Un avenir sans faim

Publié le 04.05.2015 • Mis à jour le 06.06.2016

Sadaka-Reut lutte contre la séparation entre Israéliens et Palestiniens

A l’heure où les espoirs de paix entre Israéliens et Palestiniens semblent toujours plus lointains, Nitsan Guetta et Bahira Shaar Ablassi, deux étudiantes engagées au sein de l’association binationale Sadaka Reut, refusent de baisser les bras, pariant sur une connaissance réciproque et sur l’éducation pour faire bouger les lignes.

Cela fait maintenant près de cinq ans que l’israélienne Nitsan Guetta et la palestinienne Bahira Shaar Ablassi arpentent ensemble des mêmes cours d’école.
Chaque semaine, elles rendent visite à des enfants appartenant aux deux communautés et scolarisés à Jaffa pour leur proposer de participer à de multiples activités : goûters, jeux en tout genre, activités artistiques…
Peu importe en définitive le programme, tous les moyens sont bons pour promouvoir le « vivre ensemble » dans une société où le « chacun chez soi » reste le comportement dominant…
« L’éducation est sans doute le meilleur moyen pour en finir avec cette séparation. Et plus on prend le problème à la racine, dès le plus jeune âge, plus on a des chances d’obtenir des résultats en luttant contre les stéréotypes ! », résume Bahira, fière, à chaque fois, du travail accompli.

De la théorie à l’action

Dans un pays qui semble faire du sur-place, comme sa camarade Nitsan, Bahira participe aussi depuis quelques mois au programme de formation au leadership proposé par l’association Sadaka Reut qui signifie « Amitié » en arabe et en hébreu.
« Pour moi, ce programme constituait le prolongement de mon engagement », indique celle qui en avait déjà entendu parlé par des amis qui l’avaient précédés. Chaque année, 16 jeunes – 8 Israéliens et 8 Palestiniens – âgés de 18 à 25 ans, alternent activités sur le terrain et enseignements théoriques en salle de cours.
« Nous suivons deux jours par semaines des séminaires pour mieux comprendre les origines du conflit entre nos deux peuples et nous initier au montage de projet en faveur d’une société plus juste. C’est une véritable opportunité pour construire des ponts entre nous tant de part et d’autre, la méconnaissance du voisin ne favorise pas les rapprochements ! A l’école, par exemple, l’histoire n’est enseignée que du point de vue israélien. Tout ce que j’ai appris sur les Palestiniens, c’est grâce à Sadaka Reut ! », détaille Nitsan.
Cerise sur le gâteau : chaque promotion est en outre encouragée à lancer des campagnes de sensibilisation. Affiches chocs, vidéos qui le sont tout autant, les jeunes activistes n’y vont pas par quatre chemins…
A l’image de la campagne créée pour demander la levée du siège de Gaza insistant sur les violations aux droits de l’homme. Trois petits films dédiés montrant les conséquences du siège sur la santé, l’approvisionnement en eau potable ou l’éducation ont fait le buzz sur les réseaux sociaux.

Trente ans d’expérience

Cela fait maintenant plus de 30 ans que l’association Sadaka Reut créée en 1983 par une poignée d’étudiants israéliens et palestiniens, œuvre ainsi pour la paix et pour le changement social et politique en Israël.
Chaque année plus de 500 jeunes participent aux différentes actions initiées par cette structure unique en son genre : c’est le cas du programme Gemini, lancé pour multiplier les rencontres et les lieux de discussion sur les campus entre les étudiants sur le conflit ; ou encore le programme sur la construction d’une culture de paix qui s’adresse aux 15-17 ans venant essentiellement de milieux défavorisés, encouragés à repérer les sources d’injustice et à se battre pour les éliminer.
Des projets comme autant d’obstacles qui se dressent sur la route des fanatiques et jusque aux boutistes de tous bords. « On s’aperçoit qu’il y a de plus en plus de volontaires ! Et que certains d’entre eux, après avoir suivi le programme sur le leadership, s’engagent dans la création de programmes similaires ou auprès d’ONG qui ont fait du dialogue entre les deux peuples et de la lutte pour un monde plus juste leur raison d’être », s’enthousiasme Nitsan, bien tentée par ce type de perspectives…
Sadaka Reut forme d’ailleurs aussi des « facilitateurs » utilisant les compétences acquises auprès de l’association pour élaborer de nouveaux projets en lien avec le mouvement social.

Construire une alternative

Sûres de leur engagement et des causes à défendre, Bahira comme Nitsan ne se laissent en rien perturber par l’amoncellement de nuages qui couvrent le ciel d’Israël. Les Accords d’Oslo sont loin, les violences s’enchaînent, les colonies de cessent de prospérer…
« La société est certes de plus en plus à droite mais l’espoir n’a pas disparu. Le chemin est long mais de toutes les façons nous n’avons pas le choix. Semer des petits cailloux, comme nous le faisons, est la seule alternative au conflit et à la montée inexorables des inégalités qui fragilisent chaque jour Israël », justifie Nitsan.
« Je voudrais tellement que la prochaine génération soit enfin celle qui aura la satisfaction de pouvoir vivre dans un pays en paix ! », ajoute Bahira, bien décidée à relever le challenge…

Laurence Estival

Nos projets

21 juin 2017 Gwénaëlle Lenoir , Adel

En Cisjordanie, l’agroécologie porteuse d’alternatives

299 Juin

En Cisjordanie l’agriculture paysanne palestinienne est entravée par le poids de l’occupation, l’accaparement des terres les plus fertiles (...)

2 juin 2017

En Palestine, soigner une société traumatisée

Cinquante ans après la conquête par Israël de la Cisjordanie, de Jérusalem Est et de la Bande de Gaza, et près d’un quart de siècle après (...)

19 avril 2017

Victimes de la sécheresse et de Boko Haram, les éleveurs du lac Tchad appellent à la solidarité

Dossier : La faim guette les populations fragilisées par les crises politiques en Afrique

Dans un environnement déjà fortement fragilisé par la sécheresse, les populations de la région du Lac Tchad sont soumises aux violences et (...)

S’informer

20 octobre 2017

Birmanie : l’UE privilégie ses intérêts financiers à l’instauration de la paix

Un collectif d’organisations birmanes et européennes, dont le CCFD-Terre Solidaire, publie, le 4 octobre 2017, un rapport intitulé « (...)

23 août 2017

Les réseaux sociaux, des armes de mobilisation massive

300 - Juillet-Août

Facebook, Twitter, Instagram... En Argentine, au Brésil, comme dans toute l’Amérique latine, les réseaux sociaux sont devenus (...)

16 août 2017

La paix en marche en Colombie

300 - Juillet-Août

Au mois de juillet 2017, Bernard Pinaud, délégué général du CCFD-Terre Solidaire, était de retour en Colombie. Il connait bien ce pays où il (...)