© Patrick Piro / CCFD-Terre Solidaire

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5. Vivre la relation partenariale

Publié le 01.09.2024| Mis à jour le 12.03.2025

Définition : Le partenariat est une relation dans laquelle au moins deux parties ayant des objectifs compatibles s’entendent pour travailler dans un esprit de réciprocité.

Cet article concerne autant celles et ceux qui sont à la recherche d’un partenaire que celles et ceux qui l’ont déjà identifié. En effet, le partenariat se vit dans la durée : trouver un partenaire n’est qu’une première étape, mettre en place le partenariat prend du temps…

Aujourd’hui, le mot « partenariat » est repris par des milieux et dans des contextes si différents qu’il est parfois difficile de comprendre cette notion. Or la réussite du voyage sera étroitement liée à la qualité du partenariat construit avec les populations que les jeunes iront rencontrer.

De plus, la réussite d’un partenariat est conditionnée par la mise en œuvre d’un certain nombre d’éléments (connaissance réciproque, confiance, travail dans la durée, coresponsabilité…).

1. Avant

Pourquoi un partenaire ?

La démarche de vivre un projet incluant une dimension de solidarité vient souvent d’un élan de générosité, d’un besoin « d’aider » ou encore de l’envie de découvrir tel ou tel pays. Mais « générosité » ne dit pas nécessairement projet utile ou pertinent pour les populations rencontrées, voire les jeunes eux-mêmes et elles-mêmes ! Il est important de prendre le temps de s’informer sur le pays choisi pour prendre conscience des réalités et des problématiques. Une fois cette démarche accomplie, les envies et savoir-faire du groupe clairement définis, il sera plus facile de définir les contours d’un projet concret et réaliste. Les types d’actions peuvent être très divers : échange culturel, animation, action environnementale ou de service, découverte de projets locaux dans une perspective de témoignage au retour, apprentissage de certaines techniques artisanales ou agricoles…

Il s’agit de toujours rester humble et réaliste dans ses ambitions : sur un projet de quelques semaines, ce sera surtout l’occasion pour les jeunes de découvrir sur le terrain comment une communauté locale est actrice à son échelle de changement social.

Pour ces raisons, il est déterminant de s’insérer dans un projet déjà existant, mené par une association ou une communauté locale. Choisir le partenaire sera donc une étape essentielle à la réussite du projet : quels sont les types de projets qu’il mène dans son pays ? Quelles sont les valeurs qui l’animent ? Quelles actions sont possibles en commun ?

Qu’est-ce qu’un partenaire ?

Le partenaire est le collaborateur ou collaboratrice direct sur le terrain du pays de destination. On entend par partenaire, une association, une structure locale, une communauté, avec lesquelles on établit des liens réguliers pour bâtir un projet commun. Il n’est pas une personne isolée ou un particulier : le partenariat est bien l’alliance, le contrat (plus ou moins formalisé) entre deux organisations.

Il existe souvent des associations en France représentant la structure partenaire ou en assurant la promotion de dans le pays ; le risque est alors de vouloir construire le partenariat uniquement avec cette association en France (référentiel culturel commun, vitesse de réponse parfois plus rapide, rencontres physiques possibles…) Pour autant, il est primordial d’établir une relation directe avec la structure avec laquelle les jeunes vont agir et vivre.

La réussite du projet de l’équipe dépendra du sérieux du partenaire, de la pertinence de ses actions et de son implication locale. Malheureusement, toutes les « associations » françaises et étrangères travaillant dans les pays du Sud et de l’Est ne répondent pas forcément aux critères de partenariat.

Trouver le partenaire adéquat

Pour trouver un partenaire, il faut d’abord faire jouer son réseau associatif local… Il peut arriver de trouver des « partenaires » sur Internet qui, a priori, ont l’air d’être pertinents (avec des objectifs clairs et valables) mais qui, après quelques recherches, peuvent conduire vers des structures peu recommandables. Ne soyons pas dupes : il existe une forme de « marché » de la solidarité, avec des acteurs peu scrupuleux. Les jeunes auront intérêt à croiser leurs informations sur leur partenaire identifié avec des structures de type CCFD-Terre Solidaire, France volontaires, Scouts et Guides de France, Engagé·e·s et Déterminé·e·s, Délégation catholique pour la coopération, Terre des hommes, etc. Les jeunes doivent prendre le temps de bien connaître l’association qui va devenir leur partenaire ; vérifier l’existence, le champ d’action, les contacts de leur partenaire, car une fois sur place, il sera trop tard.

Mettre en place le partenariat

Le groupe de jeunes que vous accompagnez a trouvé un partenaire. Il s’agit désormais de « construire » un partenariat solide et transparent afin que le projet aboutisse dans les meilleures conditions.

Voilà quelques étapes et conseils pour la mise en place d’un partenariat de qualité.

© Le Cil Vert

Bien se connaître

Le partenariat sera d’autant plus simple et constructif que les deux partenaires se connaîtront bien. La connaissance mutuelle pourra naître si l’on prend le temps de se présenter réciproquement, et cela bien au-delà des simples activités menées de part et d’autre ou des compétences de chacun et chacune. La relation va s’installer dès le premier échange. Évitons de commencer par un « de quoi avez-vous besoin », ou « voilà ce que nous pouvons vous apporter », mais bien par « voilà qui nous sommes ; et vous ? »

Par ailleurs, dès la phase de préparation, il est important que le groupe puisse être en contact avec les jeunes ou d’autres membres de l’association ou du village sur place et pas uniquement avec le correspondant ou la correspondante au sein de la structure partenaire. En effet, l’échange et la rencontre interculturelle se vivent bien mieux au sein d’une même génération, et il y a plus de chances que le projet soit pérenne par l’implication active des jeunes de la localité où l’on se rend.

Fixer les objectifs

Pour mener à bien une action commune, les deux partenaires vont se fixer des objectifs communs avec lesquels chacun et chacune est en accord. Il s’agit ensuite de définir les rôles et de fixer des objectifs respectifs que chacun et chacune connaîtra afin de mieux pouvoir se comprendre et se respecter mutuellement. Le fait d’avoir des objectifs distincts n’est pas contradictoire. Les réalités de chacun et chacune sont différentes, de même que les enjeux et priorités.

À titre d’exemple : l’objectif commun pourrait être l’échange au travers de l’animation, par des jeunes Français et Françaises et Sénégalais et Sénégalaises, d’un centre pour enfants défavorisés. Un des objectifs propres aux Sénégalais et Sénégalaises pourrait être de mobiliser de jeunes animateurs sénégalais ou de jeunes animatrices sénégalaises au travers de cet échange tandis que celui des jeunes Français et Françaises serait de découvrir d’autres méthodes éducatives. Ainsi, si le partenaire le sait, il pourra prévoir de les aider à mettre cet objectif en œuvre. Pour partager clairement les objectifs et modalités du projet, une convention de partenariat peut être établie.

Le groupe pourra au fil du temps (et en particulier dans une phase de bilan, cf. étape 6) faire référence à ces objectifs, en mesurer les écarts avec les résultats, acter des modifications, leurs origines, constater l’évolution du projet initial.

Jouer la réciprocité

Définition, extrait de l’ancienne note technique du programme JSI :

La réciprocité existe lorsqu’il y a apports mutuels au projet de chacune des parties impliquées dans le partenariat. Il est important que chacun et chacune contribue à la hauteur de ses moyens à l’accueil, la rencontre des cultures, mais aussi à l’hébergement, la prise en charge matérielle et/ou financière de certains travaux, de certaines matières d’œuvre.

La réciprocité s’exprime également dans le dynamisme partagé, dans la cogestion et la transparence : le projet est défini par l’ensemble des partenaires concernés, les décisions sont prises en commun, les réorientations comme les évaluations et suivis sont réalisés en commun. Un processus d’apprentissage des échanges peut être nécessaire.

Programme « Jeunesse-Solidarité internationale » ou JSI

Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) soutient depuis 1997 les jeunes de 15 à 25 ans dans le cadre d’un programme intitulé « Jeunesse-Solidarité internationale » (JSI), engagés dans la réalisation d’actions de solidarité internationale dans les pays de la zone de solidarité prioritaire – ZSP (pays d’Afrique, Maghreb, Madagascar, Caraïbes, pays du Mékong, Liban, Palestine) ou dans un projet d’accueil de jeunes du Sud en France.

Les objectifs du programme JSI : favoriser les actions de solidarité internationale ; encourager les échanges de jeunes ; développer l’éducation au développement et à la citoyenneté internationale.

Il existe également le programme « Ville Vie Vacances – Solidarité internationale » ou VVVSI.

Communiquer clairement

Communiquer de façon claire avec le partenaire dès le départ est essentiel pour limiter les éventuels malentendus sur place. Pour cela, les jeunes doivent savoir exactement ce qu’ils veulent, définir une liste de questions précises et détaillées – parfois même délicates –  pour lesquelles ils et elles attendent des réponses.

Le groupe doit également être capable de s’exprimer franchement sur des propositions qui ne correspondent pas à ses aspirations. Si l’objectif du projet, par exemple, est l’échange et la rencontre, vous pouvez refuser la suggestion de construction et de financement de salles en donnant vos raisons.

Diversifier les moyens de communication

Les jeunes en France ont tendance à beaucoup utiliser Internet comme moyen unique de communication. Au Sud, l’accès à un ordinateur est moins répandu, mais les personnes ont pour l’immense majorité un numéro de portable, moyen le plus adéquat pour contacter son partenaire, notamment via WhatsApp ou d’autres applications. Pensez au décalage horaire, et éventuellement, à s’accorder sur un horaire.

Chacun et chacune ses priorités

Pour diverses raisons, la notion de temps n’est pas toujours la même pour tout le monde. Il y a ainsi de fortes chances pour que les jeunes passent par des phases de frustration, dans l’attente désespérée des réponses de leur partenaire. Cela peut être dû à cette perception différente du temps, mais également à d’autres facteurs qu’il est intéressant d’avoir en tête, en particulier le fait que ce projet s’ajoute à la charge de travail des partenaires alors que c’est peut-être le point fort de l’année pour les jeunes.

Chacun et chacune sa notion de l’engagement

La frustration arrive aussi dans l’autre sens. Quand un groupe contacte différentes associations pour trouver un partenaire et qu’elle s’engage avec l’un, il est important d’informer les autres associations qu’elle ne souhaite pas aller plus loin dans le partenariat. Dans tous les cas, il faut être vigilant et vigilante à ne pas générer de frustration par ce qui pourrait être perçu comme un engagement.

2. PENDANT

Le séjour

Une fois sur place, le partenariat est vécu au jour le jour. Il s’agit les premiers jours de prendre le temps de la rencontre et de l’échange, pour mettre en place un fonctionnement commun, plutôt que de se lancer tout de suite dans l’action. Et tout au long du séjour, il est indispensable de communiquer, faire régulièrement le point, afin que les deux parties soient en phase tout au long du séjour. Si certaines choses n’ont pas été bien comprises avant l’arrivée, il est encore temps de les réajuster en fonction des besoins et des réalités des uns et des autres. La rencontre interculturelle a toute son importance à ce moment (cf. étape 4). Attention en particulier à la façon d’exprimer ses mécontentements, ses désaccords ; pour des raisons culturelles, le ton est souvent important, ainsi que le contexte – pas en public, pas nécessairement de manière frontale… Ces « codes » sont utiles à connaître avant le départ, car d’une part ils sont spécifiques à chaque communauté, et d’autre part leur non-respect pourrait bloquer la situation.

LE « NON » n’est pas universel

Dans les contextes de précarité où les groupes sociaux ont des échanges plus oraux qu’écrits, chacun et chacune détient un savoir potentiellement utile à l’autre. « Les groupes d’oralité génèrent donc en permanence une exigence relationnelle, condition impérative d’accès au savoir pour le groupe. […] Un homme à qui on ne parle plus, c’est un gisement de savoir auquel on n’a plus accès. […] Dans ce contexte les groupes sociaux se sont dotés d’un principe de communication simple : l’usage du « non » est de fait quasiment proscrit. Il ne faut pas risquer d’affaiblir la cohésion sociale. […] « Nous avons 7 façons de dire oui, dont 3 veulent dire non », me confie un jour une participante malgache, lors d’une formation sur l’interculturalité. » (Clair Michalon, Le Conteur et le Comptable. Lire les différences culturelles pour rapprocher les Hommes – Sépia – éd. Harmattan – 2021).

3. Après

Prolonger l’action

Le partenaire est partie prenante de l’évaluation du projet durant tout son déroulement (préparation, réalisation, bilan). Il est autant un acteur de cette aventure que les jeunes et son avis est essentiel. Ainsi, de retour en France, tout n’est pas fini : témoignages, actions d’éducation à la solidarité en France, les pistes d’engagement pour les jeunes sont nombreuses (cf. étape 6). Il est également nécessaire de définir quelle suite donner à cette relation partenariale ; garder contact, pourquoi, comment… ? Pourquoi ne pas envisager par exemple la réciprocité jusqu’à un voyage « dans l’autre sens » ?

Il est déterminant de s’insérer dans un projet déjà existant, mené par une association ou une communauté locale.

→ Article suivant : 6. Revenir… s’y préparer pour continuer

Les fiches d’animation

Fiche 1 – Témoignages de partenaires

Réfléchir et s’exprimer sur la notion de partenariat.

Fiche 2 – Un partenariat qu’est-ce-que c’est ?

Connaître les conditions de réussite et de mise en œuvre d’un partenariat.

Fiche 3 – Infos ou intox ?

Faire prendre conscience aux jeunes de la nécessité de vérifier les informations sur un partenaire en diversifiant leurs sources.

Fiche 4 – Les premiers contacts

Apprendre à se présenter à son partenaire.

Fiche 5 – Regarder, ensemble, mais différemment

Faire comprendre au groupe de jeunes qu’ils et elles peuvent avoir des objectifs différents que ceux de leur partenaire.

Fiche 6 – Quelques mois pour échanger avant le départ

Anticiper le temps que prend l’élaboration d’un partenariat.

Fiche 7 – Lettre à un partenaire

Faciliter la mise en relation avec un partenaire et l’expression des attentes et permettre aux jeunes de s’imaginer dans la peau d’un potentiel partenaire qui va recevoir un groupe de jeunes.

Fiche 8 – Qui peut être partenaire ?

Réfléchir aux différentes catégories de partenariats qui sont mis en place dans le cadre d’un projet.

Fiche 9 – Choisir le partenaire adéquat

Une fois le partenaire identifié, se poser les bonnes questions pour construire un partenariat de qualité.

Fiche 10 – Rédiger une convention de partenariat

À partir d’un exemple de convention type, concevoir une convention avec son partenaire.

Quelques références sur la question du partenariat

Aider, c’est pas donné !

Maryvonne Charmillot, « Réflexions sur l’aide et le développement », Nouvelle revue de psychosociologie, vol. 6, no 2, 2008, pp. 123-138, disponible ici

Article ayant pour objectif d’aider à comprendre comment le phénomène de l’aide est perçu de l’intérieur, à travers le témoignage de 3 acteurs de la société civile du Burkina Faso : un chef de village, un sociologue et un coordinateur en ONG.

Comprendre le partenariat au CCFD-Terre Solidaire

Disponible ici

Le CCFD-Terre Solidaire explique dans cette vidéo en 2 minutes ses critères pour bâtir un partenariat équilibré et durable.

Partir à tout prix ?

France volontaire, disponible ici

Beaucoup de structures proposent des voyages solidaires clés en main, moyennant finances. Attention aux arnaques !

Le monde m’attend ! Vraiment ?

Le guide des scouts, 2021, disponible ici

Petit guide très utile, pour les scouts mais aussi pour tout jeune souhaitant partir « aider ». Ce guide aborde les thèmes de l’interculturel, de l’impact, du retour, mais aussi du projet et donc du choix du partenaire. Cette édition 2021 est en téléchargement libre. Chaque partie est ponctuée par une planche de bande dessinée humoristique qui permet de bien comprendre les enjeux des voyages solidaires.

Basse-Cour

Adrien Camus, 2009, 33 min, disponible ici

Un film qui ne laissera personne indifférent ! Et où le débriefing sera, là encore, primordial. Regard intéressant sur la condescendance de certaines pratiques d’aide « humanitaire » et leur perception par les populations concernées. Un film aussi utile pour aborder la question de la langue des personnes que l’on va rencontrer (cf. étape 4).

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