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Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement – Terre Solidaire
Dossier Asie : après le Tsunami

Les erreurs des Ong, le choix du gouvernement

Publié le 08.03.2005 Mis à jour le 06.02.2019

Sandra Giraudeau, chargée de mission Asie au Ccfd, à son retour de Thaïlande

« Dans les régions touchées, la plus grosse difficulté ne vient pas du manque de financement, mais bien du manque de compétences de certaines organisations qui ont débarqué sur le terrain au moment du tsunami. Notamment parce que, contrairement aux partenaires du Ccfd entre autres, certaines n’avaient pas eu de contacts avec les populations cibles.

Cela occasionne bien sûr des maladresses comme par exemple dans le cas des travailleurs birmans. Certaines organisations de la diaspora birmane [1] ont agi spécifiquement auprès de la population birmane, de manière ostentatoire, avec des dollars plein les poches… Que deviennent alors les Thaïs qui sont eux aussi exclus de l’aide ? Cela créé forcément un agacement parmi la population. D’autant plus que, contrairement à ce qu’ont tendance à dépeindre les médias, ce n’est pas l’ensemble de la population thaïe qui s’est retournée contre les travailleurs Birmans. Certains employeurs thaïlandais ont aidé leurs employés birmans à récupérer leurs papiers : ils ont eux aussi intérêt à travailler dans la légalité et à pouvoir compter sur leur main d’œuvre pour amorcer la reconstruction des zones touristiques.

Mais les organisations de défense de droits de l’homme dont le champ d’action concerne les Birmans ont créé un effet de loupe sur cette population et ne se sont pas rendus compte de la frustration que cela générait chez les Thaïs. D’ailleurs, aujourd’hui, on peut observer un glissement dans leur discours qui englobe désormais tous ceux qui ont été discriminés par l’aide gouvernementale.

Quant à la diaspora birmane, il faut garder en tête que l’aide qu’elle a apportée n’était pas dénuée d’arrière-pensées : c’est clairement une manière, pour certains de ses membres, de se rendre visible vis-à-vis des Ong, des bailleurs de fonds et de la diaspora en général… Une sorte de tremplin politique…
[…]
Pour comprendre la situation sur place, il faut aussi rappeler la priorité que le gouvernement s’est donnée : relancer le tourisme. Thaksin, le premier ministre, a notamment tout fait pour donner des garanties aux touristes et aux investisseurs étrangers de la volonté du pays de ne pas rater la prochaine saison touristique. A Phuket, tout était nettoyé début février tandis qu’à la même période, dans les villages où le tourisme était moins développé, les gravats s’entassaient encore… C’est un choix qui se défend économiquement, mais pas humainement.

Et puis bien sûr, Thaksin est un entrepreneur très riche, issu de la grande bourgeoisie, et il compte bien investir dans le tourisme. La loi sur les Zones Economiques Spéciales donnera aux milieux d’affaires la possibilité de réaliser leur projet : elle permet au gouvernement de s’emparer, sur décret, de certaines terres pour décider de leur fonction future… Une coordination de 25 Ong locales a eu beau protester, la loi a été voté récemment. »

Propos recueillis le 8 mars 2005

[1De l’opposition démocratique au régime en place en Birmanie.

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