Un avenir sans faim

Publié le 10.07.2015 • Mis à jour le 22.12.2015

Vingt ans après en Bosnie-Herzégovine, une citoyenneté à construire

La Bosnie, vingt ans après la guerre, est toujours un pays divisé, dont les institutions, dessinées au moment des Accords de Dayton en 1995, restent communautarisées. Le CCFD-Terre Solidaire soutient les initiatives qui vont dans le sens de la coexistence, que ce soit par un travail sur la mémoire et la justice, un soutien à la structuration de l’agriculture familiale, ou aux organisations de jeunesse qui ont envie d’un autre avenir pour leur pays

Une société meurtrie par la guerre, un pays bloqué au niveau politique

Suivant les déclarations d’indépendance de la Slovénie et de la Croatie en 1991, la Bosnie-Herzégovine se déclara Etat souverain en 1992. Il s’en suivit une guerre intercommunautaire de plus de 3 ans et demi, faisant plus de 100 000 morts et plus de 2 millions de personnes déplacées, soit la moitié de la population.
En 1995, la signature des Accords de Paris-Dayton permirent de mettre fin au conflit armé. Mais les accords créèrent un schéma institutionnel complexe, la Bosnie-Herzégovine se composant de deux entités, la République serbe de Bosnie et la Fédération croato-musulmane. Chaque entité a son propre gouvernement et l’Etat central, faible, est souvent bloqué par les dirigeants des différentes communautés.
Près de 20 ans après la fin de la guerre, les réformes institutionnelles sont au point mort et le discours nationaliste prime.
Dans un tel contexte, la population est contrainte de se définir d’abord par son appartenance à telle ou telle communauté, ce qui renforce la fragmentation de la société et hypothèque toute perspective de réconciliation véritable.
Le pays semble donc encore bien loin de la perspective d’une stabilisation politique et de l’adhésion à l’Union Européenne.

La population, marquée par le conflit, peine à se reconstruire. De nombreuses familles attendent toujours de pouvoir enterrer leurs proches disparus pendant la guerre et donc de faire leur deuil.
Selon la Commission Internationale sur les personnes disparues, il reste encore 10 000 victimes disparues et à identifier en Bosnie-Herzégovine. Les familles attendent encore la justice pour la poursuite des criminels de guerre et leur condamnation. De nombreuses associations se proposent ainsi de suivre les procès qui se déroulent à La Haye, au Tribunal Pénal International pour l’Ex-Yougoslavie (TPIY), ainsi que dans chaque pays des Balkans.
Le travail sur la mémoire et la justice, dans ce contexte de post-conflit, parait indispensable pour aider les différentes communautés à dépasser les atrocités de la guerre, s’engager sur le chemin du dialogue et prévenir ainsi toute nouvelle violence dans la région. Nos partenaires comme Youth Initiative for Human Rights, ou Optimisti, dans la région de Prijedor, sont très engagés sur ces questions.

La situation économique reste quant à elle exsangue. La majorité de la population survit au quotidien grâce à de petites activités informelles. Concernant le secteur agricole, on note que la guerre et le nettoyage ethnique ont profondément déstabilisé les activités autrefois développées dans les campagnes.
Faute d’une aide internationale permettant la reprise des activités agricoles et leur modernisation, les petits agriculteurs ne peuvent faire face à la concurrence des produits importés des Etats membres de l’UE. Ces produits fortement subventionnés sont en effet moins chers que les produits locaux.
Valoriser l’agriculture familiale et les productions locales, sources de travail et de revenus, notamment en améliorant les circuits de commercialisation des produits, est essentiel pour la relance de l’activité économique dans les campagnes et le désenclavement communautaire.

Dans un tel contexte d’instabilité politique et en l’absence de perspectives sociales et économiques nouvelles, la jeunesse a bien du mal à voir quel avenir elle pourrait se construire en Bosnie-Herzégovine. Elle rêve d’une société plus inclusive, de perspectives positives et de débouchés pour le futur. L’implication de la jeunesse est vitale pour remettre les différentes communautés en relation et faire naitre en Bosnie une citoyenneté qui va au delà des appartenances communautaires.

L’engagement du CCFD-Terre Solidaire en Bosnie-Herzégovine

Le CCFD-Terre Solidaire est engagé en Bosnie-Herzégovine depuis la guerre de 1992-1995. Son engagement humanitaire dans un premier temps a rapidement évolué dans la période post-conflit vers le soutien à des actions de reconstruction et de développement.
Le CCFD-Terre Solidaire travaille sur ces différents thèmes avec de nombreux partenaires en Bosnie-Herzégovine, mais aussi avec des partenaires français engagés souvent depuis la guerre sur ce terrain. On peut citer à titre d’exemple l’association « l’éducation, c’est l’avenir de la Bosnie-Herzégovine », qui a pour objectif de venir en aide à tous les enfants victimes de la guerre, notamment en leur attribuant des bourses pour qu’ils puissent se reconstruire par l’éducation et investir dans leur avenir.
L’association française Enfants Europe Bosnie mène elle aussi des micros projets économiques visant notamment la relance de la petite agriculture familiale. Elle a récemment lancé un projet de développement du tourisme équitable qui connait un succès indéniable.

Le cœur de notre engagement réside dans la volonté de voir la fragmentation sociale née au moment du conflit dépassée afin de permettre à tous les habitants de Bosnie-Herzégovine de construire un nouvel espace, de vivre ensemble et de bâtir un avenir où les différentes communautés projettent ensemble un destin commun.
Il s’agit d’aider, partout en Bosnie, aussi bien à Sarajevo que dans les campagnes, les initiatives qui vont dans le sens de la coexistence, et de soutenir celles-ci dans leur grande diversité - soutien à la justice, travail sur la mémoire, projets de relance économique, aide à l’agriculture familiale...

Pour l’avenir, la mise en relation des partenaires afin de faire émerger une société civile active et solide est un des objectifs prioritaires du CCFD-Terre Solidaire, tout comme le soutien à des initiatives régionales, mettant en relation des partenaires situés dans différents pays de l’Ex-Yougoslavie. Le CCFD-Terre Solidaire étudie également de près l’émergence de nombreux mouvements citoyens et de la jeunesse, qui témoignent de l’existence d’une génération qui se sent à l’étroit dans un pays atomisé aux niveaux social, institutionnel et ethnique.

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