Publié le 12.07.2017 • Mis à jour le 29.03.2018

Sri Lanka : appuyer les pêcheurs face à l’accaparement du littoral

#SriLankaAprèsGuerre (2/3)

Développer le pays. Si le mot d’ordre du gouvernement sri lankais parait louable, les bénéfices de cette politique restent trop souvent réservés à une minorité. Mouvement national de pêcheurs, l’association sri-lankaise Nafso, soutenue par le CCFD-Terre Solidaire, alerte sur les conséquences de certains projets économiques qui provoquent un accaparement du littoral et l’exclusion des populations qui y vivent.

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Lorsque le nouveau gouvernement a été élu en janvier 2015 [1] avec un programme basé sur la yahapalanaya, la “bonne gouvernance”, tout le monde y croyait, se rappelle Francis Priyankara Costa, coordinateur et formateur auprès du Nafso, [2], .

« La promesse de plus de libertés, de s’attaquer aux violations des droits humains, surtout, celle d’arrêter de nombreux projets de développement responsables d’accaparements de terres, tout cela nous allait très bien. »

Deux ans après le changement de régime, Francis est nettement moins enthousiaste. « Tout est reparti comme avant », déplore-t-il :

« Le pays est engagé dans un Plan d’aménagement du territoire qui, à l’horizon 2030, vise à transformer radicalement le pays. Il y est prévu la mutation de plusieurs villes en mégapoles voire en grandes régions métropolitaines avec la construction de zones industrielles. Mais aussi de treize aéroports ! »

Francis se désole :

« Cela se traduit par un accaparement des terres et du littoral généralisé. Ceux qui vivaient ou vivent là n’ont d’autre choix que de quitter les lieux. Au nom du développement économique et touristique »

Lire aussi les recommandations de Francis Priyankara Costa : Tourisme au Sri-Lanka : Six conseils pour voyageurs responsables

Les pêcheurs particulièrement exclus des projets du littoral



L’exemple du port de Colombo

Le programme visant à faire du port de Colombo, la capitale, un « pôle financier majeur de la région » se veut aussi « le plus grand projet de développement associant secteurs public et privé », selon les autorités locales. Une mégapole artificielle dans laquelle, autour du port modernisé, on retrouvera des centres commerciaux, des hôpitaux, des salles d’expositions, un centre financier…

« Plusieurs centaines d’hectares donnés à la Chine [3] et trois mille familles de pêcheurs qui font les frais de ce développement ».

Car, pour faire sortir cette nouvelle cité de terre, il faut du sable. Beaucoup de sable, essentiel dans la fabrication du béton :

« Les entreprises se servent tranquillement dans les eaux situées au nord du port or, selon une étude menée sur l’impact environnemental de cette extraction, il n’y a pas que le sable qui est enlevé, les roches naturelles sont aussi endommagées. Là où se reproduisent et se nourrissent les poissons. Non seulement il n’y aura plus de poissons d’ici deux à trois ans, mais l’érosion du littoral a déjà commencé »

Quant au devenir des pêcheurs installés sur la côte, nul ne semble vraiment s’en occuper en haut lieu.

Le cas est loin d’être isolé.
Dans le Nord de l’île, comme ici à Jaffna, de nombreuses terres agricoles ont été confisquées par l’armée au nom du développement économique et touristique de la région

  • Du côté de Trincomalee, à l’est de l’île, c’est une autre mégacité financée par Singapour qui verra le jour.
  • Au-dessus de Jaffna, au nord, un port de pêche local doit se transformer, par la grâce de capitaux indiens, en port de commerce international.
  • A Hambantota, au sud, c’est plus de six mille hectares de terres fertiles avec, en prime, un port en eau profonde et un aéroport qui ont été cédées à des compagnies chinoises.
  • Quant aux îles Kalpitti, à l’ouest du pays, elles ont été promises au tourisme

Se battre, le Nafso et ses membres en ont l’habitude, même si la lutte s’avère parfois difficile. Créée en 1997, le National Fisheries Solidarity Movement (Nafso) s’est d’abord centré autour des questions liées à la défense de la pêche artisanale, avant d’étendre son action aux questions d’accaparement des terres, des déplacés et veuves de guerre.

De manière autonome, l’ONG est présente dans quinze départements sur les vingt-cinq que compte l’île, principalement sur son pourtour, mais aussi à travers son réseau de partenaires locaux. Elle peut ainsi faire connaitre aux populations locales les projets prévus par le gouvernement qui les concernent, organiser des formations, des actions de sensibilisations et des manifestations.

Les combats de l’organisation ne plaisent pas toujours.

En 2012, son directeur, Herman Kumara, a dû prendre quelques jours de « vacances » en dehors du pays.

Francis Costa explique :

« Du temps de Mahinda Rajapaksa, on ne pouvait rien faire. Les gens de la sécurité étaient toujours sur notre dos et les menaces étaient permanentes ».

Avec l’arrivée du nouveau gouvernement, les choses se sont améliorées. Il n’y a plus de disparitions ni de menaces contre la presse ou les ONG.

Pour autant, là encore, pas question de crier victoire.

« Depuis le début de l’année, les gars de la surveillance sont de retour. Leurs méthodes ont changé. Maintenant, ils viennent à visage découvert, se montrent amicaux. Nous demandent ce qu’on fait, quel est notre programme, où nous devons aller… »

La yahapalanaya annoncée par le nouveau régime ?



Patrick Chesnet

a consacré plusieurs articles à ce partenaire en mars 2017 :
Herman Kumara, pour le respect des simples habitants du Sri-Lanka
Neranjan Senapathi, au nom de la plage

[1Élu avec 51,28 % des voix, Maithripala Sirisena créait la surprise en remportant une élection présidentielle promise à Mahinda Rajapaksa, en poste depuis 2005.

[2Créée en 1997, le National Fisheries Solidarity Movement (Nafso) s’est d’abord centré autour des questions liées à la défense de la pêche artisanale, avant d’étendre son action aux questions d’accaparement des terres, des déplacés et veuves de guerre ; de souveraineté alimentaire.

[3C’est une compagnie chinoise, la CHEC Port City Colombo Ltd qui est en charge de la construction du site.

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