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Liban
Lettre du Mouvement social

Publié le 16.08.2006 Mis à jour le 29.06.2012

16 août 2006 Un témoignage sur le retour des déplacés.

Cher Partenaire,

Nous t’envoyons aujourd’hui et après le cessez- le- feu un tour d’horizon sur la journée d’hier que nous aimerons appeler :
Le retour entre espoir et défi…

La plupart des classes de cette école à Beyrouth ont été désertées en quelques minutes et les cris des enfants et leurs jeux dans la cour manquaient déjà à plusieurs jeunes filles et garçons.

Les dizaines de familles sont parties avec beaucoup d’émotions, quittant des volontaires avec qui ils ont vécu un mois entier, avec qui ils ont partagé leur quotidien, leurs angoisses, leurs peurs mais également leurs rires. Les enfants ont offert leurs dessins, en guise de souvenirs aux volontaires qui animaient quotidiennement leurs lieux de jeu. Tous sont partis mais sans dire adieu.

Les familles sont parties avec les larmes aux yeux. Celles du bonheur de retrouver leurs maisons et celles de la crainte de s’égarer dans leur quartier où ils sont nés et ont toujours vécu. De s’égarer dans leur quartier défiguré et de réaliser finalement qu’ils ont tout perdu : leurs maisons, leurs biens, tous leurs souvenirs. Tout perdu ou presque parce que la volonté de continuer, de dire non à l’injustice, de rester malgré tout ne les a pas quitté et n’a pas quitté un seul des Libanais.

Les voitures se pressent aux portes de la banlieue sud de Beyrouth et sur les routes menant vers le sud.
C’était il y a quelques minutes après la rentrée en vigueur de cessez-le-feu, le matin du 15 août 2006.
Nombreux sont ceux qui aux premières lueurs de l’aube avait rangé les quelques affaires qu’ils avaient pour quitter leurs proches, les maisons hôtes, les lieux de rassemblement où ils avaient pris refuge et reprendre les chemins d’un lieu qu’ils ont quitté et où nombreux avaient laissé, malgré eux, un être cher.

Aux portes de la banlieue, les odeurs du souffre et de la poussière se dégagent de partout… Nous nous enfonçons un peu plus vers les quartiers de Mouawad, de Sfeir, et de Roueiss…l’odeur de la mort…le vrai visage de la barbarie…des immeubles toujours en feu…une pile de béton sur un large périmètre, nous avons du mal à réaliser qu’un de ces jours ce fut un immeuble, ce fut la maison de quelqu’un... Un grand immeuble éventré encore en feu et dans lequel des habitants tentent en vain de retrouver quelques affaires personnelles…des hommes et des femmes heureux de retrouver leurs voisins dont ils n’avaient plus eu de nouvelles depuis plusieurs jours…

Les yeux s’écarquillent, les visages palissent. A qui appartient ce lit écrasé sous les décombres, cette photocopie d’un diplôme universitaire brûlée au bord de la route ? Leurs propriétaires sont-ils sous les décombres, ont-il pu fuir ?...

A part quelques habitants qui voulaient à tout prix arriver à leurs maisons ou ce qu’il en reste, rares sont ceux qui se sont aventurés plus loin. La pollution rendait la respiration impossible, l’énormité de la destruction qu’on nous décrivait empêchait la plupart des gens d’y parvenir même à pied, sans oublier les grenades et les jouets explosifs laissés par les israéliens, en guise de cadeaux pour ceux que les bombardements avaient épargnés.

Même si quelques familles ont décidé de regagner leurs maisons non détruites dans la banlieue sud, les différents quartiers ne sont pas habitables. Pas d’électricité, pas d’eau, une pollution étouffante, le danger des immeubles éventrés qui a tout moment risquent de s’écrouler et des zones pas encore sécurisées.
Malgré les indemnités qui seront versées par le parti du Hezbollah, à toutes les familles déplacées pour qu’ils puissent louer des maisons, en attendant la reconstruction, il est difficile d’affirmer aujourd’hui s’il existe assez de maisons vides pour les accueillir toutes.

L’équipe de travail du Mouvement Social qui avait accompagné plusieurs familles durant 34 jours de guerre, les accompagnera encore dans les aides et pour assurer leurs besoins de base même quand ils regagneront leurs maisons. Ainsi, l’équipe du Mouvement Social a accompagné ces familles en leur disant au revoir. Elle leur a donné rendez-vous bientôt, parce que c’est après l’urgence que viendra le grand travail de reconstruction…une reconstruction matérielle, psychologique, sociale et professionnelle.

À bientôt

Sabah

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