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Dossier Asie : après le Tsunami

Générosité pour l’Asie : nous, on continue !

Publié le 07.01.2005 Mis à jour le 20.07.2012

Article publié dans le Monde,
7 janvier 2005

MSF a décidé de ne plus faire appel aux dons pour l’Asie considérant que leur capacité d’utilisation était atteinte. C’est une décision respectable. J-H. Bradol affirme dans la foulée que la reconstruction doit être assurée par les crédits étatiques de l’aide publique au développement (APD). L’expérience prouve malheureusement que, dans le domaine de la reconstruction humaine, matérielle, psychologique, juridique, le rôle des ONG est indispensable : APD insuffisante, incurie des Etats, manque de finesse des bailleurs étatiques…

MSF s’offusque de voir des ONG indiquer qu’elles utiliseront une partie des moyens reçus pour la reconstruction. Il affirme qu’elles oublient de le mentionner dans leurs appels. Que MSF ne souhaite pas s’investir dans la durée, c’est un choix d’organisation cohérent, mais la généralisation est abusive. Les associations qui ont l’habitude d’en appeler à la générosité publique savent qu’elles doivent la vérité aux donateurs. Le CCFD – dès son communiqué du 27 décembre –, le Secours catholique et d’autres, ont immédiatement indiqué que l’aide reçue sera utilisée à court et à moyen terme.

Sylvie Brunel enfourche le même cheval de bataille que MSF et déplore l’emballement médiatico-affectif où, comme dans une soirée de charité, on se livre à une surenchère de générosité presque indécente au regard de l’indifférence où l’on laisse croupir d’autres tragédies. Le diagnostic n’est pas faux, mais laisser entendre que les Ong honnêtes feraient mieux d’imiter l’exemple de MSF : le remède est mauvais.

Que certaines ONG, qui collectent aujourd’hui, aient découvert Aceh, les îles Andaman et le Tamil Nadu le 26 décembre au soir. C’est possible. Que des entreprises subitement très généreuses aient des arrières-pensées. C’est probable. Mais c’est manier l’amalgame que de confondre des organisations engagées durablement dans des actions de terrain, avec l’étalage de bons sentiments dont les arrière-pensées peuvent être parfois douteuses.

Dénoncer comme le fait Sylvie Brunel « l’opprobre collectif » que les autres ONG auraient jeté sur MSF, c’est peut-être une belle posture, ce n’est pas une analyse qui rend service aux défenseurs d’une solidarité internationale.
En fait, « d’opprobre générale », je mentionnerai simplement au passage qu’interviewé à ce sujet, le mardi 4 janvier, sur TV5, j’affirmais que la décision de MSF les regarde, que je la respectais, en ajoutant qu’il serait en revanche incorrect d’insinuer que les autres ONG sont malhonnêtes en continuant de collecter.

Car d’autres ONG, comme le CCFD, ont des dizaines de partenaires locaux. Elles souhaitent alimenter en leur direction une solidarité dans la durée et il n’y aura pas un centime de trop pour qu’elles puissent aider les victimes à surmonter ce qui est bel et bien la catastrophe naturelle la plus meurtrière et dévastatrice que l’humanité ait eu à souffrir depuis longtemps.

Certes les États ont indiscutablement un rôle primordial à jouer. C’est bien aux Etats, à leurs services de protection civile, à leurs armées – mobilisées parfois tardivement -, de rassembler les moyens qu’ils sont seuls à détenir lorsqu’une catastrophe d’une telle ampleur surgit. Mobiliser des dizaines d’hélicoptères pour acheminer de la nourriture, aucune ONG ne peut le faire. Et c’est normal. Idem pour la phase post-urgence qui commence : subvenir aux besoins alimentaires, sanitaires de dix ou vingt millions de personnes déplacées, reconstruire des milliers de logements, réhabiliter des infrastructures par centaines. Toutes les ONG, même coordonnées, ne pourraient le faire.

Mais on ne peut pas ériger le cas d’une organisation médicale d’urgence en généralité, et encore moins en faire le seul représentant d’une éthique dont les autres seraient exempts s’ils ne suivent pas son exemple.

La solidarité a encore une raison d’être, et pour de longs mois, voire des années. Car enfin : qui va permettre aux personnes les plus pauvres (pêcheurs, artisans, agriculteurs, « intouchables » en Inde) de relancer une activité économique par le biais d’aides ou de petits crédits ?

Les ONG locales.

Qui va aider – financièrement et juridiquement - les personnes déplacées, qui ont tout perdu y compris leurs titres de propriété, à retrouver leur lopin de terre, pour y construire une maison ?

Les ONG locales.

Qui va veiller à ce que les autorités locales utilisent équitablement et à bon escient l’aide internationale : les ONG locales.

Ce sont ces ONG locales que nous soutenons. Elles auront besoin de moyens financiers importants. Pendant des années.

Dans un monde idéal, les ONG n’existeraient pas. Nous y travaillons. Dans cette attente, nous continuons à collecter. Honnêtement.

Jean-Marie Fardeau,
Secrétaire général du CCFD, Comité catholique contre la faim et pour le développement.

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