Trente ans après sa création, la Fédération des Paysans du Fouta Djallon (FPFD), qui regroupe près de 35.000 membres, est confrontée à des problèmes d’accès à l’eau. Celui-ci devient incertain et remet en question les avancées des 10 dernières années pour lutter contre l’insécurité alimentaire en Moyenne Guinée.
Pendant 10 ans (2010- 2019), la Fédération et ses partenaires -le CCFD-Terre Solidaire et le GRET- ont, grâce à l’appui financier de l’Union européenne, impulsé de nombreuses dynamiques agricoles, sociales et économiques au sein du monde paysan dans 3 préfectures particulièrement enclavées : Koundara, Gaoual et Mali. Ces appuis successifs ont permis aux paysannes et paysans d’augmenter fortement la production et de mieux la commercialiser, puis de gagner en autonomie et en qualité nutritionnelle avec le développement de l’agroécologie et du maraîchage à partir de 2016.
Un accès aux terres irrigables de plus en plus difficile
Si depuis plusieurs années, la Fédération, consciente des effets des mauvaises pratiques agricoles sur les ressources naturelles, tente de les atténuer et de prévenir la dégradation des sols et des cours d’eau, les défis restent immenses car la pression sur les ressources naturelles est de plus en plus forte (le massif du Fouta Djallon regroupe 40% de la population guinéenne, alors qu’il n’occupe que 20% du territoire national). Les différents usagers de l’eau (agriculteurs, briquetiers, miniers…) entrent en concurrence alors qu’une gestion concertée et rationnelle serait nécessaire. L’accès aux terres irriguées ou irrigables devient de plus en plus difficile, parfois conflictuel, d’autant que le pays ne dispose pas de cadres politique et juridique consistants sur le foncier rural.
Dans une étude réalisée en 2019 pour l’IRD, Luc Descroix souligne cependant que la densité humaine n’a pas engendré de déboisements et de dégradations des agro systèmes dans le Fouta Djallon. Cependant le développement « d’activités rurales intensifiées, destinées à améliorer la sécurité alimentaire et à retenir les jeunes, porte ses limites, et en maints endroits, le stock d’eau (forcément limité quand on est près des crêtes et ce malgré une très forte pluviométrie, entre 1200 et 2000 mm de pluies annuelles) tend à tarir de plus en plus tôt dans la saison ». Le manque d’eau pèse d’ores et déjà sur le maraichage de contre saison ou sur le riz pluvial, certaines plantes meurent avant maturité. Le travail effectué par la FPFD sur les pratiques agricoles doit aujourd’hui s’accompagner d’une meilleure gestion des ressources, notamment hydriques.
Si le Fouta Djallon est surnommé le château d’eau d’Afrique de l’ouest parce que de nombreux fleuves y prennent source (Gambie, Bafing, Niger) et qu’on y dénombre 8.000 petites zones humides qui stockent de l’eau à la saison pluvieuse, cette saison des pluies ne se concentre que sur 5 mois maximum et les roches du massif ne sont pas perméables, elles ne peuvent conserver de grands réservoirs d’eau (Luc Descroix, 2019). L’essentiel des eaux de pluies ruisselle ; il est donc crucial de travailler sur le stockage de l’eau de pluie, son infiltration, ainsi que la réduction de la consommation pour l’arrosage
Les projections climatiques tablent sur une augmentation des températures entre 0,3 et 2,2°C en Moyenne Guinée. Bien qu’incertains, les modèles de précipitations futures estiment que la pluviométrie continuera d’augmenter, le nombre de jours de pluie restera stable mais les épisodes climatiques violents seront plus fréquents, ce qui renforce la nécessité d’avoir des capacités de stockage pour limiter les dégâts d’inondations. Episodes de sécheresse, perturbations du régime pluviométrique ou raccourcissement de la saison pluvieuse ont et auront des impacts à la fois sur les rendements agricoles mais aussi sur la fertilité et le potentiel de régénération des sols. Des mesures d’adaptation concertées doivent être recherchées.
Contexte
La Guinée, à travers sa Contribution Déterminée au niveau National , a pris des engagements dans le domaine de l’adaptation au changement climatique, par exemple : i) Elaboration et mise en œuvre du plan d’action de la Politique Nationale de l’Eau (PNE), notamment « Préservation et restauration ripisylves des têtes de sources, des berges et du lit des cours d’eau, notamment à travers l’élaboration de plans d’action GIRE » ou ii) Accompagner les efforts d’adaptation des communautés rurales pour développer des techniques agro-sylvo-pastorales qui permettent à la fois de poursuivre leurs activités et de préserver les ressources sur lesquelles elles s’appuient. Malheureusement, ces engagements peinent à se concrétiser, l’insuffisance de moyens dédiés à l’agriculture et à l’adaptation au changement climatique ne permettent pas de s’appuyer sur les services étatiques ou les collectivités locales pour impulser les évolutions nécessaires. La Fédération qui regroupe les premiers consommateurs des ressources naturelles (eau, terre, arbres et végétaux) a déjà démontré ses capacités à faire évoluer les pratiques agricoles vers plus de durabilité. S’appuyant sur la présence de membres au sein des conseils municipaux, elle a également pu initier une approche de gestion intégrée en ressources en eau (GIRE) en lien avec une collectivité locale.
L’aménagement de bas-fonds pour le développement du maraichage mais aussi la GIRE, s’appuient nécessairement sur une gestion foncière consensuelle. Il n’y a actuellement pas de conflits fonciers majeurs en Moyenne Guinée, cependant la sécurisation des terres agricoles reste fragile, tandis que l’accès peut être difficile et précaire pour les jeunes et les femmes. La préservation des ressources naturelles passe par une analyse collective des territoires et un dialogue pluri-acteurs ; ils n’existent malheureusement pas, ce qui a pu entrainer des cas d’accaparements de plaines rizicoles par des élites au détriment de l’agriculture familiale ou un développement incontrôlé de l’exploitation artisanale de l’or et des carrières (sable et granite). La tendance au développement de l’agro-business prôné dans la politique agricole, pourrait entrainer des tensions sur le foncier s’il ne s’accompagne pas d’un dialogue élargi et d’un cadre juridique clarifié.
Sur le
terrain
locaux