Publié le 05.03.2013 • Mis à jour le 24.06.2013

La guerre dans l’État kachin, plus de 100 000 réfugiés

Depuis juin 2011, la guerre fait rage dans l’État kachin, au nord de la Birmanie. Et, comme c’est bien souvent le cas, les populations civiles sont les premières à en faire les frais. Plus de 100 000 personnes seraient aujourd’hui réfugiées dans des camps.

Le Père Paul Awng Dang, directeur de la Karuna Bhamo Social Services, partenaire kachin du CCFD-Terre Solidaire depuis ses débuts, en 2007, témoigne de cette nouvelle réalité.

Quelles ont été les répercussions du conflit sur les activités de KBSS ?

Nous avons dû cesser du jour au lendemain nos projets de développement pour nous recentrer sur l’aide à apporter à tous les déplacés. Mais que faire et comment ? Nous n’avions aucune expérience en la matière. La première étape a été de nous former le plus rapidement possible à l’assistance humanitaire : aspect financier, logistique, distribution, découverte de La Charte humanitaire et les standards minimums de l’intervention humanitaire du Projet Sphère. Puis nous avons contacté nos donateurs et nous nous sommes ensuite mis au travail. Avec cette idée que tout cela ne durerait pas plus d’une année. Mais, en juin 2012, cela a déjà fait un an. Et nous savons aujourd’hui que ce conflit est loin d’être résolu.

Comment se manifeste concrètement votre aide ?
KBSS joue un rôle de relais et d’exécutant pour diverses organisations des Nations unies comme l’Unicef, le HCR [1] ou le PAM [2] et d’autres ONG. Nous distribuons de la nourriture et des articles de première nécessité, couvertures, matériels de cuisine… participons à la construction des abris, aidons à l’installation de pompes et de puits, de sanitaires. Nous faisons aussi tout notre possible pour apporter une assistance médicale et soutenir la scolarisation des enfants. Nous touchons ainsi entre 30 et 40 000 personnes. Mais il y a une grande différence entre les camps situés en zone gouvernementale et ceux installés dans les territoires contrôlés par la KIO [3]. Il faut bien comprendre qu’aucun convoi humanitaire n’a pu parvenir dans ces derniers depuis juin 2012 et que nous représentons souvent le seul lien que ces gens aient avec l’extérieur. Mais nos capacités restent limitées. Fort heureusement, KBSS étant une organisation confessionnelle, sa neutralité est reconnue par les deux camps et nous pouvons nous déplacer sans trop de problèmes. Même dans les zones non contrôlées par le gouvernement.

Quel bilan tirez-vous de cette « expérience » ?
Le fait de travailler avec différentes organisations avec lesquelles nous n’entretenions jusque là aucune relation, comme les Nations unies, de devoir répondre à leurs multiples demandes et mettre en place des programmes humanitaires nous a beaucoup appris et permis de grandir professionnellement. Notre crédibilité et notre acceptation par les deux belligérants sont aussi à considérer comme un aspect positif. Mais il y a un revers à cette médaille. La pression est énorme. Et quand je vois que ce conflit perdure, je me sens parfois vraiment découragé.

Que pensez-vous de la levée des sanctions économiques prises à l’encontre de la Birmanie ?
Les pays de l’Union européenne pensent que la Birmanie est en train de devenir une démocratie, mais la réalité du terrain nous montre que les changements annoncés par Nay Pyi Daw [4] ne sont que des artifices destinés à tromper l’opinion internationale. Si les Occidentaux croient qu’il leur suffira d’investir dans le pays pour pouvoir en tirer des bénéfices, ils se trompent. Cela ne fera au contraire qu’augmenter le fossé qui sépare les riches des pauvres, la majorité birmane des minorités ethniques. Les investisseurs doivent comprendre qu’il leur faut également investir dans le capital humain de ce pays, cela d’une manière équitable. C’est le seul moyen de parvenir à une paix durable en Birmanie.

Propos recueillis par Patrick Chesnet

[1Haut commissariat aux réfugiés

[2Programme alimentaire mondial

[3Kachin Independance Organisation

[4Capitale de la Birmanie et siège du gouvernement

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