RETOUR D’IMMERSION En BOSNIE ET SERBIE (Lorraine)
Pour aller plus loin, nous avons réaliser une série de 8 épisodes en partenariat avec RCF Lorraine Nancy
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Une manière de construire la paix dans la durée
Claude Lambert, membre du CCFD-Terre Solidaire en Meuse, a participé au récent voyage d’immersion en Bosnie-Herzégovine et en Serbie. Il livre son premier ressenti, quelques semaines après le retour. Et une interrogation : suis-je prêt à rencontrer l’autre au point de me laisser moi-même transformer par cette rencontre ?
À partir de quel moment la préservation de « moi » ou de « nous » prend-elle le pas sur la relation avec l’autre ?
« Je suis revenu de cette immersion en Bosnie-Herzégovine et en Serbie avec le sentiment que quelque chose avait changé dans mon regard. Nous étions une équipe de six personnes, trois hommes et trois femmes, engagées au CCFD-Terre Solidaire Lorraine. Pendant deux semaines, nous avons partagé cette expérience, découvert des partenaires et confronté nos regards. Cette dimension collective a beaucoup compté dans ce que j’en retiens aujourd’hui.

Des espaces de dialogue
Bien sûr, j’avais une petite idée de l’histoire des conflits qui ont déchiré les Balkans. Je savais les divisions, les blessures, les revendications identitaires qui continuent de marquer ces sociétés. Mais rencontrer celles et ceux qui, aujourd’hui, travaillent concrètement à construire la paix donne à ces réalités une tout autre profondeur.
Au cours de notre séjour, nous avons rencontré plusieurs partenaires du CCFD-Terre Solidaire. Leurs actions sont différentes, mais j’ai été frappé par un même choix : ne pas répondre aux fractures par la confrontation. Ils créent des espaces où l’on peut se parler, se rencontrer, confronter les points de vue, faire de la culture, de l’éducation, défendre le Bien Commun ou de l’information des moyens de retisser du lien.
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est cette manière d’agir dans la durée. La paix n’est pas simplement l’absence de guerre. Elle demande de reconstruire patiemment une confiance, de permettre à chacun de trouver sa place, de rendre possible une parole commune. Cela demande beaucoup de persévérance, parfois dans des contextes où les tensions restent fortes.
La Paix se construit par des engagements très concrets, des rencontres, le dialogue, la culture, l’attention portée à l’autre et la participation de chacun.
La rencontre avec l’autre, différemment
Ces rencontres m’ont aussi renvoyé à moi-même. On parle facilement des fractures des Balkans comme d’une réalité éloignée. Pourtant, la question de l’identité traverse aussi nos propres sociétés. Elle peut même rejoindre quelque chose de beaucoup plus intime : que se passe-t-il lorsque mon identité, mes convictions, mon groupe d’appartenance ou simplement l’image que j’ai de moi-même deviennent quelque chose que je dois défendre à tout prix ?
À partir de quel moment la préservation de « moi » ou de « nous » prend-elle le pas sur la relation avec l’autre ? Cette question m’est restée après le voyage. Elle touche aussi ma foi. En tant que chrétien, je me demande : est-ce que j’accepte réellement de prendre le risque de me laisser toucher par celui qui est différent de moi ? Est-ce que j’accepte que la rencontre de l’autre puisse non seulement me conforter, mais aussi me transformer ?
Je ne suis pas théologien, mais il y a dans le christianisme quelque chose qui me frappe particulièrement à cet égard : Dieu ne reste pas à distance de l’homme. Il s’incarne. Il se fait proche. Il accepte même, d’une certaine manière, de se laisser toucher par l’homme.
Construire la paix ensemble
Nous souhaitons maintenant, ensemble, être à notre mesure les relais de ce que nous avons reçu. Avec l’équipe, nous préparons différents temps de restitution à partir de nos photos, de nos récits et de nos témoignages. Il ne s’agit pas seulement de raconter ce que nous avons vu, mais de partager les visages rencontrés et les questions qu’ils ont fait naître en nous.
Car je crois que c’est finalement cela que je rapporte de cette immersion : moins des réponses que des visages, des paroles et une question qui continue de travailler en moi : suis-je prêt à rencontrer l’autre au point de me laisser moi-même transformer par cette rencontre ? ».
Écrit par Claude LAMBERT
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