pour les participants d’analyser les relations, souvent complexes, entre les jeunes et les États, et mettre en lumière les pratiques locales et régionales.

Lancé en 2003, le Programme Mercosur Social et Solidaire (PMSS) est une plateforme d’organisations de la société civile regroupant 16 organisations sociales d’Argentine, Brésil, Chili, Paraguay et Uruguay.

Son objectif est de promouvoir des démocraties plus inclusives dans ces pays marqués par l’héritage récent des dictatures. Or l’établissement de réelles démocraties passe par la défense des droits non seulement politiques, mais aussi économiques, sociaux et culturels de tous les citoyens.

Le programme a donc réalisé un double pari : d’une part renforcer l’action sur le terrain de plus de 150 organisations sociales engagées auprès des secteurs les plus exclus de la population ; d’autre part s’articuler au niveau régional pour promouvoir des politiques publiques ambitieuses autour de quatre grandes thématiques : droit des femmes, économie sociale et solidaire, jeunesses et souveraineté alimentaire. Il s’agit donc de "penser régional, agir local", mais aussi de "penser local, agir régional".

« Dans le cadre de l’Axe Jeunesse du PMSS, nous créons et exécutons des programmes d’intégration sociale, explique Nicolas Vargas, Responsable du secteur Jeunesse au sein de l’Association Œcuménique de Cuyo, à Mendoza, un partenaire argentin du CCFD-Terre Solidaire, et il est le coordinateur régional « Jeunesse » au sein du PMSS. Nous participons aussi activement à la communication et au travail de plaidoyer, à la formation, à l’articulation et à la formulation de propositions, en partenariat avec des groupes de jeunes et des organisations de jeunesse de la région Mercosur. » L’ambition est de donner aux jeunes la possibilité d’être des acteurs à part entière au sein du Mercosur.

Un regard sur les pratiques locales et régionales

«  Une des autres missions importantes est de renforcer les capacités d’organisation et de propositions des groupes et organisations de jeunes dans l’exercice actif de la citoyenneté, complète Daniel Sierra, qui travaille également sur la thématique « jeunesse » au sein de Éducation et Communications (ECO), un autre partenaire du CCFD-Terre Solidaire, au Chili. Nous voulons promouvoir nos capacités à peser sur le processus d’intégration régionale, et notamment d’intégrer les demandes dans les agendas des gouvernements régionaux, nationaux et locaux. »

Cette seconde rencontre régionale a donc permis aux 14 organisations dont 6 partenaires du CCFD-Terre Solidaire [1] de porter un regard sur leurs pratiques locales et régionales respectives. Les débats ont évoqué les relations des organisations sociales représentatives de la jeunesse avec l’État. Autres points soulevés, l’importance de l’Éducation Populaire pour sensibiliser les jeunes sur leurs droits à revendiquer des politiques publiques répondant à leurs souhaits et besoins, la nécessité d’occuper l’espace public, ou encore la reconnaissance de l’art et de la culture comme des modes d’expression et de revendication à part entière. Les participants ont réaffirmé l’importance de construire des actions et des politiques en commun, même s’il existe parfois des spécificités d’un pays à l’autre.

Campagne de communication régionale

Le meilleur exemple est sans doute le thème de la répression des jeunes. Si l’ensemble des participants ont témoigné de la violence dont sont victimes les jeunes, Ana Patricia Sampaio, responsable du Centre d’Action Culturelle (CENTRAC), une organisation du nord-est du Brésil, partenaire du CCFD-terre Solidaire, a rappelé une réalité spécifique au géant sud-américain. « Le Brésil détient le record d’homicides avec plus de 56 000 jeunes de 15 à 29 ans tués en 2012, a-t-elle souligné. Et 77 % d’entre eux étaient de jeunes noirs. »

Au-delà des réalités propres à chaque pays, les représentants des différentes organisations présentes à Santiago ont rappelé l’importance de s’unir pour réclamer la mise en place de politiques publiques qui « incluent et reconnaissent la vision, la perspective et la diversité des jeunesses des pays du Mercosur. » Une unité et une diversité qui ont d’ailleurs pu s’exprimer à travers « Te toca, nos toca » (« Ça te touche, ça nous touche »), une campagne régionale lancée en 2013. L’Objectif est d’interpeller les états et leur demander d’inclure les organisations travaillant avec la jeunesse dans la conception et l’élaboration des politiques publiques. Les protagonistes de cette campagne ont souligné qu’elle avait contribué à gagner une crédibilité supplémentaire auprès des gouvernements des pays du Mercosur.

Jean-Claude Gerez

Auteur(s): Programme pour un Mercosur Social et solidaire

[1organisations présentes : Service pour le Développement des jeunes (SEDEJ) et Éducation et Communications (ECO) (Chili) ; Association Œcuménique de Cuyo (FEC), Centro Nueva Tierra et Association CANOA (Argentine ) ; Centre de Participation Populaire (CCP) (Uruguay) ; Centre d’Action Culturelle (CENTRAC) (Brésil)

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