© Clément PUIG/CCFD-Terre Solidaire
6. Revenir… s’y préparer pour continuer
Pour ne pas rentrer chez vous comme avant…
Pas encore parti·e qu’il faut déjà penser au retour : pour que ce projet soit constructif, que ces découvertes, ces rencontres, ces échanges portent leurs fruits, il est impératif de le travailler avant, pendant et après le séjour.
1. Avant de partir
Au cours du séjour, les jeunes vont vivre des rencontres, des moments forts, y compris au sein du groupe, certains enthousiasmants, d’autres plus difficiles. Préparer son retour avant de partir, c’est donc mettre toutes les chances de son côté pour réussir à transmettre un peu de cette expérience à celles et ceux qui ne l’ont pas vécue et transformer celle-ci en un tremplin pour un engagement futur. Plus globalement, il s’agit d’aider les jeunes à consciemment inclure cette expérience dans l’ensemble de leur parcours personnel, et non pas comme une simple parenthèse.
Entre les recherches du partenaire, des sources de financement, les questions logistiques… il est important de prêter attention d’ores et déjà au retour à travers les éléments suivants :
• à qui le groupe prévoit-il de faire une restitution ? Familles, ami·e·s, bailleurs de fonds, association(s), commune(s)/ville(s), classe(s) d’école/collège/lycée/faculté… ? En fonction du public, du nombre (combien ?), du lieu (où ?), de la date (quand ?), la forme et le fond de la présentation changeront ;
• les messages, thèmes et sujets à aborder seront pointés au fur et à mesure des étapes lors des temps de reprises du groupe ;
• les attentes de chacun et chacune et du groupe, exprimées en début de préparation, constitueront une bonne base pour suivre les objectifs du projet et effectuer des temps de relecture et de bilan tout au long de celui-ci, notamment au retour ;
• quels moyens utiliser pour les restitutions (support(s)/matériel nécessaire/démarche/outils pédagogiques/formes d’animation) ? Il est indispensable de prévoir en amont, selon les compétences et goûts du groupe, quels supports réunir pendant le séjour (photos, vidéos, sons, carnet de voyage, réseaux sociaux…) ;
• le groupe s’est-il fixé une date pour se retrouver dans le mois qui suit le retour ? Attention, aussitôt revenu dans son quotidien, le rythme des activités de chacun et chacune peut rapidement éloigner les membres du groupe…
2. Pendant le voyage
Tout au long du séjour, il est nécessaire de baliser des temps pour partager et faire régulièrement le point, en groupe et avec le partenaire (analyse de la journée, préparation de la journée d’après, après une tension…) Juste avant de rentrer, le groupe peut faire un premier bilan « à chaud », pour évoquer ensemble les événements marquants du séjour.
Tenir un carnet de bord (personnel et/ou collectif) pour ne pas oublier trop rapidement ce qui a été vécu peut être une bonne méthode de suivi. Il sera un témoin de la vie du groupe, des réactions, des émotions des uns et des unes et des autres. Il aidera le groupe lors des temps de reprise et à retrouver des anecdotes pour les restitutions.
Prendre le temps d’éclaircir les sujets que l’on désire aborder, ne pas craindre de poser des questions sur des événements, actes, paroles, constats qui interrogent, enthousiasment, mettent mal à l’aise, surprennent…
3. Après le voyage
Voici arrivé le temps du bilan du voyage, de l’évaluation du projet dans son ensemble.
L’évaluation doit se construire en plusieurs étapes, chacune ayant un sens bien spécifique.
1. Évaluer pour rendre compte : c’est un travail descriptif, un travail de bilan pour rendre compte aux différents partenaires du déroulement du voyage, aux bailleurs de l’utilisation des fonds, sans oublier de remercier toutes les personnes qui ont participé d’une manière ou d’une autre au projet.
2. Évaluer pour mesurer : il va s’agir de mesurer le chemin parcouru entre « l’état initial » des jeunes au début du projet et « l’état final » : où en sont-ils et elles aujourd’hui ? Quelles ont été les évolutions individuelles et collectives à travers ce projet ?
3. Évaluer pour avancer : cette ultime étape vise à initier la suite : travailler sur le témoignage, sur des projets d’engagements qui pourront être individuels et/ou collectifs. Il faudra alors savoir gérer la « mort du groupe », la fin du projet… en vue de mieux passer à autre chose.
4. Et après ? Au-delà de l’évaluation du projet, du voyage lui-même, ce chapitre propose aussi une démarche plus en profondeur pour relire son expérience. Quelques mois après le retour, savoir prendre le temps de se souvenir, nommer ce qui a marqué, comprendre ce qui en chacun et chacune a bougé et en tirer des fruits et des pistes pour la suite.
Les enjeux de cet accompagnement au retour sont importants. Une telle expérience ouvre les yeux sur les autres, sur soi, sur des situations inenvisageables « avant ». Confrontation à soi-même, enthousiasme face à la rencontre, la découverte, révolte face à l’injustice : le levain est dans la pâte. Par ce voyage, une fenêtre s’est ouverte. Si le séjour se termine, l’aventure continue !
Les jeunes peuvent avoir envie d’aller plus loin dans leur réflexion, leur engagement : rejoindre une association de solidarité internationale, participer à l’accueil des migrants et migrantes, rejoindre un parti politique ou un syndicat, adopter de nouveaux comportements citoyens en matière de consommation, voire reconsidérer une orientation professionnelle. Pour vous, animateur et animatrice, il s’agira de se rendre disponible, savoir les orienter vers les interlocuteurs et interlocutrices qui pourront répondre aux questions.
Quelques conseils pour mieux guider l’évaluation : 1. Écouter chaque jeune du groupe (proposer un temps individuel pour faire le point avec chacun·e peut avoir une grande importance) ; 2. Prendre du recul (il est important de laisser chacun·e parler avec « ses tripes », de proposer un temps spécifique pour cela. C’est l’occasion en particulier d’exprimer et de reprendre ce qui aurait pu choquer les jeunes et identifier ici les contresens, les incompréhensions, les questions qui restent en suspens pour tenter d’y apporter des réponses, quitte à se faire aider par des ressortissant·e·s du pays ou toute autre personne) ; 3. Effectuer un bilan global du projet (bilan financier, revenir sur les objectifs définis au début, reprendre les réalisation sur place, l’avis du partenaire…) ; 4. Encourager les restitutions (auprès de différents publics, sous différentes formes, pour faire découvrir, comprendre davantage et inciter à agir) ; 5. Poursuivre une relation avec le partenaire, la communauté qui a accueilli le groupe (il faut penser à envoyer au minimum les photos du séjour et des remerciements mais vous pouvez proposer de poursuivre une relation épistolaire ou envisager un voyage en France de certains jeunes de là-bas, ou la poursuite du projet (suivi de l’action entamée, envois réciproques des bilans…).
© Le Cil Vert
Les fiches d’animation
Fiche 1 – Lettre à soi-même
Donner un moyen à chaque jeune de se rendre compte du chemin parcouru entre la phase de préparation et celle du bilan.
Fiche 2 – Et pourquoi pas un carnet de voyage ?
Exprimer par des mots, des dessins, des collages… les ressentis des expériences vécues et créer un support appuyant la démarche de relecture et de restitution.
Fiche 3 – Trier les braises
Faire exprimer les différents ressentis au retour et poser les bases d’un travail de bilan/relecture.
Fiche 4 – Le coffre à trésor
Entrer dans une démarche de relecture et faire ressortir la diversité des souvenirs marquants du séjour.
Fiche 5 – Évaluons notre projet !
Évaluation des objectifs définis, de la charte… du chemin parcouru, individuellement et collectivement et valorisation de l’ensemble du projet.
Fiche 6 – Revisiter pour restituer
Relire pour aller au-delà du ressenti et bâtir une trame commune pour une restitution/une démarche d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale.
Fiche 7 – Restituer !
Choisir une méthodologie et préparer la restitution à partir des éléments que l’on souhaite transmettre.
Fiche 8 – Une exposition…
À partir d’un exemple concret de restitution, prendre conscience de l’importance des étapes préalables à l’élaboration d’un témoignage.
Fiche 9 – Relire son expérience… pour aller vers d’autres horizons
Démarche proposée en 3 temps : se souvenir ; comprendre et analyser ; agir, repartir vers d’autres horizons.
Quelques références sur la question du retour
Voyageurs, certes, solidaires, vraiment ?
GRAD-Ritimo, 2007, disponible ici
Sur les 50 fiches pédagogiques proposées, la majorité permet d’aborder la question du retour : bilan personnel, bilan du projet, capitalisation et perspectives tant personnelles que collectives.
L’Engagement Humanitaire : Petit diagnostic sur l’altruisme en situation d’urgence
HAEGY, Jean-Marie, Paris : Transboreal, 2020, 89 p.
Y a-t-il une ambiguïté de l’engagement humanitaire, qui entacherait son caractère exemplaire par les désordres économiques, sociaux, voire sanitaires, qu’il peut aussi induire ? À quelles conditions, en somme, l’ingérence humanitaire resterait-elle vertueuse ? C’est ce à quoi l’auteur tente de répondre en 89 pages.
Témoignages de voyageurs solidaires
Le site de Ritimo répertorie ici 4 sites permettant d’avoir un retour d’expérience de volontaires à travers le monde.
Revenir : l’épreuve du retour
Céline Flécheux, Pommier, 2023
Le retour, souvent négligé, est exploré par l’autrice à travers différentes perspectives culturelles, de Homère à Nietzsche. Revenir chez soi implique non seulement un retour à la vie quotidienne, mais aussi un retour dans le temps. Ce retour peut être une épreuve, mais il est essentiel pour trouver un sentiment d’appartenance et de normalité après des expériences extraordinaires. Du désir de retour, les livres parlent peu. Celui-ci met en lumière son importance dans la compréhension de l’identité et du parcours humain.
Géopolitique de la jeunesse
BECQUET Valérie, Le Cavalier Bleu, 2021
Si le « moment 68 » a constitué une grille de lecture à l’origine de l’image mythique du « jeune engagé », les mobilisations actuelles de la jeunesse revêtent des formes différentes, entre incertitudes futures et luttes au présent. Dans un contexte de mondialisation mais aussi d’institutionnalisation des actions, les Printemps arabes, les mobilisations LGBTQI+ et les luttes intersectionnelles, les mouvements Youth for Climate ou Anonymous…, témoignent d’une dynamique plurielle. Au travers de nombreux exemples, Valérie Becquet et Paulo Stuppia en analysent les ressorts et dressent ainsi une géopolitique de la jeunesse d’aujourd’hui.
Les métiers de la solidarité
Une description de base de l’essentiel des métiers liés explicitement à la solidarité avec acteurs, formations, recherche d’emploi… Très complet, une bonne piste pour orienter dans un premier temps les jeunes.
Exemple de restitution de voyage solidaire :
Voyage Un Pied en Palestine, Restitution, 2015, disponible ici
« Un pied en Palestine » c’est le nom du voyage qui a rassemblé 15 jeunes Français·es parti·e·s à l’automne 2014 en Palestine/Israël. Ce voyage avait comme objet de découvrir une terre fragmentée, rencontrer des acteurs locaux partenaires du CCFD-Terre Solidaire et des acteurs de paix israéliens et palestiniens, se former et vivre le dialogue interculturel. Cette vidéo montre tout l’enjeu de l’après-voyage : comment restituer et partager ce qui a été vécu ? Comment en rendre compte ? Quelle suite à une telle expérience ? Cette vidéo met en image une manière originale de restituer un voyage et permet d’aborder ce qu’un voyage solidaire peut provoquer pour les protagonistes d’une telle expérience.
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