Un avenir sans faim

Publié le 01.04.2006 • Mis à jour le 09.07.2012

Boulbaba Zinelabidine, Tunisie

L’oasis de Chenini est destabilisée par la proximité d’une usine chimique et la perte des savoir-faire.

L’équilibre de l’oasis est menacé

Paris, le 17 mars 2006

L’oasis de Chenini est située sur un site exceptionnel, entre mer, montagne et désert, à environ 400 kilomètres au sud de Tunis. Des hommes y vivent depuis la nuit des temps grâce à la culture des palmiers ou d’autres arbres fruitiers. Malheureusement, à la fin des années 1970, un complexe chimique pour le traitement des phosphates s’est installé à quatre kilomètres de là. Le développement de cette activité industrielle a perturbé durablement le fragile écosystème oasien.

Pollution
Nous sommes d’abord confrontés à un grave problème d’alimentation en eau. Le centre industriel ne traite pas correctement ses déchets, ce qui entraîne une grave pollution de la nappe phréatique. Par ailleurs, pour faire fonctionner le complexe chimique, des forages profonds ont été effectués de manière à pomper l’eau de la nappe albienne. Or, cette vaste poche d’eau profonde, enfermée dans du calcaire, ne se renouvelle pas. Du coup, les sources d’eau qui servaient aux oasiens pour irriguer leur parcelle se tarissent.
Face à cette situation, nous essayons de rationaliser notre utilisation de l’eau. Le canal de distribution a ainsi été reconstruit en béton, alors qu’il était en terre battue. Nous avons également divisé chaque parcelle en deux parties, ce qui permet une irrigation optimale moins consommatrice en eau.

Préserver la mémoire
Aujourd’hui, les habitants de la palmeraie vivent essentiellement de la culture maraîchère, développée à l’ombre des palmiers, et de la vente de nos produits (carottes, salades…) sur les marchés de Gabès. Nous avons quasiment stoppé l’exploitation de datte car les variétés exploitées à Chenini n’offrent pas de bons rendements.
C’est une rupture importante dans l’histoire de l’oasis car les anciens savaient bien cultiver les dattes. Pour que ce savoir-faire ne se perde pas totalement, l’Asoc a recueilli les témoignages d’anciens paysans et a édité CD de 30 minutes de façon à constituer un fond documentaire pour les générations futures. Les anciens évoquent les semences utilisées, les fruits produits, rappellent l’aspect médicinal du palmier…
Pour améliorer les revenus des familles (14000 personnes vivent sur cette oasis de 1000 ha), l’Asoc a cherché à développer d’autres activités.
Nous essayons d’impliquer les femmes en leur donnant quatre brebis et un mouton pour qu’elles créent un élevage. Au bout de quatre ans, elles doivent rendent le même crédit en nature. Vingt-cinq femmes ont déjà bénéficié de ce service, après avoir reçu une formation et l’appui d’un spécialiste. Certains oasiens se lancent également dans l’apiculture.
Pour l’heure, ce n’est pas encore suffisant pour retenir les jeunes dans la palmeraie. Beaucoup ne pensent qu’à partir vers Djerba, Sousse, Tunis ou même l’Europe, et à se tourner vers d’autres activités, jugées plus rémunératrice. Le tourisme, notamment a un fort pouvoir d’attraction.

Propos recueillis par Séverin Husson

M. Boulbaba Zinelabidine est secrétaire général adjoint de l’Association de sauvegarde de l’Oasis de Chenini (Asoc), Tunisie

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